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Une loi de cyber-surveillance générale ?

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Deux jours après avoir été élu président des Etats-Unis, le 22 janvier 2009, Barack Obama signait un décret prévoyant la fermeture du centre de détention de Guantanamo. Qu’un pays démocratique, comme les Etats-Unis, puisse maintenir un centre de détention à l’abri de tous les regards – puisqu’il est situé à Cuba -, pratiquant couramment la torture, comme l’a reconnu George W. Bush, hors toute procédure judiciaire légale, choquait la conscience internationale. Sa fermeture paraissait tellement évidente que bien des gens, sont persuadés que le camp de Guantanamo est aujourd’hui fermé. Il n’en est rien. Alors que le président Obama a déjà bien entamé la 2° année de son second mandat, le centre de détention compterait encore 122 détenus – sur les 779 qui y sont passés, depuis son ouverture, le 11 janvier 2002.

Et les experts vous diront que Guantanamo est l’arbre qui cache la forêt. Que des centres de « traitement des terroristes » américains semblables à Guantanamo ont existé ou existent encore à travers bien des pays. Malgré le Prix Nobel de Barack Obama…

On a annoncé la fin de la « guerre contre le terrorisme », lancée par le va-t’en guerre républicain. Son successeur démocrate a démontré qu’en matière de surveillance mondiale des communications, la NSA avait de très très grandes oreilles. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, Washington pousse l’espionnage industriel… jusqu’à mettre les dirigeants alliés sur écoute .

Nous autres, vertueux Européens, avons farouchement dénoncé ces intolérables atteintes aux libertés publiques elles contredisent radicalement, en effet, les valeurs libérales au nom desquelles nous combattons ensemble – le totalitarisme, hitlérien ou stalinien, hier, islamiste, aujourd’hui.

C’est que le terrorisme pose à nos démocraties un redoutable défi. On l’a vu en janvier dernier : il suffit de trois personnages, relativement bien formés, les frères Kouachi et Koulibaly, pour provoquer un carnage dans Paris. Or, selon le premier ministre, le nombre de combattants français ou résidant en France, engagés dans les rangs des différentes organisations islamistes en Syrie et en Irak, atteint à présent le chiffre de 1 550 . Plus d’une centaine ont été tués dans les combats, dont sept dans des attentats-suicides. Que faire de ces hommes, lorsqu’ils rentreront, la tête encore pleine des abominations auxquelles ils auront pris part ? Comment empêcher les réseaux terroristes de continuer à recruter des volontaires pour le djihad dans nos villages et dans nos banlieues ?

Le gouvernement assure : pas plus de Patriot Act que de Guantanamo. Mais déjà, des dirigeants de l’opposition parlent de regrouper et d’isoler les islamistes radicalisés dans des prisons spéciales, afin de prévenir le prosélytisme. Des mini-Guantanamo sur le sol français ?

Et voilà que le gouvernement présente un projet de loi, prévoyant d’installer des mouchards dans les centres de données dans les réseaux et chez les hébergeurs et éditeurs de service en ligne de l’internet, de filtrer les communications téléphoniques, de créer un fichier des terroristes conservé pendant 40 ans…

3 000 personnes, en France, sont soupçonnées d’être suffisamment radicalisées et organisées pour être susceptible de commettre un attentat . Va-t-on les arrêter préventivement, avant même qu’elles soient passées à l’acte ? Un scénario de cauchemar à la Minority Report ! Afin de surveiller ces 3 000 terroristes en puissance, un gouvernement peut-il espionner toute la population ? Qui nous dit que le gouvernement, disposant d’une telle arme ne sera pas, demain, plus autoritaire que celui d’aujourd’hui ? Suivez mon regard…

Ce projet de loi est d’autant plus inquiétant que l’exécutif ne cache pas qu’il vise, au-delà de la répression des réseaux terroristes, entendus au sens le plus large, à la « défense des intérêts de politique étrangère » de notre Etat. Où cela s'arrête-t-il ? Cela peut-il concerner les diplomates étrangers ? « Nous devons aussi nous protéger contre l’espionnage, le pillage industriel, la criminalité organisée, la prolifération des armes de destruction massive », a expliqué le Premier ministre. On le voit : cette loi pourrait bien porter beaucoup plus loin que les réseaux djihadistes qu’elle vise explicitement . D’où une inquiétude générale. Et la menace agitée par certains hébergeurs de quitter la France, afin de protéger leurs clients, en cas d’adoption du texte dans sa version initiale. « Si la loi est votée, nous irons mettre nos serveurs ailleurs », avertissait ainsi lundi dernier, dans Les Echos, le patron de Klaba, un hébergeur de données qui emploie déjà 600 salariés dans l’Hexagone.

Peut-on compter sur le Parlement pour cantonner ce texte de loi à sa visée initiale : donner à l’Etat les moyens de lutter contre un ennemi qui maîtrise de mieux en mieux les technologies numériques , comme on en a eu la preuve, avec le piratage de TV5 Monde, la semaine dernière ?

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