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Un Mitterrand à la Culture : bilan

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que le milieu culturel - les professionnels de la profession - vous attendaient avec des bazookas, lors de votre nomination, cher Frédéric Mitterrand. Certes, la Culture est un ministère qui n’est pas exclusivement réservé à la caste des énarques ayant choisi l’option « politique » au terme de leurs études, comme ils avaient déjà choisi l’option « service public » à Sciences Po. Mais enfin, il y a en eu quand même pas mal : François Léotard, Jacques Toubon, Catherine Tasca, Renaud Donnedieu de Vabre étaient des énarques, le dernier nommé avait d’ailleurs fait partie de la fameuse promotion Voltaire. A ce niveau, on n’est plus aristocrate d’Etat, mais carrément prince de sang…

Faute d’énarque disponible, s’intéressant aux beaux-arts et au spectacle vivant, le ministère de la Culture est confié, par défaut, à un politique. Soit qu’il s’agisse d’équilibrer les Bretons, Provençaux et Alsaciens du gouvernement par un élu des Pyrénées – mettons le député-maire de Lourdes, Philippe Douste-Blazy soit que le job de ministre vienne couronner une carrière de haut fonctionnaire de la culture parce qu’on ne voit plus où le nommer pour le promouvoir – Jean-Jacques Aillagon, ancien président du Centre Pompidou, Christine Albanel, ancienne présidente de Versailles.

Mais un Frédéric Mitterrand ? Bien trop dilettante pour préparer l’ENA, jamais élu nulle part, même pas fonctionnaire ! Certes, Un bref moment, président de la Commission d’avance sur recette du cinéma, et surtout directeur de la Villa Médicis. Mais avant tout, un homme de cinéma et de télévision. Un homme du privé, en somme et qui n’était même pas avocat. Seul titre de gloire, son nom.

Un nom sur lequel se jette un président facétieux justement parce que la gauche le considère comme un label qui lui appartiendrait, comme celui de de Gaulle appartient à la droite. Vous imaginez un petit-neveu du général, ministre de François Hollande ? Hé bien, on aura eu un Mitterrand ministre de Nicolas Sarkozy. Pourtant, il n’y eut pas que des socialistes dans votre famille. Vous rappelez qu’un autre de vos oncles, Jacques Mitterrand, gaulliste de toujours et ancien patron de l’Aérospaciale, posait au « bon Mitterrand de droite ». Dans les dynasties bourgeoises, on se garde bien de mettre tous ses fils dans le même panier…

Et il y eut ce soudain départ de la Villa, où on dit que vous vous êtes beaucoup ennuyé. « Un petit farfouilleux antipathique de France 2 » vous demande ce que vous allez faire à Paris. Oh rien de spécial, devenir ministre de la Culture. Ca commençait sous le signe de la désinvolture. A peine au pouvoir, vous voilà éclaboussé par une affaire : Marine Le Pen est tombée sur des passages de votre livre, La Mauvaise Vie. Le rapprochement avec l’affaire Polanski, pour lequel vous venez de vous engager, est vite fait. On vous croit caramélisé.

Mais voilà que le président et le premier ministre affichent leur soutien. Et les épreuves semblent agir sur vous comme un stimulant : vous vous accrochez aux lustres. Vous sortez victorieux d’une longue grève. Vous vous fritez régulièrement avec le Syndeac. Et surtout, comme le reconnaît Thierry Saussez, pour vous en faire reproche : vous rencontrez tout le monde et vous allez partout. Ce dont témoigne abondamment votre livre. Bref, contre toute attente, vous vous montrez à la hauteur de l’honneur qui vous est échu.

Mais le même conseiller en communication, vous donne ce conseil : il faut vous choisir deux ou trois points forts et marteler. Alors, on peut vous accorder d’avoir bien chevauché le tigre, d’avoir tenu trois ans sans vous faire désarçonner. Pour un amateur, ce n’était pas mal. Mais les « points forts », quels étaient-ils ? Où sont vos victoires de ministre ?

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