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Un reflux durable du chômage ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Y a-t-il, oui ou non, inversion de tendance sur le front du chômage ? Difficile de le dire, dans la mesure où le président de la République, dont c’était une des promesses de campagne, semble hésiter lui-même sur la manière d'interpréter l'embellie d'octobre.

Première observation : notre pays subit les crises avec retard – ce qui fait que ses dirigeants croient généralement nous y faire échapper…, mais il en sort généralement aussi avec retard. L’OCDE faisait observer, l’an dernier, que « le taux de chômage continuait d’augmenter en France, alors qu’il était orienté à la baisse dans l’ensemble de la zone OCDE depuis le deuxième trimestre 2010. » Nos amortisseurs sociaux fonctionnent dans les deux sens .

Deuxième constatation : notre marché du travail est outrageusement dual . Il est cruel envers les travailleurs peu qualifiés, les premiers à être sacrifiés en cas de baisse d’activité, parce qu’ils sont cantonnés dans les emplois précaires.

Troisième caractéristique, désastreuse : notre marché du travail est peu fluide . Seul, un chômeur sur deux, en France, retrouve un emploi dans les 6 mois qui suivent son inscription à Pôle Emploi. Pour les autres, il devient de plus en plus difficile de retourner sur le marché de l’emploi. D’où le désespoir des salariés dont les entreprises ferment. Dans une économie normale, mettons un pays scandinave, ou encore la Suisse, ou l’Autriche, lorsqu’on perd son emploi, ce n’est pas un drame : parce qu’il y en a d’autres et qu’on peut mettre la brève période de chômage pour améliorer sa formation. En France, les salariés ayant travaillé toute leur vie dans un secteur économique en déclin, surtout s’ils ont atteint l’âge de 50 ans, sont sacrifiés . Deux millions de nos compatriotes sont au chômage depuis un an ou davantage. Et si le chômage des jeunes a commencé à régresser depuis déjà plusieurs mois, celui des seniors continue, lui, à augmenter. Cette situation constitue une injustice sociale.

Quatrième caractéristique de la situation française : nous avons une population en âge de travailler qui augmente. Pas au rythme que connaissent les Etats-Unis, mais tout de même. Et c’est un atout. 140 000 personnes de plus que ceux qui partent en retraite font, chaque année, leur entrée sur le marché du travail . Pour absorber cette augmentation de la population active, ainsi que compenser l’amélioration de la productivité – pas loin de 1 % par an – les économistes consultés estiment à 1,5 % le taux de croissance nécessaire à un réel recul du chômage. On en est loin et on ne les atteindra pas l’année prochaine non plus.

Reste que la France n’est pas un îlot de chômage dans une Europe prospère. François Hollande n’a pas tort de penser que la baisse du chômage viendra de nos voisins. Car la zone euro dans son ensemble, qui a connu deux années noires consécutives sur le front de l’emploi, voit la situation se stabiliser aux alentours de 12 % de chômeurs, cette année et une légère décrue semble s’amorcer depuis la rentrée.

A moyen terme, le gouvernement compte sur la baisse des charges sociales sur les bas salaires qu’il a engagée à travers le Cice. Le crédit d’impôt compétitivité emploi permettra, en effet, aux entreprises de réduire les charges sociales des salariés dont les salaires sont inférieurs à deux fois et demi le SMIC.

A court terme, le gouvernement cmise sur les emplois aidés . Mais comme on sait, ce n’est qu’une manière de cacher la poussière sous le tapis. Les emplois aidés – qui sont des pseudo-emplois dans le secteur non-marchand « se révèlent très coûteux » et « n’offrent à terme aucune perspective réelle d’amélioration du sort de leurs bénéficiaires » comme l’écrivent Cahuc, Carcillo et Zylberberg dans leur essai « la machine à trier ».

Contre le chômage, on a tout essayé, disait François Mitterrand. Si vous étiez ministre du travail, Jérôme Chartier, vous feriez quoi d’autre ? Qu’en a-t-on dit aux entretiens de Royaumont ?

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