LE DIRECT

Une guerre des chefs sans enjeux idéologiques

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans les régimes parlementaires de type classique , tout est assez simple : en cas d’alternance, le chef du principal parti d’opposition est le candidat naturel au poste de premier ministre . Ainsi connaît-on déjà le nom du futur premier ministre britannique, en cas de défaite de la coalition conservateurs/libéraux. Il s’appelle Ed Milliband.

Dans notre système à nous, qui relève de la logique présidentielle , les choses sont plus ouvertes et donc plus complexes. C’est évident à gauche où le premier secrétaire du Parti socialiste est le chef de file de la motion arrivée en tête au dernier congrès c’est un personnage assez consensuel, souvent choisi parmi les élus un peu ternes, peu susceptible à ce titre de faire de l’ombre aux authentiques présidentiables. Pensons à l’actuel titulaire. Ou, plus charitablement, à la manière dont François Hollande a dû se débarrasser de son image d’ancien premier secrétaire pour accéder enfin au statut de présidentiable. A droite, c’est plus ambigu. Mais dans la famille néo-gaulliste , où la culture présidentialiste fait partie du code génétique, la légitimité du candidat à la fonction suprême se construit, bien sûr, au sein du parti, mais surtout dans un rapport de type charismatique avec le peuple , l’opinion.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la dernière guerre des chefs , celle qui a opposé le premier ministre sortant au patron du parti, pour la désignation au poste de président de l’UMP. Comme dans le cas du duel qui avait opposé Martine Aubry à Ségolène Royal au congrès de Reims, les rivaux font match nul. Cas de figure suffisamment improbable pour n’être pas suspect. Du coup, le perdant déclaré refuse le verdict. Mais à gauche, la discipline de parti incline la perdante déclarée à s’incliner. A droite, les haines personnelles ne connaissent pas cette atténuation. C’est pourquoi les guerres de chef y sont récurrentes.

Mais la vraie question que pose le duel Fillon/Copé est la suivante : s’agit-il d’une querelle d’égos, ou d’une bataille idéologique entre deux lignes politiques alternatives ?

Il y a bel et bien deux lignes, au sein de l’UMP. Mon distingué confrère Guillaume Tabard distingue ainsi une ligne libérale , qui « parie sur l’efficacité de l’action », d’une droite nationale, qui entend répondre au besoin de sécurité et de frontières, éprouvé par les habitants du périurbain. Mais d’après le commentateur politique des Echos, ces deux lignes sont respectivement incarnées par… Dominique Reynié et Patrick Buisson non pas par François Fillon et Jean-François Coppé.

Bien sûr, la gauche, qui joue à faire peur, en cherchant partout, et depuis trente ans, mais en vain, les indices d’un accord électoral imminent entre la droite républicaine et le Front national, essaie de présenter l’un des camps en présence comme prêt à cette compromission.

Mais enfin, qui peut soupçonner ce brave monsieur Raffarin, incarnation de la « droite libérale » , mais parrain de Jean-François Copé, de rêver d’un accord avec le FN ? Et la présence d’Eric Ciotti, représentant patenté de la « droite nationale » dans la garde rapprochée de François Fillon, démontre qu’il ne néglige pas l’appoint de la droite décomplexée. Preuve qu’il s’agit bien d’une guerre des chefs, et non d’une lutte idéologique.

Marine Le Pen se léchait déjà les babines à ce pénible spectacle . Elle escomptait que le public, lassé de ces pathétiques batailles d’égos, accourrait en masse vers le Front national, devenu, comme dans ses rêves, la dernière force d’opposition crédible. Les trois partielles qui ont eu lieu dimanche dernier ont démontré qu’il n’en était rien. C’est l’UMP qui bénéficie de la montée des désillusions envers le gouvernement et emporte d’un coup, les trois sièges qui étaient à pourvoir, en ravissant un au PS, dans l’Hérault, et un à l’UDI, dans le Val-de-Marne. Mais combien de temps l’UMP pourra-t-elle espérer préserver sa crédibilité, quand celle de ses deux principaux animateurs sort très abimée de leur duel fratricide ?

Et sil faudra bien que la vraie question : protéger et sécuriser, ou réformer en remettant en cause les situations acquises ? - soit débattue et tranchée. Or, elle ne l'a pas été durant ce calamiteux épisode.

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......