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Vous allez le regretter, le shérif américain !

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Décidément, beaucoup d’eau semble avoir coulé sous le Potomac depuis la fin de la guerre froide. Vous vous souvenez certainement, Zaki Laïdi, du livre de Richard Haas, The Reluctant Sheriff – le shérif à contre-cœur, publié en 1997.

L’auteur, devenu depuis directeur du prestigieux think tank, Council on Foreign Relations, tentait de fixer un cadre à l’action internationale de Etats-Unis dans un monde rendu imprévisible et potentiellement chaotique, après l’effondrement de l’Union soviétique et du monde bipolaire de la Guerre froide. Il appelait les Etats-Unis à intervenir dans les conflits, afin de préserver la stabilité. Mais il appelait à le faire, à la manière des shérifs de l’Ouest ancien – de préférence, sur la base d’une assignation, d’un mandat d’amener, signé par un juge . Il recommandait au shérif américain de recruter, chaque fois que cela était possible un « détachement », parmi les honnêtes citoyens prêts à lui prêter main-forte. Le mandat le plus légitime pour intervenir dans les affaires du monde, plaidait Richard Haas, c’est une résolution en bonne et due forme du Conseil de sécurité. Dans l’impossibilité de l’obtenir, Washington pouvait se contenter d’une demande des autorités régionales, telles que l’OTAN.

Aujourd’hui, le shérif Obama semble plus « reluctant » - rechignant – que jamais. Et Vladimir, dans sa lettre au Américains de ce matin, l’encourage vivement à rester chez lui.

Obama s’est précipité sur le coup de bluff de Poutine, pour remettre à plus tard la « punition » d’Assad. Pourtant, la proposition russe semble essentiellement destinée à gagner du temps en faveur de son protégé. On estime à dix ans le délai nécessaire à la recension, à la localisation et à la destruction de l’arsenal chimique du régime syrien

Quoiqu’il en soit, tout cela n’est guère élégant envers l’allié français, lâché en pleine campagne. François Hollande, déjà humilié d’avoir à attendre le feu vert du Congrès américain, se retrouve tout seul sur le sentier de la guerre. Nos dirigeants, qui auront retenu la leçon, se garderont à l’avenir de courir au secours des Etats-Unis, afin de leur proposer notre soutien militaire.

En attendant, sur le terrain, en Syrie, des dizaines de milliers de civils, victimes de cette guerre de religion atroce, continueront de mourir sous les bombes. 120 000 sont déjà morts. 2 millions ont préfér fuir leur pays et passeront l'hiver en famille sous des tentes.

Laurent Fabius a eu raison de distinguer « la perche qu’il faut saisir » du « piège dans lequel il ne faut pas tomber ». Souhaitons que Barack Obama sache faire la même distinction. Car on peut fort bien imaginer un scénario à l’irakienne : souvenons-nous de la façon dont Saddam Hussein a « baladé » les inspecteurs de l’ONU pendant des mois, jouant ainsi au chat et à la souris avec la communauté internationale. C’est pourquoi la proposition de résolution française à l’ONU est juste : en menaçant Damas de représailles militaires, s’il jouait à ce jeu dangereux, elle aurait permis de tester les intentions réelles du régime syrien.

Si Obama se sert de la proposition russe pour renoncer à toute « punition » d’Assad, il aura fait passer, au Moyen Orient et ailleurs, un message dangereux : les Etats-Unis, obsédés par leur face-à-face avec la Chine et traumatisés par leurs échecs en Irak et en Afghanistan, se désintéressent du Moyen Orient. Quant aux tyranneaux locaux, ils peuvent éventuellement utiliser des armes non conventionnelles, y compris contre leur propre population. il leur suffira d'avoir pour protecteurs Moscou ou Pékin.

Comme l’écrit Robert Kagan : vous n’aimez plus le shérif américain ? Alors, préparez-vous à vivre dans un monde qui va ressembler vraiment au far-west : sans foi ni loi et à la merci du plus fort ou du plus violent

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