LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Villepin en bédé, Kouchner et le droit d'ingérence

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans la plupart des pays, même démocratiques, la politique attire des hystériques, des maniaco-dépressifs, souvent aussi, hélas, des paranoïaques. Il faut être malade, en effet, pour désirer à ce point le pouvoir. Certains politiques sont également atteints par une forme de psychose délirante appelée mégalomanie . Elle consiste en une surestimation de ses propres capacités et en appétit de puissance qui peut dégénérer en délire des grandeurs : le sujet s’imagine être le centre du monde, le sauveur de l’humanité.

Dominique de Villepin en était-il atteint ? Je ne sais pas, mais le personnage d’Alexandre Taillard de Vorms, ministre des Affaires étrangères dans la bédé Quai d’Orsay, présente une forme classique de mégalomanie. Certains soutiennent qu’il existe une forme de délire des grandeurs spécifiquement française un trouble mental purement national qui, hélas, n’est pas confiné aux plus hautes sphères de l’élite politique. Il consiste à imaginer que notre pays, en raison de son histoire, est destiné à exercer un magistère moral qu’il a bénéficié d’une sorte d’élection et qu’il incarne, de toute éternité, l’intérêt du genre humain. Cette grandiloquente illusion, qui nous pousse à nous réfugier dans les idées sublimes, nous incite aussiau mépris des basses contingences – « l’intendance suivra », disait de Gaulle, lorsqu’on lui parlait de l’économie.

« Il t’emmène dans un monde parallèle », explique la plume du ministre à sa petite amie, en lui parlant de son ministre. « Tu te pointes devant lui, tu lui parles de budget, il te répond : ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est l’avenir du monde. Urgence, interdépendance, efficacité, unité… » Il invente trois ou quatre concepts sans trop savoir ce qu’il va dire. Il répète ça partout jusqu’à ce que tout le monde en soit persuadé , sans comprendre exactement ce que ça veut dire. Il t’élève au-dessus de toi-même et tu perds tes repères. » (p. 63 dans l’album de Lanzac et Blain).

Ce fantastique mépris du réel, cette croyance irrationnelle dans le pouvoir de l’idée, du mot, du « concept », comme dit le ministre dans la bédé, sont des caractéristiques nationales. Tocqueville, puis Taine, l’ont attribué à l’esprit des Lumières, à la passion des salons du XVIII° siècle pour la pure raison et le bel esprit et l’éloignement où étaient tenus nos philosophes des dures réalités de la gestion.

Aujourd’hui, le Quai d’Orsay a à sa tête un personnage moins flamboyant que Dominique de Villepin et ce dernier se montre critique envers son successeur. Ainsi, dans une interview donnée à nos confrères de RFI, le 18 septembre, Dominique de Villepin disait ceci : « La France est fidèle à elle-même lorsqu’elle forge des compromis. Or actuellement, la diplomatie française a du mal à trouver sa place. Nous ne sommes pas, contrairement aux Anglais, les supplétifs des Américains. N’oublions pas le rôle de bascule qu’a joué notre pays, sous de Gaulle, entre l’Est et l’Ouest, puis entre le Nord et le Sud. » Il se montre plus précis et plus critique encore dans Le Figaro de ce matin, où Dominique de Villepin dit : " Vouloir s’engager au Mali sans solution au problème touareg nous place comme le dernier tenant actif de la guerre contre le terrorisme . Un concept mis en place par George Bush et qui est une absurdité. Depuis treize ans, en Afghanistan, en Irak, en Lybie, au Mali, à chaque fois, on reproduit les mêmes erreurs. "

On vous a accusé, Bernard Kouchner , d’être une sorte de néo-conservateur de gauche , parce que vous êtes favorable au droit d’ingérence et au devoir de protéger – qui implique d’intervenir contre le régime en place, lorsque celui-ci martyrise sa propre population. Comment jugez-vous votre successeur qui ne semble pas mener, en effet, une politique très différente de celle que vous préconisiez lorsque vous étiez à sa place ?

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......