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Une victoire politique du Hamas ?

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Comme après chacune des incursions précédentes de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, en 2008 et 2012, le Hamas s’est déclaré victorieux. Il a fêté la la conclusion d’une trêve qu’on ose souhaiter définitive par une ultime « salve d’honneur ». Elle a tué deux civils et blessé une dizaine d’autres en Israël, qui a eu le bon goût de ne pas répliquer. En est-ce assez pour s’attribuer la victoire ?

Dans une guerre où la propagande des deux belligérants est intense, tentons, pou y répondre, de ne retenir que les faits.

Israël a mis fin à l’occupation de Gaza en 2005 . En 2007, le Hamas, vainqueur des élections qui avaient eu lieu à la fin de l’année précédente, en chasse le Fatah et prend le contrôle militaire du territoire. C’est la victoire des islamistes sur la gauche relativement séculariste, qu’incarne l’OLP. Le Hamas est, en effet, un mouvement national-religieux conservateur . Fondé par le sheikh Ahmed Yassine, hostile à tout accord négocié avec Israël, c’est une branche de la confrérie des Frères musulmans.

Le Hamas a connu son heure de gloire, lorsque les Frères musulmans ont conquis le pouvoir au Caire , lors des élections de juin 2012. Le président Mohamed Morsi lui a permis de s’équiper en armes en provenance de Libye et du Soudan. Mais la situation a basculé avec la prise du pouvoir des militaires au Caire, l’année suivante. Le général Abdel Fattah al-Sissi a interdit le Hamas en Egypte il a fait détruire plus de cent tunnels reliant Gaza au Sinaï, provoquant l’asphyxie économique d’un territoire qui vit de la contrebande, comme de l’aide internationale.

Mais le Hamas bénéficiait aussi du soutien du Qatar, de la Turquie et de l’Iran. Le Qatar avait notamment promis d’assurer le paiement des 40 000 fonctionnaires de Gaza. Or les Saoudiens ont exercé de fortes pressions sur leur petit voisin qatari afin qu’il mette un terme à cette aide. Et la guerre en Syrie est une énorme épine dans le pied pour le Hamas , dans la mesure où elle met en conflit son protecteur iranien, soutien du régime de Bachar el-Assad, et ses protecteurs sunnites - Turquie et Qatar, qui sont dans le camp d’en face.

C’est donc un Hamas affaibli, au bord de l’asphyxie, qui a accepté la réconciliation avec le Fatah en avril, puis lancé, en juillet, une campagne de roquettes provoquant la riposte israélienne.

Mais on retiendra que les quelques 4 000 roquettes lancées durant toute la campagne contre Israël n’y ont causé finalement qu’assez peu de dégâts , tant humains que matériels. Le bouclier anti-missiles ayant montré son efficacité. On a même soupçonné l’Iran d’avoir poussé le Hamas dans cette aventure, afin de tester l’efficacité du bouclier israélien... Israël estime que 75 % du stock de roquettes dont disposait le Hamas ont été ou tirées ou détruites. En outre, les tunnels d’invasion vers Israël, qui avaient exigé une grande quantité de béton, ont été fermés.

Mais la guerre entre le Hamas et Israël est du type « asymétrique » : la victoire militaire est, par définition, hors de portée du plus faible, qui ne cherche qu’une victoire politique.

Cette victoire politique, peut-on dire que le Hamas l’a obtenue ? Oui, si l’on considère l’état d’esprit de la population palestinienne, tant à Gaza qu’en Cisjordanie. Oui encore, dans la mesure où Israël n’est parvenu ni à décapiter le Hamas, ni à en détruire la branche armée. Oui aussi, sur le front de la guerre des images. En interdisant aux journalistes de photographier ou de filmer ses tirs, le Hamas nous empêche de savoir si l’accusation d’utiliser la population palestinienne comme « bouclier humain » est ou non fondée . Tout juste si l’on a pu apprendre que l’Agence des Nations-Unies pour l’aide aux réfugiés avait découvert vingt roquettes dissimulées dans une des écoles qu’elle dirige à Gaza.

Mais le Hamas a-t-il atteint ses buts de guerre ? L’embargo est-il levé, tant du côté égyptien qu’israélien ? La construction d’un port et d’un aéroport, qui devrait faire l’objet de négociations ultérieures semblent bien peu crédibles. On peut dès lors se poser la question : pourquoi sont morts 2100 Palestiniens et 67 Israéliens ?

►►► Découvrez notre dossier complet « Gaza / Jérusalem, des deux côtés de la frontière »

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