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Vue à la télé : Roselyne Bachelot

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Ainsi, l’ancienne ministre de l’Ecologie de Jacques Chirac, l’ancienne ministre de la Santé et de la Solidarité de Nicolas Sarkozy s’apprête à chroniquer la mode, l’alimentation et les cosmétiques dans une émission phare de la nouvelle chaîne de Canal Plus.

Vous avez déclaré dans une récente interview, Roselyne Bachelot, « je ne me voyais pas rester chez moi, assise à regarder la télévision ». Et, mettant en pratique la fameuse maxime de Noel Coward « television is not something you watch, it’s something you appear on », vous avez cédé aux sollicitations de D 8 et accepté de rejoindre Audrey Pulvar et toute une bande de copines, sous la férule de Laurence Ferrari. Non, la télévision n’est pas quelque chose que vous allez regarder, c’est quelque chose où vous allez apparaître ou plutôt continuer d’apparaître, mais dans un nouveau rôle. Pourquoi pas ? Chacun d’entre nous devrait avoir droit à une deuxième, et même à une troisième carrière. On s’ennuierait moins dans ce pays.

Le plus choquant n’est pas que quelques trop rares personnalités renoncent à une carrière politique c’est que certains, qui l’ont embrassée le jour du classement de sortie de l’ENA, y soient demeurés jusqu’à l’âge de la retraite – et souvent bien au-delà.

La plupart des hommes et femmes politiques de premier plan appartiennent à la haute fonction publique ; non réélus ou démis de leurs fonctions, ils retournent tranquillement dans leur corps d’origine , où leur carrière a avancé toute seule. C’est pourquoi le chômage est une réalité dont ils n’ont qu’une idée assez vague.

Parmi toutes les particularités qui ont fait de vous une femme politique atypique, il y a cette bizarrerie : vous n’appartenez pas à la haute fonction publique. Vous étiez pharmacienne. Vous auriez pu, j’imagine vous faire nommer préfète au tour extérieur, ou membre du Conseil économique, social et environnemental. Cela s’est déjà vu. Non, vous préférez faire de la télé. Signe des temps . Le vrai pouvoir est-il entre les mains des ministres, qui tentent vaille que vaille, d’infléchir des politiques qui ont leur pesanteur propre, ou bien sur les plateaux de télé, où l’on refait le monde en faisant des vannes ?

On a déjà dit maintes fois combien les liaisons dangereuses entre hommes politiques et femmes de médias étaient particulières à ce pays. Combien avait été choquante l’interview du président Mitterrand en avril 1992 par trois femmes dont deux étaient les compagnes de ses ministres. Reprenons cette fastidieuse énumération : Kouchner-Ockrent, DSK-Anne Sinclair, Jean-Louis Borloo-Béatrice Schoenberg, Arnaud Montebourg-Audrey Pulvar. Sans compter ceux et celles qui ne rendent pas publiques leurs liaisons… Pouvoir politique et contre-pouvoir médiatique peuvent-ils afficher leurs inclinations mutuelles sans se compromettre ? Comment éviter qu’une suspicion générale finisse par englober le monde politique et celui des médias ? Voudrait-on alimenter le populisme ambiant, prompt à dénoncer les « élites politico-médiatiques » ?

Mais puisque vous avez décidé de passer de l’autre côté, laissez-moi imaginer des reconversions télévisuelles pour certains membres de l’actuel gouvernement. Personnellement, je verrais bien Pierre Moscovici en spécialiste de l’économie au JT de Pujadas, en remplacement de François Lenglet. Je suggère d’ailleurs de confier ce 20 Heures à Aurélie Filipetti, bien plus sympathique que Marie Drucker. Que diriez-vous du choix de Benoît Hamon pour animer Ce soir (ou jamais), de celui de Vincent Peillon comme hôte de La Grande Librairie ? On pourrait confier à Manuel Valls le récit de grandes enquêtes criminelles : assis sur un bureau muni d’une lampe à interrogatoires musclés, chemise ouverte comme dans « faites entrer l’accusé », les frissons sont garantis. Quant à François Hollande, bon camarade et amateur de petites blagues, il pourrait faire un animateur idéal pour « On n’est pas couchés » en remplacement de Laurent Ruquier, dont les maxillaires s’usent depuis le temps qu’il se force à rire.

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