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Tuée à San Bernardino, après avoir fui l'Iran des mollahs

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Bennetta Betbadal avait fui, à 18 ans, l’Iran des mollahs où elle était persécutée en tant que catholique . Elle avait trouvé refuge aux Etats-Unis, y avait fait des études de chimie et rencontré son mari, Arlen Verdehyou, un policier, catholique comme elle. Le couple s’était installé dans un comté assez défavorisé de la Californie du Sud, San Bernardino, où Bennetta, une personne généreuse, mettait ses compétences au service de la communauté : elle était inspectrice au Service de santé publique. Ils avaient trois enfants, une fille de 15 ans, deux garçons de 12 et 10 ans.

Mercredi 2 décembre, sa famille l’a attendue en vain auprès du sapin de Noël qu’elle venait de finir de décorer. Bennetta avait été massacrée, avec 13 autres personnes, lors du déjeuner de Noël des employés du Service de santé du Comté de San Bernardino .

Benetta Betbadal
Benetta Betbadal Crédits : Betbadal - Radio France

Farouk Sayed, un autre employé du service, après avoir brièvement inspecté les lieux, y était revenu, armé d’un fusil d’assaut, en compagnie de son épouse, Tashfeen Malik . Farouk Sayed aurait rencontré cette Pakistanaise lors de son pèlerinage à Le Mecque en Arabie saoudite, où Tashfeen Malik a vécu la plus grande partie de son existence, ne retournant dans son pays de naissance que pour y étudier le Coran dans la madrasa de Multan. Aux Etats-Unis, elle ne sortait pratiquement pas de chez elle et même les frères de son mari n’ont jamais vu son visage , voilé de la burqa. La communauté musulmane locale ne la connaissait pas.

Le couple, après avoir détruit les disques durs de leurs ordinateurs, confié leur bébé à la grand-mère, piégea sa maison avec une grande quantité d’explosifs, retourna au déjeuner de Noël et ouvrit le feu sur les convives, tuant 14 personnes et en blessant grièvement 21 autres.

Dans son édition de vendredi, le quotidien britannique de gauche The Guardian publiait à ce sujet l’article d’un essayiste renommé, Andrew Gumbel. Celui-ci, basé à Los Angeles, y critiquait les sites de droite, tels que Breitbart.com, prompts à parler de terrorisme islamiste . Ou encore le sénateur républicain et candidat à la présidence Ted Cruz, qui, devant un meeting de la Coalition Juive Républicaine – suivez mon regard – avait osé évoquer aussitôt les attentats de Paris et dénoncer « un terrorisme islamiste intérieur ».

Le mot Terrorisme aurait-il été invoqué si rapidement, écrivait Gumbel, si le couple de tueurs avait été composé de chrétiens blancs, et non de musulmans à la peau foncée ? Dans le même article, Gumbel discute la pertinence du terme de terrorisme , jugeant qu’il « traîne derrière lui un tas de préjugés culturels et idéologiques ». Sic. S’il s’agit « d’usage politique de la violence », poursuivait-il, alors il faudrait commencer par condamner les Etats-Unis eux-mêmes. Pas vrai ?

A ce moment-là, souvenez-vous, la plupart de nos propres média se focalisaient sur la question de la libre circulation des armes à feu, aux Etats-Unis. La possibilité qu’il puisse s’agir d’une action terroriste était rarement évoquée. Mais la question de la vente libre des armes à feu n’était pas la meilleure façon d’aborder le sujet. On e a eu la preuve quatre jours plus tard, lorsque le président Obama lui-même a qualifié la tuerie d’attentat terroriste : « Le terrorisme est devenu plus complexe, plus difficile à identifier ». « La menace du terrorisme est réelle, mais nous allons détruire l’Etat islamique », a-t-il averti.

Depuis, deux nouveaux débats ont fait leur apparition aux Etats-Unis. Le président démocrate a mis en avant le refus du Congrès d’adopter la loi qu’il propose, afin de limiter l’accès aux armes de guerre . En particulier aux personnes soupçonnées de vouloir commettre des délits et des crimes. L’opposition républicaine, de son côté, déplore que, depuis les évènements de Ferguson, on ait décidé de priver les forces de police d’équipements militaires , tels que des blindés, indispensables face à des tueurs, équipés eux-mêmes d’armes de guerre et de gilets pare-balles.

La stratégie d’Obama au Moyen Orient fait aussi l’objet de critiques. Selon Paul Ryan, président de la Chambre des Représentants, « nous avons constamment un coup de retard sur notre ennemi », par manque de recoupements des informations. Les Républicains reprochent surtout à Obama de ne pas avoir de stratégie crédible en Syrie .

A ce sujet, on lira avec le plus grand intérêt le papier de Shlomo Ben-Ami sur Project Syndicate. L’ancien ministre des Affaires étrangères israélien y relève que Daesh est devenu une « organisation mondiale dotée de groupes franchisés », capables de semer la terreur dans les grandes villes occidentales. Il écrit notamment : « L’armée de psychopathes et d’aventuriers « Etat islamique » a été lancée comme une start-up par des magnats sunnites du Golfe », afin de contrer l’implantation des chiites, tels que le Hezbollah. Il recommande de ne jamais envoyer de troupes occidentales au sol. Cela aurait pour effet de galvaniser les islamistes sunnites et d’attirer vers Daesh de très nombreux nouveaux combattants.

Ca tombe bien : personne de sérieux, aux Etats-Unis, ne semble envisager une telle éventualité. Mais la stratégie d’Obama reste difficile à comprendre. Les Etats-Unis peuvent-ils vraiment détruire Daesh ? En ont-ils les moyens ?

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