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Un astéroïde politico-économique qui se rapproche

4 min
À retrouver dans l'émission

L’histoire avait déjà écrite sous cet angle avant vous, mais elle paraît assez convaincante. Après trois dévaluations, François Mitterrand – qui l’avait peut-être toujours su – découvre que le programme sur lequel il a été élu en 1981 était inapplicable. C’est la fameuse « pause dans les réformes », la rigueur de gauche. Comment remobiliser les troupes, face à ce qu’elles ne peuvent manquer de percevoir comme un reniement ?

Or voilà qu’aux élections européennes de juin 1984, le Front national, qui végétait à l’état de groupuscule, crée la surprise en dépassant les 10 % des voix. François Mitterrand, fin stratège, distingue illico la double opportunité : toute progression du parti d’extrême droite se traduisant par un affaiblissement proportionnel de l’électorat de droite, bénéficie automatiquement à la gauche. En outre, l’antiracisme peut devenir l’idéologie de substitution d’une gauche qui renonce de facto au socialisme, tel qu’on l’entendait à l’époque. A la fin de cette même année, est lancé SOS Racisme.

Le problème, à vous suivre, François de Closets, c’est que ce faisant, primo, on a laissé sortir de sa boîte un diable qu’il est devenu de plus en plus improbable d’y faire rentrer secundo, l’angélisme idéologique qu’a imposé SOS a jeté un interdit sur les questions liées à l’intégration des immigrés , en les récusant toutes d’avance comme « racistes ». Tous les ratés sont imputés aux populations d’accueil, aux autochtones. Au nom de la doxa « politiquement correcte », on a ainsi abandonné un certain nombre de thèmes ultra-sensibles au Front national, qui en a fait son beurre. On en est récemment arrivé à la situation absurde de voir le thème de la défense de la laïcité incarné, paradoxalement, par un parti créé, notamment, par des chrétiens intégristes…

Si l’on ajoute à la sauce la montée d’un chômage qui frappe surtout les relégués du péri-urbain, les perdants de la mondialisation, les salariés de l’industrie – bref, ceux que la gauche d'autrefois appelait « la classe ouvrière », on comprend comment, en trente ans, le Front national est devenu le premier parti de France. Comme vous le dites, belle victoire pour les vigilants combattants d’un antifascisme largement imaginaire, les éternels combattants de la guerre précédente !

A présent, le parti de Marine Le Pen reste, certes, assez loin du pouvoir, parce qu’il n’a pas d’allié et donc pas de réserves électorales de second tour. Mais qu’un accident d’importance survienne et un tremblement de terre politique ne saurait être exclu.

Or, cet accident, vous le voyez se rapprocher, tel l’astéroïde qu’on voit se rapprocher de la terre dans les films de science-fiction. Car notre pays est pratiquement le seul en Europe à se montrer incapable d’enrayer une progression constante des dépenses publiques . Nos gouvernements, depuis 2011, ont réussi le prodige d’un alourdissement sans précédent des prélèvements sans parvenir à faire baisser le niveau des déficits. Du coup, l’endettement s’emballe et on ne voit plus ce qui permettrait l'inversion de tendance. Certes, nous bénéficions pour l’heure de conditions extraordinairement favorables qui permettent à notre Etat de bénéficier de taux d’intérêt ridiculement bas. Mais cette conjoncture ne saurait durer éternellement. A moins d’un changement de trajectoire politique qu’on ne voit pas venir, le risque du défaut semble se rapprocher de manière inéluctable. Une France mise sous tutelle par la BCE, la Commission et le Fmi connaitrait un sursaut d’indignation nationale, comme la Grèce. Et on voit bien qui en bénéficierait principalement.

Vous en appelez comme plusieurs personnalités à une grande coalition , qui serait une alternative aux partis populistes. Une telle formule fonctionne très bien en Allemagne, où la CDU et le SPD ont d’accord sur l’essentiel, et où il n’existe pas de danger populiste. Mais ne pensez-vous pas qu’en France, une telle coalition, interdisant la perspective de l’alternance, ne ferait que renforcer ceux qui n’ont eu de cesse de dénoncer la « pensée unique » de « l’UMPS » ?

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