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Tunisie : et maintenant, les réformes économiques

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De tous les Printemps arabes, celui de Tunis est désormais l’unique rescapé . Il le doit à la maturité politique de sa population. En témoigne la manière dont les islamistes modérés d’Ennahda ont accepté de jouer le jeu des élections démocratiques, d’abandonner le pouvoir à l’opposition laïque en 2013, de perdre la majorité au Parlement et la présidence de la République, de participer cependant à la coalition gouvernementale. La démocratie, en effet, c’est d’abord la possibilité offerte à un peuple de changer de dirigeants quand il n’est pas satisfait des résultats.

Reste que ces élections historiques de l’an dernier auront été l’occasion d’une mise en suspens du problème le plus sérieux que rencontre le pays : la dégradation de son économie . Tout s’est passé comme si l’alternance politique, la nécessité de rédiger une Constitution équilibrée avaient fait passer le problème économique au deuxième plan. Or, deux choses menacent la jeune démocratie tunisienne : le scepticisme d’une population qui voit son niveau de vie tarder à s’améliorer et le djihadisme qui voudrait bien enrayer un processus considéré comme « impie ».

Pour persister et s’enraciner, la démocratie a besoin de résultats concrets. Si elle ne les apporte pas, elle risque de perdre le soutien d’une jeunesse qui se lassera de la politique et dont une partie sera tentée par le djihad, déjà installé dans la Libye voisine. 3 000 Tunisiens sont partis combattre en Syrie et en Irak . Parfois, par simple désœuvrement. L'attentat du Bardo , que le gouvernement tunisien préfère attribuer à la branche tunisienne d’Aqmi, ont été revendiqués par l’Etat islamique.

Daesh ne cache pas cibler la Tunisie dont il entend faire la prochaine étape de son expansion. C’est une menace d’autant plus dangereuse que ces forcenés considèrent les islamistes démocrates d’Ennahda comme des « apostats qui ont rejoint la religion de la démocratie » ce qui, en clair, implique la peine de mort pour les dirigeants d’Ennahda. En outre, des infiltrations ont lieu depuis l’Algérie, dans la région du mont Chaambi.

Le pays est divisé entre un Nord développé et un Sud qui se sent abandonné, rejeté, entre sécularisés et islamistes, entre jeunes et vieux. Ennahda elle-même est divisée entre modérés, acquis aux idéaux démocratiques et radicaux, beaucoup plus réservés.

La Tunisie a un besoin vital de réformes économiques et d’investissements étrangers . Les réformes nécessitaient un large consensus politique. Il existe, grâce à la formation d’un gouvernement d’union nationale, autour du parti séculariste, Nidaa Tounès et de la personnalité du président Béji Caïd Essebsi. Aux démocraties occidentales, à présent de soutenir le développement économique d’un pays qui a un besoin urgent d’investissements dans ses infrastructures. Les membres du G8 s’étaient engagés, à travers le partenariat dit « de Deauville » à soutenir les efforts des pays arabes engagés dans un processus de démocratisation. Le moment est venu de tenir cette promesse.

L’une des manières dont chacun d’entre nous, qui n’avons pas, en général, les moyens d’investir, peut soutenir la démocratie tunisienne, c’est aller passe ses vacances en Tunisie . S’il vous plaît, rassurez-nous, la Tunisie reste bien amie ?

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