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Une droite de valeurs, ou d'idées ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Durant des dizaines d’années, dans ce pays, le domaine des idées a été un monopole de gauche . Certains animateurs de la vie intellectuelle persistent à croire qu’un bon débat oppose deux sensibilités de cette gauche hégémonique - un représentant de la gauche réformiste et gouvernementale à un autre de la gauche critique, pour prendre ce grand classique des plateaux... Le réformiste défend son bilan, en expliquant qu’il regrette de ne pas avoir pu faire davantage, étant données les circonstances l’autre l’accuse d’avoir trahi leurs idéaux égalitaires communs. Et la droite ? Elle n’est pas représentée. En partie par sa faute.

Longtemps, la droite s’est présentée comme gestionnaire et pragmatique , ouverte au compromis, mais méfiante envers les idéologies. De manière générale, elle était d’accord au fond avec la gauche réformiste, mais réclamant qu’on lui laisse le temps de s’adapter.

Certes, il y a eu une droite avec des idées. Mais c’était il y a longtemps, dit-on, et par charité, ce sont des idées qu’on préfère oublier : travail-famille-patrie, ou encore Algérie française… Alors, la droite s’est occupée du style – les hussards, renouvelés à chaque génération de Roger Nimier à Marc Lambron elle aurait abandonné le fond à la gauche.

Vous me direz, c’est un peu réducteur. A preuve, vient de paraître une assez passionnante Histoire intellectuelle des droites. Dans cet essai, François Huguenin, son auteur, analyse cette histoire, sous l’angle du conflit idéologique entre libéraux et réactionnaires. Huguenin invite la droite à tirer profit des échecs politiques et des limites théoriques de ces deux courants rivaux, pour refonder une droite intellectuelle, fécondée par les courants conservateurs anglo-saxons qui, n’ayant jamais négligé la bataille des idées, ont su, eux, se renouveler.

Or, les choses, ici en France, sont, en effet, en train de changer. Ecoutez le petit jeune qui monte, à l’UMP, Guillaume Peltier, chef de file de la Droite forte, le courant arrivé en tête en novembre dernier : « La première chose à comprendre, c’est que ce sont les idées qui mènent le monde. » Tiens, la droite aurait des idées ?

Ce qui se passe, c’est que le clivage droite/gauche se décline de moins en moins sur le champ où il avait lieu hier - les questions économiques ou budgétaires il se déroule dorénavant sur le terrain des valeurs .

Valeurs de droite ? Le mérite et la responsabilité personnelle l’ordre et la morale la famille traditionnelle et la transmission de l’héritage culturel l’identité nationale et le rejet de la mondialisation – des thèmes revendiqués dans le sillage des fortes mobilisations des Manifs pour tous de cette année. Il y a, derrière cette revendication d’une droite décomplexée, libérée de son ancien « surmoi de gauche » , un aspect générationnel. Une jeune droite règle ses comptes avec ses aînés, en portant le fer contre le libéralisme libertaire qui a servi d’idéologie à la génération de Mai 68. Elle rend les baby-boomers responsables de l’état de délabrement du pays – et de sa propre situation matérielle.

Maintenant, proclamer des valeurs, est-ce suffisant pour bâtir une doctrine ? D’autant qu’on voit mal en quoi les valeurs en question se distinguent nettement de celles dont se réclame le Front national.

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