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Trump, symptôme d'une montée de la demande d'autorité

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Le phénomène Trump avait été prévu, il y a quelques années, par certains universitaires, attentifs aux mouvements de fond de l'opinion américaine et mondiale.

Joseph Nye a occupé des postes importants dans les gouvernements de Jimmy Carter et Bill Clinton, avant de retourner dans l’Université, comme il est fréquent aux Etats-Unis. Cet éminent spécialiste des relations internationales estime qu’on doit replacer le phénomène Trump dans le contexte d’une montée générale de l’autoritarisme à travers le monde, dont on ne voit pas pourquoi elle épargnerait les Etats-Unis.

Certes, les problèmes ne sont pas les mêmes, vus de Moscou – où l’on ambitionne de retrouver la stature internationale de l’époque soviétique – et de Pékin – où l’on aspire à un pouvoir fort, capable de faire la chasse aux notables locaux corrompus. Mais ce n’est pas un hasard si accède au pouvoir, avec Xi Jinping, le dirigeant chinois le plus intransigeant depuis Mao, au moment où la tendance autocratique du pouvoir poutinien ne cesse de s’aggraver. Et que dire de la dérive d’Erdogan, en Turquie, d’Orban, en Hongrie, de la Pologne de Kaczynski….

Aux Etats-Unis, existe, selon Nye, un très fort sentiment d’insatisfaction. Il se traduit par l’appel à un « homme fort ». Quel que soit le résultat des élections, Joseph Nye n’est pas trop inquiet. Le système des checks and balances, voulu par les pères fondateurs, prévient toute tentation césariste chez un président élu. Le Congrès et la Cour suprême ne laisseraient pas faire n’importe quoi. La Constitution rend impossible un Poutine américain à la Maison Blanche.

Mais quelles sont donc les « frustrations » ressenties par des Américains assez nombreux pour faire vaciller le système politique américain ? Car, c’est bien à un tel ébranlement qu’on assiste, d’après Amanda Taub, qui signe, sur Vox, une étude très documentée sur la montée de l’autoritarisme aux Etats-Unis. Elle présente, parmi d’autres, les thèses émises par deux politologues, Marc Hetherington et Jonathan Weiler, dans un livre qui apparaît prophétique, Authoritarianism and Polarization in American Politics. Ces auteurs décelaient, en effet, dans l’opinion publique américaine, il y a déjà quelques années, l’existence d’un courant nouveau à la recherche d’une expression politique autoritaire. Un courant prêt à déchirer le consensus politique américain sur les principes de base.

Qui sont ces Américains en colère ? Ce sont des personnes qui se sentent personnellement menacées par un monde extérieur qui leur paraît en proie au chaos ; en particulier, par le terrorisme islamiste. Leur idée est que, face à ce monde, devenu « terrifiant », Obama n’en a « pas fait assez ». Et que cette déstabilisation a commencé à affecter les Etats-Unis eux-mêmes. Sur le plan intérieur, ils veulent conjurer des changements sociaux et culturels qu’ils jugent déstabilisants. Ils perçoivent l’immigration, la diversité ethnique et culturelle qu’elle accentue, comme des défis et des menaces au statu quo. Ils étaient à la recherche d’un leader autoritaire, parce qu’ils veulent le « retour du monde tel qu’ils le connaissaient, familier, en ordre, sécurisant ». Avec Trump, il semble qu’ils l’aient trouvé.

Le premier résultat de cette véritable tornade politique, c’est la déstabilisation du parti Républicain lui-même.

Ce parti conservateur pro-business a été proprement détourné par un public de petits blancs en colère qui a pris de court l’appareil qui croyait le diriger – et qui a tout fait pour tenter d’empêcher Trump d’emporter les primaires. Un nouveau parti, autoritaire, a vu le jour, au sein même de l’ancien parti Républicain, à la manière d’un alien ; et il s’apprête à chambouler la vie politique américaine elle-même, quand bien même Hilary Clinton finirait par l’emporter.

Car Trump n’est qu’un symptôme. S’il disparaissait de la scène après une assez probable défaite, ce qu’il a incarné ne se volatiliserait pas pour autant. Derrière le phénomène Trump, il y a un électorat nouveau, porteur d’aspirations qui avaient été très mal perçues par les médias, mais qu’avaient repérées quelques universitaires attentifs, tels que Hetherington et Weiler, mais aussi Karen Stenner, auteur de The Authoritarian Dynamic, ou Stanley Feldman.

La France, où les frustrations et les colères gonflent et s’étendent, n’est certes pas épargnée par le phénomène. Mais pour l’instant, la tentation autoritaire n’a pas déstabilisé notre vie politique, ni le système partisan. Peut-être sommes-nous vaccinés par les précédents – le général Boulanger, et la Révolution nationale du maréchal Pétain ?

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