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Une gauche d'accompagnement ou de gouvernement ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Paul Thibaud l’écrivait dans Le Débat, (n° 171 et 173), la revue que vous dirigez avec Pierre Nora – la gauche, qui n’avait pas de programme bien précis, l’an dernier, a fait campagne sur le thème des valeurs . Face à une droite qui avait voulu l’exclure d’un « cercle de la raison », elle a institué, elle, un « cercle de la moralité », dont elle prétendait surveiller les écarts par la droite. On guettait les « dérapages », le franchissement des « limites », les « affaires », les « convergences avec le Front national », etc.

Et Thibaud de pointer ce que « le ressassement des valeurs », qualifié par lui de « subjectivisme vantard », pouvait dissimuler de faiblesse à pointer les problèmes bien concrets du pays et à leur apporter des solutions. « La gauche française est devenue une gauche de principes, de « valeurs » et non de projets . », écrivait-il, dans le numéro de septembre. Face à « l’agitation illisible » d’un Sarkozy dont la politique apparaît rétrospectivement comme « une vague intention novatrice qui n’a pas trouvé sa voie », le PS semblait plus en phase avec les aspirations de la société française .

Ainsi s’expliquait, selon Paul Thibaud, l’étrange indulgence dont a bénéficié ce parti, au moment de l’affaire Strauss-Kahn. « Qui peut croire », écrivait Paul Thibaud, « qu’un épisode analogue à l’affaire DSK aussi aurait peu affecté la droite qu’elle n’a handicapé la gauche ? » Et c’est vrai : on pardonne davantage à la gauche les dérives des siens parce qu’elle-même bénéficie d’une sorte de « prime » de sympathie. Surtout une affaire de mœurs. Mais une affaire d’argent, comme l’illustre le cas Cahuzac ?

La gauche, disait encore Paul Thibaud, est en phase avec une société, où l’ancienne croyance au progrès a été remplacée par une incitation au « mouvement » , où l’ancienne revendication de la satisfaction des besoins a fait place à une exigence de libertés nouvelles, de droits nouveaux . Mais tandis que la foi dans le progrès permettait d’unifier la société, la montée des droits particuliers l’atomise.

Et cela me ramène à vous-même, Marcel Gauchet. Dans l’introduction générale à votre œuvre en cours, L’Avènement de la démocratie, vous semblez anticiper sur le dernier, dont on attend la parution, en comparant notre situation historique à celle à laquelle faisaient face nos ancêtres au tournant du XIX° et du XX° siècles. Déjà, on se demandait, écrivez-vous, comment « dégager une volonté générale au sein d’une société où les intérêts particuliers s’entrechoquent dans tous les sens et où la lutte des classes devient le centre de la vie publique » ? (27) Mais, à la différence de ce qui s’est produit il y a un siècle, personne ne semble remarquer l’état d’impuissance dans lequel se débat notre démocratie réduite aux droits . Dans les années 60 encore, nous avons su trouver, dites-vous, un équilibre entre politique démocratique et démocratisation de la société. Mais cette synthèse délicate n’a pas résisté et la démocratie, d’une part, la démocratisation, de l’autre, semblent à présent poursuivre des buts non conciliables.

Est-ce la raison pour laquelle la gauche au pouvoir, acquise au « social-individualisme » semble davantage encline aux réformes sociétales qu’à celles qui touchent à la compétitivité de notre industrie ou à la fiscalité ?

La gauche, écrit Paul Thibaud, parce qu’elle est optimiste, se contente d’accompagner les humeurs de la société, sans faire le tri. Du coup, elle semble moins préoccupée que la droite par « l’incapacitation politique actuelle ». « On arrive donc – je cite encore Thibaud – à une situation où la droite n’a pas les moyens de gouverner, alors que la gauche, au projet social incertain, désormais plus accueillante que novatrice, n’en a pas vraiment le désir. Triomphe donc de la gauche, mais dans le vide . » Nul doute que les « affaires » concourent à cette « fuite devant l’autorité », que vous évoquiez dans la première partie de cette émission. Et que la ruine de l’autorité, la ruine de la parole publique rendront la résolution des problèmes économiques et financiers plus difficile encore.

Car l’opinion a bougé. La société ne se contente plus d’exprimer une demande de droits particuliers, d’un côté et de sécurité – sociale, physique et culturelle, de l’autre. Elle a pris conscience de la gravité des problèmes auxquels le pays est confronté. Pour 66 % des Français, la France est en déclin. 87 % trouvent notre modèle économique peu performant. 38 % déclarent qu’ils quitteraient la France s’ils le pouvaient. On a manifestement changé d’époque. La société demande moins à être traitée en enfant gâté qu’en adulte responsable . Le pouvoir en a-t-il suffisamment conscience ?

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