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Un oeil sur les réformes, un autre sur les les narcos

4 min
À retrouver dans l'émission

Le grand intellectuel, poète et penseur mexicain Octavio Paz , écrivait en 1982 : « La démocratie est arrivée tard en Amérique latine et elle a été systématiquement défigurée ou trahie. Elle s’est montrée faible, indécise, rebelle, tournée contre elle-même, souvent flatteuse envers le démagogue, corrompue par l’argent, rongée par le favoritisme ou le népotisme. Pourtant, presque tout ce qui s’est fait de bon en Amérique latine, depuis un siècle et demi, s’est fait sous le régime de la démocratie , ou comme au Mexique, vers la démocratie. Nous sommes loin du compte. Nos pays ont besoin de changements et de réformes, radicaux mais en accord profond avec la tradition et le génie de chaque peuple. » (Une planète et quatre ou cinq mondes, p. 219-220)

Le président mexicain Enrique Pena Nieto est un de ces réformateurs démocrates dont rêvait, pour son pays, Octavio Paz il y a 32 ans. C’est paradoxal, car il est issu du parti qui a installé le népotisme comme formule de gouvernement au Mexique, le Parti Révolutionnaire Institutionnel. Le PRI a été, en effet, durant des décennies l’incarnation du mal mexicain – ce mélange de capitalisme de connivence, de toute-puissance de syndicats maffieux et d’autoritarisme bureaucratique , corrompu au dernier degré, très complaisant, par ailleurs, envers le crime organisé. Quoiqu’issu de ce Parti révolutionnaire institutionnel, « d’une ineffable saveur contradictoire », comme écrivait Jean-François Revel, qui en avait observé sur place les ravages, le jeune et beau président mexicain a lancé une vague de réformes économiques d’envergure. Ces réformes menacent les intérêts de gros intérêts, en position de quasi-monopoles en les exposant à la concurrence.

La gauche les combat aussi, les prétendant inspirées par l’impérialisme yankee Pena Neto a transgressé un de ses tabous, en autorisant les investissements étrangers dans le secteur énergétique et en s’attaquant à la compagnie nationale Pemex, notoirement corrompue . (soit dit en passant, cette arrivée des investisseurs étrangers est l’une des raisons de la baisse actuelle des cours du pétrole)

Mais peut-être ces ambitions réformatrices ont-elles amené le président mexicain à négliger la sécurité publique, qui avait été l’obsession de son prédécesseur, Felipe Calderon. Ce dernier, un catholique conservateur, élu en 2006, avait fait sa priorité de la guerre au crime organisé. Et ce fut une guerre elle causa la mort de 60 000 Mexicains, pas tous criminels, loin s’en faut…

Le pays avait besoin d’une pause, ou du moins d’une nouvelle approche dans le traitement des cartels , qui pourrissent la vie et l’économie du pays. Moins de déploiement de troupes au sol, plus de renseignement et d’espionnage. Bref, la méthode Obama, plutôt que la méthode W Bush, si vous me passez la comparaison. La méthode ne semble pas avoir porté les fruits attendus : l’industrie du kidnapping est repartie de plus belle. Les cartels ont repris la mauvaise habitude d’égorger les balances.

Là-dessus, tombe l’affaire d’Iguala , cette ville de 100 000 habitants de l’état de Guerrero. Une région plus dangereuse que le far-west décrit dans L’homme qui tua Liberty Valence. Spécialité économique : le pavot destiné à la production d’héroïne. En septembre dernier, le maire, José Luis Abarca, et sa femme, Maria de Los Angeles Pineda, exaspérés qu’un groupe d’étudiants venus d’une école normale d’instituteurs voisine osent manifester contre eux, chargent la police locale de les intercepter. Elle ne se contente pas de tuer plusieurs d’entre eux, mais remet les 43 survivants à un gang local, les Guerreros Unidos. Ceux-ci torturent leurs victimes avant de les exécuter.

Le maire et sa compagne sont actuellement en prison, ainsi que 74 de leurs complices . Le gouverneur de Guerrero a été contraint à la démission par le gouvernement. Mais l’affaire a mis en lumière le manque de contrôle de l’Etat central sur les forces de police communales et même régionales – notamment dans le Chipas, Oxaca et Guerreo. Et la complaisance de nombre de satrapes locaux envers les gangs. Le président a annoncé la création d’une gendarmerie nationale, une sorte de FBI, et de 32 structures régionales de maintien de l’ordre.

Mais l’exaspération sur laquelle surfent les groupes radicaux risque-t-elle de pousser le gouvernement à abandonner son programme de réforme – et de revenir à la « Révolution institutionnelle », synonyme d’immobilisme, comme son nom l’indique ?

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