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Vers un syndicalisme de services ?

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Le monde du syndicalisme se confond trop souvent avec l’idée de résistance au changement – « tenir bon », « ne rien lâcher », « refuser la réforme » (quelle qu’elle soit). Les notions de performance, d’efficacité, d’innovation y sont souvent ressenties comme des agressions. De force de transformation sociale, les syndicats tendent à apparaître, paradoxalement, comme une force de conservation, arc-boutée dans la préservation des fameux « avantages acquis », qui bloquent les évolutions ayant eu lieu ailleurs et qui ont permis de concilier l’amélioration de la productivité et la protection des salariés contre les nouveaux risques .

Comme si le monde n’avait pas tant changé en 30 ans ! Comme si la Chine n’était pas devenue « l’atelier du monde » ! Comme si de nouvelles injustices, comme si de nouveaux risques et de nouveaux besoins ne s’étaient pas manifestés. Les parcours professionnels se sont individualisés , la précarité s’est étendue et les demandes formulées ne sont plus les mêmes. Comment convaincre les jeunes générations, qui ont précisément intérêt à des changements radicaux - si elles veulent pouvoir espérer un avenir dans ce pays et non dans l’exil à l’étranger - que le syndicalisme est un contre-pouvoir indispensable ? Qu’elles peuvent en avoir besoin, elles aussi, quand la moyenne d’âge des adhérents de certaines centrales reflètent le caractère daté de leurs préoccupations ?

La CFDT s’est longtemps présentée comme le syndicat réformiste, face à une CGT, censée incarner le pôle révolutionnaire. Cela lui a valu des passages difficiles, comme en 1995, lorsque Nicole Notat a soutenu, quasi-seule le Plan Juppé, ou que François Chérèque a accepté l’alignement des régimes de retraite des régimes spéciaux sur celui des fonctionnaires en 2003.

Mais depuis le passage à la tête de la centrale rivale de Bernard Thibault, les choses ne sont plus aussi simples. La CGT de Thierry Lepaon n’est certainement pas la courroie de transmission du Parti communiste et d’ailleurs, celui-ci n’est plus non plus un parti révolutionnaire. Quel espace, alors pour la CFDT ? Ne risquez-vous pas d’apparaître, à nouveau comme le relais du gouvernement, dont vous soutenez les réformes ?

Pour échapper à ce piège – et être entraînés dans la chute vertigineuse de popularité dont François Hollande est actuellement la victime - vous avez récemment proposé, Laurent Berger, l’idée d’un « syndicalisme d’engagement ». Vous avez évoqué une stratégie de reconquête à travers un « syndicalisme utile, qui change la vie des salariés ». Etes-vous prêt à aller vers un syndicalisme de services à la scandinave ?

Le Centre d’Analyse stratégique détaillait, dans une récente étude, les services que rendent les syndicats dans les pays du Nord ou aux Pays-Bas : offre de séjours de vacances, billets de spectacles à prix réduits, activités sportives, colonies de vacances pour les enfants… Vous me direz, en France, c’est la fonction du Comité d’entreprise. Mais il y a d’autres services que pourraient nous rendre nos syndicats – en particulier, l’accompagnement et la sécurisation des parcours professionnels, d’un emploi à un autre, d’une entreprise à une autre . Cela passe par la défense juridique effective des salariés, et non la simple communication du numéro de téléphone d’un avocat…

Puisque vous vous êtes engagés, avec la CFDT, dans la voie d’une flexisécurité à la française, en signant l’Accord interprofessionnel du 11 janvier, la moindre des choses ne serait-elle pas d’engager résolument votre centrale dans cette voie. La défense des salariés ne devrait-elle pas prendre des formes autant individuelles que collectives ?

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