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Un Etat palestinien, à quelles conditions ?

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Les applaudissements qui ont accueilli le discours du président Mahmoud Abbas devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre de l’an dernier, laissent peu de place au doute. La grande majorité des 194 Etats représentés à l’Assemblée générale des Nations unies va accorder à l’Autorité palestinienne le statut d’Etat observateur non membre . Celui dont jouit le Vatican. En octobre de l’an dernier, la Palestine avait déjà obtenu un siège à l’UNESCO. La montée en puissance diplomatique de l’Autorité palestinienne se poursuit donc.

A la création d’un nouvel Etat, le droit international, souvent invoqué, pose quatre conditions ce sont les quatre critères de la Convention de Montevideo .

Primo, il faut une population permanente . Pas de problème : les Palestiniens se sont en effet constitués en peuple depuis un bon demi-siècle il faut beaucoup de mauvaise foi pour le nier.

Secundo, le contrôle d’un territoire défini . Et déjà, là, le bât blesse quelque peu : l’Etat d’Israël, s’il a évacué Gaza il y a 7 ans, contrôle de larges parts des territoires de Cisjordanie, qu’il a annexés à la suite de la Guerre des Six jours, en 1967. Et il y a installé des colonies où vivent et travaillent un demi-million de ses propres citoyens. Mais surtout, il y a la discontinuité territoriale entre la Cisjordanie et Gaza . Quel est donc le territoire que contrôlerait un éventuel palestinien ?

Avec le troisième critère, ça coince encore plus, puisqu’il s’agit de l’existence d’un gouvernement reconnu . L’autorité du Président Abbas ne s’exerce en rien sur la bande de Gaza, tombée sous le contrôle du Hamas. D’ailleurs, il n’y a pas seulement deux territoires : le « puzzle palestinien » comporte, en réalité, cinq pièces, comme l’écrit le célèbre éditorialiste américain Aaron David Miller sur le site Slate France : outre la Cisjordanie et Gaza, 300 000 Palestiniens résident à Jérusalem Est, paient leurs impôts en Israël et bénéficient à ce titre de prestations sociales que l’OLP est loin de pouvoir leur fournir. Un million 300 mille Palestiniens vivent en Israël et sont citoyens de cet Etat. Sans oublier la diaspora palestinienne : environ 5 millions de personnes, installées en Jordanie, au Liban, et ailleurs…

Le critère qui sera privilégié, c’est le quatrième : la capacité à entretenir des relations diplomatiques . Les pays qui vont voter pour la reconnaissance, dont fait désormais partie la France, espèrent, en accueillant un embryon d’Etat palestinien, relancer un processus de paix avec Israël, qui s’est tant ensablé depuis Oslo, il y a 19 ans.

Or, comme l’écrit le même Aaron David Miller , dans un autre article daté d’hier sur le site Slate américain, la trêve intervenue entre Gaza et Israël, a été négociée entre Nétanyahou, le Hamas et Mohamed Morsi. Le premier veut montrer, à l’approche des élections israéliennes, qu’il a restauré la sécurité de l’Etat juif, sans avoir rien concédé. Le second entend profiter de la trêve pour étendre son influence au détriment de l’OLP en Cisjordanie. Le troisième, issu des Frères Musulmans, joue un jeu compliqué entre son protégé (le Hamas) et son protecteur (les Etats-Unis) surtout, il a bien d’autres chats à fouetter sur place, au Caire, où il a engagé un bras de fer avec l’appareil judiciaire.

En un mot, ces affrontements et la trêve qui les a suivis ont eu pour effet d’affaiblir considérablement la position de Mahmoud Abbas , négociateur raisonnable. En consultant la presse et les think tanks américains, on trouve deux positions contradictoires. Ceux qui, comme Thomas Friedman menace Israël d’un désengagement des Etats-Unis de la région. « Nous n’avons plus les moyens de nous occuper du Moyen Orient nous avons trop à faire chez nous. Ne comptez plus sur l’Amérique pour venir à votre secours. Vous êtes tous seuls . » Dans un article, publié hier sur le site Telos, Zaki Laïdi explique pourquoi il ne croit pas à un tel désengagement. Il fait partie de ceux qui, à rebours, estiment qu’Obama pourrait bien profiter de son second mandat pour relancer les négociations, en imposant la solution des deux Etats. C’est, de longue date, le choix de la diplomatie française.

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