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Vandalisme culturel à Tombouctou

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« A Tombouctou, l’or vient du Sud, le sel vient du Nord, l’argent vient du pays des Blancs, mais les paroles de Dieu, les choses savantes et les contes jolis, on ne les trouve qu’à Tombouctou », dit un proverbe local.

Fondée il y a un millénaire, la cité a été, en effet, et la plaque tournante du commerce transsaharien et l’une des capitales mystiques de l’Afrique. Centre international d’étude de l’islam, elle a compté jusqu’à 25 000 étudiants, attirés par l’université de Sankoré , contemporaine de la Sorbonne et d’Oxford. De cette époque, il reste aujourd’hui, des milliers de manuscrits pluri-centenaires mais ils sont menacés par la folie nihiliste d’une milice fanatisée, Ansar Eddine . Liés à Al Qaïda au Maghreb islamique, ils se sont emparés de tout le Nord du Mali, en alliance avec le MNLA , une bande de touaregs enrôlés comme mercenaires par Kadhafi. Leur chef, Mohammed ag Najim, était colonel en Libye. Islamistes d'Ansar Dine et touaregs du MNLA, rivaux pour piller, s’entendent au moins pour terroriser Tombouctou. De leur guerre perdue, ils ont rapporté des armes lourdes et une sourde rancœur. Le Mali n’ayant pas de frontières communes avec la Libye, on se demande d’ailleurs comment leurs colonnes blindées ont pu s’y rendre…

Les miliciens islamistes d’Ansar Eddine sont en train de détruire, en toute impunité, les trésors culturels inestimables de la « perle de l’Afrique ». En particulier, ces splendides monuments de terre ocre, construits par la piété populaire en l’honneur des « 333 saints » musulmans de la ville . Ils ont aussi enfoncé la porte Sud de la mosquée Sidi Yahya , pour narguer la croyance populaire locale selon laquelle cette porte ne s’ouvrirait qu’à l’époque de la fin du monde. A moins qu’ils n’aient imaginé ainsi la provoquer…

Traditionnellement, les barbares détruisent les merveilles dont ils se savent incapables. Les vandales haïssent les beautés qui les narguent . Les mausolées de Tombouctou, miracles architecturaux d’argile et de sable étaient comme une insulte pour une soldatesque ivre de destruction.

Derrière cette rage dévastatrice, il y a certes, une guerre de religion : la haine traditionnelle des salafistes pour la dévotion mystique de l’islam soufi, pour sa quête de la perfection intérieure. « La charia ne tolère pas qu’un tombe soit plus élevée qu’une autre. Ces mausolées sont adorés en dehors de Dieu le tout puissant. Tout cela est interdit. Nous allons tous les raser », a déclaré le porte-parole de Ansar Eddine. Au Soudan, au Yémen, de la même façon, des mausolées très anciens ont été anéantis, afin d’extirper le culte des saints, considérés, par les rigoristes salafistes, comme « innovation blâmable ».

Mais comme dans le cas des bouddhas géants de Bamiyan, sculptés dans la falaise entre les III° et le V° siècle de notre ère, et bombardés au canon par les talibans afghans, il y a autre chose : un règlement de compte avec le passé pré-islamique, ou avec les « superstitions populaires » antérieures à leur « purification » par le courant salafiste des wahhabites - la seule version « correcte » de l’islam. « Rien avant nous », comme l’écrit sur son blog le journaliste spécialiste de l’Afrique, Vincent Hugueux. « Nier ce qui précède et en anéantir les legs ». L’islam mystique et tolérant du Mali doit être extirpé.

Mercredi dernier, à 700 km au Sud de Tombouctou, à Bamako, la capitale du Mali, il y a eu un énorme sit-in organisé par le Collectif des ressortissants du Nord-Mali, le Coren. Des milliers de réfugiés ont réclamé au gouvernement malien « d’agir pour libérer les trois régions occupées par des groupes armés ».

De son côté, les chefs d’Etats du « groupe de contact » de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest, réunis ce week-end à Ouagadougou, ont sommé le Cheikh Modibo Diarra, premier ministre du Mali, de former un gouvernement national. Sur cette base, le groupe de contact estime que le Mali pourrait réclamer l’aide internationale pour reconquérir le Nord du pays. Mais le pouvoir, à Bamako est faible depuis le putsch militaire de mars dernier. Cette impuissance risque d’entraîner le pays tout entier dans un processus de somalisation .

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