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Vaccination solidaire

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Saviez-vous, Nicolas, que l’expression « objecteur de conscience », qui a longtemps désigné les conscrits qui refusaient de porter les armes, avait été forgée pour désigner les personnes qui refusaient la vaccination. Une loi britannique de 1898 permit, en effet, aux conscientious objectors (objecteurs consciencieux, ou encore refusants par scrupule), d’échapper au Compulsory Vaccination Act de 1853, première mesure visant à une vaccination obligatoire d’une population entière de nouveaux-nés. Les parents qui repoussaient cette vaccination pour des motifs religieux ou philosophiques, désiraient ne pas être confondus avec ceux qui n’avaient pas vacciné par négligence. Face à l’imprécision du texte gouvernemental sur la légitimité de cette demande, les juges décidèrent qu’un objecteur devait croire honnêtement que la vaccination pouvait nuire à la santé de leur enfant et que cette croyance devait être « raisonnablement fondée ».

Cela se passait à la fin du XIX°, siècle réputé scientiste, c’est-à-dire confiant dans l’idée que les progrès de la science apporteraient des réponses définitives à toutes les grandes questions que se pose l’humanité et permettrait, en outre, une gestion rationnelle des problèmes sociaux.

Paradoxalement, en ce début du XXI° siècle, alors que la thérapie génique nous promet la répération des organes malades, cette confiance absolue dans les pouvoirs de la science a fait place à l’incrédulité envers les vérités les mieux établies. La méfiance générale envers toutes les institutions touche aussi la médecine. Le populisme a pris la place du scientisme. Et la vaccination en fait les frais. Les experts sont victimes du même discrédit suspicieux que les politiques. On leur reproche leur élitisme et on leur oppose le bon sens des simples gens. Il faut admettre que ce dernier a parfois marqué des points.

On n’est pas prêt d’oublier la panique sanitaire provoquée par l’OMS à propos de la grippe H1N1. En avril 2009, l’Organisation mondiale de la santé lance une alerte de niveau 6 -. le niveau maximal : pandémie mondiale. L’OMS annonce un nombre de décès 15 à 30 fois supérieur à celui causé par la grippe saisonnière, qui tue entre un quart et un million de personnes chaque année. On évoque le spectre de la « grippe espagnole » des années 1918/20. On se souvient de la suite : le gouvernement français de l’époque commande 94 millions de doses de vaccin, pour un budget de 869 millions d’euros. Mais il ne parvient pas à surmonter le scepticisme de la population, qui rechigne massivement à se rendre dans les centres de vaccination. Abstention pleine de sagesse : on apprendra bientôt, par le Syndicat national des professionnels infirmiers que le vaccin comporte des adjuvants potentiellement dangereux, comme le mercure et le squalène… Et pandémie annoncée se dégonflera rapidement : la grippe H1N1 s’est révélée nettement moins meurtrière que la banale grippe saisonnière.

Par contre, les accusations portées contre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) par l’ex-docteur Andrew Wakefield se sont effondrées. Lui-même admet aujourd’hui ne « pas savoir » si ce vaccin peut être ou non responsable de cas d’autisme, contrairement à ce qu’il avait affirmé dans un article publié par la revue The Lancet - que la revue a retiré de ses archives, tant les méthodes de cet ancien médecin ont été contestées.

Mais la vaccination n’est pas seulement une affaire de conscience individuelle . C’est une affaire de santé publique. Grâce à la vaccination, nous avons éliminé des maladies qui tuaient autrefois des millions de gens, comme la variole et la diphtérie. Refuser le vaccin, c’est manquer de sens civique, c’est exposer non seulement ses enfants et soi-même, mais les autres. Au Québec, on a évoqué la possibilité de bannir des écoles les enfants non vaccinés.

Aux Etats-Unis, c’est le vaccin contre l’hépatite B qui fait débat. Censé protéger les enfants de mères prostituées ou droguées, il est administré systématiquement à tous les bébés. Car, seule une vaccination de masse peut faire baisser sérieusement les taux d’infection.

Le concept de « groupe à risque », écrit Susan Sontag, « fait revivre l’idée archaïque de communauté contaminée, jugée par la maladie ». Et dans son livre On Immunity : An inoculation, Eula Biss rappelle qu’il y a cent ans la variole était considérée aux Etats-Unis comme une maladie ne frappant que les Noirs et les immigrés. Du coup, on les vaccinait, le revolver sur la tempe. Hier, on vaccinait de force les pauvres pour la santé des riches. Aujourd’hui, on vaccine aussi les classes moyennes pour améliorer la santé des pauvres, qui souvent, n’ont pas les moyens de se soigner. La vaccination est devenue une affaire de solidarité. La refuser, dans ces conditions, c’est pratiquer cette révolte des élites et cette trahison de la démocratie, que pointait Christopher Lasch, dans un ouvrage demeuré célèbre.

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