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Un vent d'ordre moral judiciaire

3 min
À retrouver dans l'émission

La publication des résultats de votre enquête, joliment présentée par Libération sous le titre « des femmes à confesse », tombe à pic.

En effet, certains météorologues estiment qu’un vent d’ordre moral menace l’Hexagone Il serait consécutif à la mise au pilori de l’ancien favori des sondages de la présidentielle. Elisabeth Lévy écrit ainsi dans Causeur, « en inculpant Dominique Strauss-Kahn pour proxénétisme aggravé en bande, crime passible de 20 ans d’emprisonnement, les magistrats lillois se sont offert un beau coup de pub. Ils ont surtout montré qu’ils avaient une curieuse et pour tout dire inquiétante conception de leur mission, qui ne consisterait pas à défendre la loi mais à dire le Bien et le Mal. » Et notre consœur de rappeler que le recours au sexe tarifé n’est pas interdit par les lois françaises - aussi longtemps, bien entendu, que les prestations en question ne sont pas acquittées avec de l’argent puisés sur des fonds publics. Or rien n’indique que tel ait été le cas des petites orgies du camarade Strauss-Kahn. S’il a souffert d’une addiction au sexe, si elle l’a conduit à la fréquentation des prostituées, cela concerne son épouse, éventuellement la psychiatrie, bien sur les électeurs mais jusqu’à nouvel ordre, cela n’est pas du ressort des juges .

Certaines féministes ont fait de la prostitution le « paradigme » de tout rapport sexuel entre hommes et femmes. Toute relation hétérosexuelle tend à se rapprocher peu ou prou d’une « sexualité de service », estiment-elles, puisqu’elle comporterait un échange asymétrique dont la prostitution livre le secret : l’homme doit une compensation pour la prestation que la femme lui consent. En réalité, le désir masculin ne viserait que la domination en tant que telle. D’autant, ajoute, par exemple, Paola Tabet, que ce sont les hommes qui contrôlent la connaissance sexuelle ; celle des femmes, ainsi que leur expérience et leur imagination dans ce domaine seraient « stigmatisées et réprimées ».

Eh bien, ce n’est pas du tout ce qui ressort des réponses des 3 400 femmes à votre questionnaire.

Première constatation : les femmes parlent désormais très librement de leur vie érotique, de la satisfaction qu’elles en retirent, des fantasmes qui leur reste à satisfaire. Qu’on cesse de prétendre que l’affaire est « taboue ». Quarante années de révolution sexuelle sont passées par là. Non seulement la vie sexuelle ne fait plus l’objet d’un interdit, mais c’est le contraire : on est constamment encouragé à en parler. C’est même l’une des raisons pour lesquelles la théorie freudienne, largement fondée sur le concept de refoulement, a cessé de fonctionner dans nos sociétés. Celles-ci n’ont décidément plus grand-chose de commun avec la Vienne bourgeoise du début du siècle précédent et font désormais de la sexualité une activité encouragée, comme le cardio-training et la nourriture biologique.

Ensuite, le plaisir féminin n’est pas un mythe. « Tel un feu d’artifice, je sens l’orgasme approcher et, petit à petit, une immense vague déferle de mon sexe à ma tête, ou l’inverse », écrit une de vos correspondantes.

Il y aurait quelque chose de paradoxal, en cette période où 19 % des femmes interrogées prétendent « avoir déjà ressenti un orgasme uniquement par stimulation de l'imagination », et où certaines, manifestement initiées aux mystères de l’automobile, se comparent volontiers à « un moteur diesel qu’il faut faire chauffer » pour « préparer le terrain », il serait paradoxal oui, que des juges, libidinalement stimulés à l’idée de se payer un notable mondialisé, se mêlent de nous faire la morale.

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