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Une douce agonie derrière des barrières douanières ?

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Dépêche AFP. « Le président de la république a décrété jeudi dernier la mobilisation générale pour enrayer le déclin de l’industrie française , menacée par la crise. » On lit plus bas dans la dépêche qu’il a annoncé une série de mesures témoignant d’un fort volontarisme, puisqu’il s’est engagé à ce que l’Etat alloue 5 milliards et demie de soutien aux entreprises innovantes. En outre, une « prime de relocalisation » sera attribuée aux entreprises françaises qui décideront de revenir créer des emplois en France après avoir délocalisé. Au passage, le président de la République a fustigé ces constructeurs automobiles qui ferment des usines en France. « Qu’on aille créer des usines à l’extérieur, ça me va très bien lorsque c’est pour y gagner des parts de marché. Mais qu’on aille fabriquer des voitures à l’extérieur pour les ramener en France, je ne l’accepte pas », a-t-il déclaré. Une « conférence nationale de l’industrie » devra proposer, dans les plus brefs délais, des mesures concrètes d’allègement et de simplification de la règlementation ».

La dépêche en question date du 3 mars 2010 et le président de la République s’appelait Nicolas Sarkozy . Qu’on ne nous dise pas que le volontarisme réindustrialiste succède à la coupable négligence d’une équipe obnubilée par les services et la finance… On a plutôt le sentiment d’entendre une vieille rengaine , quand l’exécutif, aujourd’hui, présente ses « 34 plans de réindustrialisation de la France », avec la nomination de personnalités du monde de l’industrie, chargées de « faire remonter les besoins financiers ou réglementaires de chacun » et la création d’une Banque publique d’investissement. A quand le coup du Grand Emprunt ?

Dans leur petit livre, 10 idées qui coulent la France, les jeunes économistes Augustin Landier et David Thesmar, consacrent deux chapitres à réfuter l’idée qu’une économie moderne et exportatrice ne saurait accepter de voir réduire la part respective de sa production industrielle. Pour eux, le passage d’une économie basée sur l’industrie à une économie de services est aussi naturel que l’a été la transition de l’ère agricole à l’ère industrielle. « Le danger qui nous guette, ce n’est pas la disneylandisation du pays, c’est plutôt le coût d’entretien d’un Jurassic Park industriel porté à bout de bras par l’Etat. », écrivent les auteurs. Je ne sais pas.

Mais ce qu’il faut éviter à tout prix, ça, tout le monde le sait. C’est saupoudrer l’argent public (distribuer un peu d’argent à de nombreuses entreprises coûte cher au contribuable et aide moins nos industriels que ne le ferait, par exemple, un alignement de l’impôt sur les sociétés sur les taux allemands…). C’est pratiquer le clientélisme (on a trop vu dans le passé des industries condamnées, maintenues artificiellement à grands frais en survie artificielle grâce au soutien intéressé de quelque grand baron local). C’est empêcher nos entreprises d’aller chercher la croissance dans les pays où elle existe . C’est s’imaginer que des hauts fonctionnaires seraient mieux qualifiés que les entrepreneurs privés pour déterminer quelles seront les technologies porteuses sur les marchés de l’avenir : les précédents du Plan calcul et du Minitel devraient servir d’avertissement.

Je ne sais pas si l’on aura besoin d’un Etat stratège, au XXI° siècle, comme on en a eu besoin dans les décennies d’après-guerre. Mais qui niera que nous avons besoin d’un Etat qui assure la qualité des infrastructures et des services publics, d’un Etat qui offre un bon niveau de formation et de qualification des citoyens et une bonne attractivité du territoire, une fiscalité claire et stable - et non pas d'une créativité fiscale débridée, qui modifie en permanence les règles du jeu…

Exiger de Bruxelles que l’UE se batte à armes égales avec les géants chinois et américains – qui savent très bien, eux, obtenir subventions, dérogations, crédits d’impôts et marchés publics protégés – comment ne pas vous donner raison, monsieur le Ministre ? A condition que cela soit dans le but de faire disparaître ces entraves à la concurrence, et non une manière d’entourer la « forteresse Europe » d’une enceinte, à l’abri de laquelle elle pourrait décliner et mourir tranquillement

Car pendant que nous parlons, Américains, Japonais, Canadiens et Indonésiens, d’un côté, Chinois et Coréens de l’autre sont en train de négocier la création, dans le Pacifique, la création de la zone de libre-échange la plus puissante du monde, le Partenariat transpacifique . L’Europe pourrait bien se retrouver larguée bien avant le milieu du siècle….

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