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Un fascisme made in France ?

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À retrouver dans l'émission

Vous avez raison de l’écrire : longtemps, le fascisme fut considéré par nos historiens comme un phénomène étranger aux traditions politiques françaises.

René Rémond lui-même, qui régnait alors sur la droitologie française ne voulait connaître que trois familles : légitimistes (contre-révolutionnaires et traditionnalistes), orléanistes (libéraux et modérés), bonapartistes (autoritaires et patriotes). Le fascisme n’avait pas sa place dans cet herbier-là.

L’ébranlement est venu de l’étranger. Il y eut d’abord la trilogie de Ernst Nolte , « Le fascisme dans son époque », traduite en français en 1970, dont le premier tome, excusez du peu, était consacré… à l’Action Française . Ainsi était mise en évidence l’influence que le petit parti maurrassien avait exercé – à travers ses tendances de gauche, soréliennes -, sur la mise au point de l’idéologie fasciste, par Benito Mussolini. Et puis, il y eut Fascism in France : the case of Maurice Barrès de Robert Soucy , en 1972, qui faisait état d’un « proto-fascisme » chez Barrès. Le « prince de la jeunesse », député boulangiste à 27 ans, puis membre de la Ligue de la Patrie Française et ardent antisémite antidreyfusard, inspirateur des droites révolutionnaires italiennes et allemandes ? Mais le livre de Soucy ne fut guère lu ni commenté en France.

Au contraire des vôtres, Zeev Sternhell . La droite révolutionnaire (1885-1914). Les origines françaises du fascisme, en 1978 et Ni droite ni gauche, l'idéologie fasciste en France , 1983, provoquèrent de belles polémiques. Vous faisiez de la France « le laboratoire du fascisme ». N’était-ce pas le pays où la crise de l’ordre libéral et parlementaire était la plus profonde ? Le pays où une fraction de la gauche demeurait insolvable dans la République et où une partie de la droite voyait en elle, le fourrier de la révolution socialiste ? Les opposants de droite et de gauche fusionnaient ainsi dans une dangereuse synthèse , dont le boulangisme, mêlant anciens communards et monarchistes tentés par le coup de force, avait donné la recette. Une commune hostilité envers les Lumières, envers l’individualisme bourgeois, du rationalisme le culte de l’action, de la force, de l’énergie nationale le relativisme moral et un nietzschéisme de bazar, imprégné de darwinisme social, débouchant sur l’antisémitisme et le racisme.

Ainsi, contrairement à une opinion répandue, le fascisme ne procédait pas de la Grande Guerre – qui avait développé l’habitude d’obéir aveuglément aux chefs et à considérer la divergence politique sur le modèle de la lutte à mort, mais plutôt d’une crise de la culture européenne, bien antérieure à 1914. René Rémond, Jacques Julliard, Michel Winock ont accueilli vos idées au lance-flamme. Bertrand de Jouvenel vous a même intenté un procès en diffamation…

On vous reprocha beaucoup de choses : une histoire au futur antérieur, quasi-téléologique, qui faisait du fascisme l’aboutissement inéluctable et logiquement nécessaire de la crise culturelle de la fin de siècle. Philippe Burrin a écrit que vous donniez à l’idéologie fasciste un « contenu à la fois imprécis et extensif ». Imprécis, parce qu’à vos yeux, tout ce qui semble relever d’un socialisme national, de « la recherche d’une communauté anticapitaliste dans le cadre national » est englobé dans votre définition. Extensif, parce que vous semblez inclure dans le fascisme tous les courants socialistes travaillant à une révision du marxisme, ainsi que ces jeunes intellectuels de droite cherchant une réponse communautariste et spiritualiste à la crise morale de l’entre-deux-guerres, bref les « non-conformistes des années 30 ».

On vous a aussi opposé que si des mouvements de type fasciste existèrent bel et bien dans la France des années 30, ils ne furent jamais suffisamment puissants pour menacer sérieusement la République. Contrairement aux scénarios italien et allemand. Pierre Milza écrit que la France, contrairement à ces deux pays, appartenait au camp des vainqueurs de la Guerre, alors que le fascisme se nourrit de la frustration nationale . Quant à Vichy, régime traditionnaliste et surement pas révolutionnaire, beaucoup plus proche de Salazar que de Hitler, il fut constamment dénoncé par ces quelques fascistes parisiens comme « réactionnaire ». Pour vous, au contraire, si le régime hitlérien n'était pas fasciste, celui de Pétain l'était...

La nouvelle édition de « Ni droite ni gauche » comporte une copieuse Préface dans laquelle vous vous expliquez. Expliquez-nous…

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