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Une psychothérapie de notre dépression collective

4 min
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Dans les époques de forte croissance, les dirigeants se vantent volontiers de contribuer activement à faire le bonheur de leurs concitoyens. Et les économistes du bien-être contestent aujourd’hui les thèses du précurseur Richard Easterlin, selon lequel on n’aurait pas observé de tendance à la hausse du bonheur ressenti pendant les périodes de croissance soutenue. Claudia Senik vient de publier, dans la collection La République des idées du Seuil, une mise à jour extrêmement documentée.

Selon les études les plus récentes, pas de doute : le bonheur moyen par habitant est très sensible à la conjoncture économique. Mieux : « il suit de très près le cycle économique ». A preuve : la corrélation impressionnante établie par graphiques entre le revenu par habitant et le bonheur moyen dans les pays en transition d’Europe centrale : le moral en prend un sérieux coup à la fin des années 90 : on perd les protections prodiguées par l’ancien système communiste, telles que la garantie de l’emploi, les cantines d’entreprises. Mais les gens se déclarent de plus en plus heureux à mesure que le nouveau système économique, libéral, produit ses effets positifs sur leur niveau de vie.

Dans ce contexte, on conçoit que notre pays, la France, que vous connaissez si bien, Theodore Zeldin, ait sombré dans la morosité : lorsque le PIB stagne et que la population augmente, le niveau de vie baisse . C’est ce que s’est produit dès 2012, d’après l’INSEE, pour la première fois depuis la dernière guerre. Mais nous savons tous que là ne réside pas la cause déterminante de la dépression collective qui nous abat et nous stérilise. Il y a une insatisfaction plus existentielle, qui n’est pas la conséquence directe d’un décrochage du niveau de vie, ou du déclassement social.

Sans que vous l’écriviez directement, il me semble que votre dernier livre « Les plaisirs cachés de la vie », est une manière de psychothérapie collective destinée à notre dépression française. Vous nous proposez moins des recettes de bonheur que des "vies exemplaires". On sent que si vous vouliez reprendre l’histoire de la France moderne, vous ne partiriez plus de nos passions, comme vous l’avez fait dans les cinq célèbres ouvrages parus dans les années 80, mais de biographies. Vous citez Benjamin Disraeli : « Préférez les biographies aux livres d’histoire, car elles peignent la vie sans théorie. » Peut-être êtes-vous devenu un adepte de la micro-histoire, celle qui essaie de reconstituer une époque à partir des petits faits de la vie quotidienne dans une communauté réduite. C’est la vie privée qui vous intéresse, parce qu’elle vous semble plus authentique, qu’elle aurait plus à nous dire.

Ainsi, vous avez déniché plusieurs dizaines de biographies de personnalités, choisies dans toutes les époques et tous les milieux et surtout toutes les cultures. On rencontre beaucoup de Chinois, d’Arabes, de Persans et d’Indiens dans vos Vies exemplaires. A chacune de ces vies, vous avez demandé quelques conseils de bonheur, et surtout quelques idées neuves. Car votre obsession, c’est le conformisme intellectuel , la répétition, les convictions d’autant plus indécrottables qu’elles ne sont pas réellement personnelles, les esprits sclérosés, le tourne-disque lassant des idéologies toutes faites, des certitudes bétonnées.

A vous, l’admirateur des Lumières française, je voudrais opposer le contempteur anglais de notre Révolution – et, en gros de tout ce que nous sommes… - Edmund Burke. Burke, l’auteur des fameuses Reflections on the Revolution in France, défend les préjugés face aux grandes théories, parce que, dit-il, le préjugé contient « une sagesse cachée » , celle que les traditions y ont accumulée et que le préjugé fournit à l’homme d’action un moyen tout prêt d’agir dans l’urgence. Les Anglais ont souvent dit des Français que leur penchant pour l’abstraction les avait rendus malheureux. Ne croyez-vous pas que nous sommes, en ce domaine, revenus de bien des illusions et de bien des utopies. Et qu’il ne faut peut-être pas chercher plus loin l’atmosphère désenchantée qui règne, ces derniers temps, dans l’Hexagone ?

Quelles sont, selon vous, les causes de la dépression française – à laquelle votre livre semble proposer comme une psychothérapie collective à partir de vies exemplaires ?

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