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Universités : l'autonomie difficile

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Le classement de Shanghaï a agi comme un électrochoc sur le monde universitaire français. Notre pays, qui se croyait doté d’un système de formation supérieur d’un niveau comparable à celui des grandes nations modernes, a réalisé, à cette occasion, son déclassement. L’opinion a pris conscience du fait que l’enseignement supérieur était insuffisamment financé, que nos universités avaient perdu du terrain, dans un domaine où la concurrence joue à plein. Les politiques ont pris leurs responsabilités. On ne saurait répéter à tous vents que, dans « l’économie de la connaissance », notre position dépendra du niveau de formation de notre population active et de notre capacité d’innovation, et négliger l’enseignement supérieur et la recherche.

A l’occasion de la loi Libertés et Responsabilités des Universités, le gouvernement de l’époque a été capable de trouver, notamment grâce à un Grand Emprunt, des financements supplémentaires . Aujourd’hui, avec une dépense moyenne de 11.630 euros par étudiant, la France se situe à nouveau dans la moyenne des pays de l’OCDE. Même s’il y aurait beaucoup à dire sur la différence entre les ressources consacrées à la formation d’un élève de grande école et celles allouées à un étudiant de filière littéraire en Université…

Mais la spécificité française, c’est l’importance de la participation des finances publiques. Sur les 28 milliards dépensés chaque année pour l’enseignement supérieur, 81,7 % sont d’origine publique et seulement 18,3 % d’origine privé. La moyenne OCDE, est bien différente : 68,9 % proviennent du public et 31,1 % du privé. Moins de 20 %, en France, presque le tiers, chez les autres. Cherchez l’erreur…

L’Etat, encouragé par les expériences menées avec succès chez nos voisins d’Europe, a décidé de miser sur l’autonomie des universités et sur leur regroupement . Trop de petites structures dispersées sur le territoire ne favorisent pas l’excellence. Même si elles peuvent flatter l’égo de nos élus locaux. Les initiatives d’excellence (IDEX) entendent ainsi « faire émerger en France cinq à dix pôles pluridisciplinaires d'excellence d'enseignement supérieur et de recherche de rang mondial ». Ce type de structure est capable, non seulement de tenir son rang dans les classements internationaux, mais d’attirer les investisseurs, comme l’a démontré récemment Sorbonne-Universités, avec son fonds d’investissement en start-ups Quadrivium Ventures.

Il s’agit de retrouver la place que nous méritons dans le classement de Shanghaï et de faire revenir en France les étudiants étrangers, aujourd’hui plus tentés par Oxford et Cambridge… Cette politique, initiée par le gouvernement précédent, a été poursuivie et amplifiée par l’actuel. Pour une fois que l’exécutif fait preuve de continuité , en dépit des alternances politiques, pourquoi s’en plaindre ?

Alors oui, pourquoi cette fronde du milieu universitaire ? Peut-être vient-elle du fait qu’on a poussé vers l’autonomie de gestion des établissements un peu abandonnés ensuite à eux-mêmes. Sans leur procurer les outils de gestion qui ne sont pas forcément familiers à des universitaires. Ils se plaignent, non sans raison, de se voir écrasés de tâches administratives qui les détournent de l’enseignement et de la recherche. Comme l’écrit Victor perez-Diaz, « beaucoup d’universités européennes sont habituées à naviguer dans un monde de financement public encadré par des règles rigoureuses. » La liberté est un métier difficile.

Sans doute cette colère a-t-elle été provoquée aussi par une politique tournée vers la récompense financière des universités les plus performantes – à travers le fameux système SYMPA de répartition des moyens à la performance et à l’activité.

Mais je voudrais poser une question de fonds : sachant que le contribuable paye environ 10 000 euros pour une année d’étude d’un étudiant qui ne contribue lui-même qu’à hauteur de 180 euros de droits d’inscription, le pouvoir politique n’est-il pas fondé à favoriser les filières d’avenir, plutôt que les formations sans débouchés ?

Pour être plus provocateur encore : croit-on que si les étudiants devaient acquitter des droits d’inscription à hauteur de ceux qui sont exigés à l’entrée des universités américaines, britanniques ou australiennes, ils se contenteraient de cours médiocres et d’équipements vétustes ? Il faudra bien, un jour, envisager le moyen de responsabiliser les jeunes gens qui s’engagent dans les études supérieures. Cela passera presque inévitablement par une majoration des droits d’inscription . Quitte à ce que ces droits soient calculés proportionnellement aux espérances de rémunération procurés par ces formations. Alors, ce seront les étudiants eux-mêmes qui décideront du financement des universités : comme tous les consommateurs, ils voteront avec leurs pieds…

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