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Tunisie : et maintenant, l'économie

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Le Printemps arabe, vous vous souvenez ? Partout, des foules pacifiques qui s’emparaient des places et réclamaient leurs droits. De vieux despotes, réputés amis de l’Occident et soutenus par lui, dont l’autorité, hier encore indiscutée, s’évaporait comme par magie. Une jeunesse qui semblait sauter une case et entrer directement dans l’ère de la démocratie des réseaux sociaux. Que reste-t-il aujourd’hui de tant d’espérances ? Les militaires ont repris brutalement les rênes en Egypte, où la démocratie avait amené au pouvoir des islamistes intrigants. La Libye est un Etat failli, un pays miné par le banditisme, un danger pour ses voisins. En Syrie, le pouvoir en place, malgré ses crimes, semble provisoirement renforcé d’avoir face à lui, la pire engeance que le fanatisme et l’inhumanité aient engendré depuis les hordes hitlériennes… L’horrible guerre civile qui s’y déroule laissera des traces sanglantes dans toute la région pour des décennies. Oui, finalement, le seul succès du Printemps arabe, c’est la Tunisie .

Les élections à l’Assemblée nationale paraissent y avoir été honnêtes, sous la supervision d’un juriste respecté, Chafik Sarsar. Certes, une centaine de partis se bousculent pour figurer à l’Assemblée nationale, ce qui risque de disperser les voix de ceux qui ne veulent pas de Nahda , le parti islamiste arrivé en tête en 2011. Pourtant, une large coalition, Nidaa Tounès , a été lancée dans ce but autour de Béji Caïd Essebsi, un homme qui symbolise à lui seul la fusion des hommes de l’ancien régime – il a été président de la Chambre des députés sous Ben-Ali avec les révolutionnaires démocrates – il a aussi exercé les fonctions de Premier ministre en 2011, l’an 01 de la Révolution. Mais le parti islamiste, échaudé par le sort des Frères musulmans en Egypte, fait assaut de modération et de pragmatisme. Il s’est engagé, s’il parvenait à nouveau en tête, à gouverner au sein d’une large coalition d’union nationale.

De toute façon, il faudra sans doute attendre le résultat des élections présidentielles dont le premier tour aura lieu en novembre, mais dont les résultats définitifs ne seront pas connus avant les derniers jours de cette année, pour connaître le visage de la démocratie tunisienne pour les prochaines années. Et il est fort possible que la couleur politique du président ne coïncidant pas avec celle de l’assemblée nationale, la Tunisie politique soit contrainte à un large rassemblement. Ce qui n'a guère d'importance, le président n'ayant guère de pouvoir.

Mais qu’importe, pensent de nombreux Tunisiens, jeunes en particulier, pour lesquels désormais que la politique n’est plus l’essentiel. Car le problème de la Tunisie, c’est l’économie. La faible croissance du pays, le chômage d’un fort pourcentage de sa jeunesse, avaient pesé lourd dans la révolution de 2010-2011. Par suite de politiques économiques inefficaces, rien ne s’est arrangé.

La Banque mondiale a rendu récemment un rapport, selon lequel la Tunisie demeure « bloquée dans des activités à faible valeur ajoutée, où les entreprises stagnent en termes de productivité et de création d’emplois ». L’économie du pays reste divisée de manière absurde entre un secteur « off-shore » tourné exclusivement vers l’exportation , mais qui ne concerne guère que des activités d’assemblage, et un secteur on-shore, dédié à la consommation intérieure , aux mains de quelques monopoles échappant à toute concurrence. C’est cette dichotomie qui, selon la Banque mondiale, est responsable de la concentration des activités sur la côte et de la pauvreté à l’intérieur du pays. Les banques d’Etat, au bord du dépôt de bilan, sont incapables d’assurer le financement des investissements urgents dont le pays a besoin.

Le tourisme a payé un prix élevé aux rumeurs d’instabilité politique. Beaucoup de jeunes se tournent vers la contrebande qui fleurit sur la frontière libyenne. La sécurité pose aussi de graves problèmes. Or, sans sécurité, les touristes ne reviendront pas.

Quelle que soit la couleur du prochain gouvernement, on peut parier que sa première préoccupation sera de moderniser l’économie, dont la bureaucratie bloque l’essor. Comment faire en sorte de libérer les forces productives du success-story politique tunisien ?

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