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Rencontre avec l'historien anglo-saxon Charles Jencks

58 min

Nous reprenons diffusion de notre conversation avec le critique Charles Jencks : troisième séquence, sur les théories du complexe et de la catastrophe et le moment déconstructiviste;

quatre disparitions : Jean-Paul Dollé, Françoise Cachin, la comédienne Maria Schneider et l'architecte Henri-Pierre Maillard

puis, nous évoquerons un lycée français récemment achevé à Dakar, avec ses trois architectes : Nelly Breton et Olivier Fraisse, de l'agence Terreneuve, et Adam Yedid.

Indications bibliographiques

Kings of Infinite Space, FL Wright and M Graves , Charles Jencks, Academy-Martin's Press, London, New York, 1983.

The Architecture of the Jumping Universe , A Polemic : How Complexity Science is Changing Architecture and Culture , Charles Jencks, Academy, London, 1995.

Deconstrutivist Architecture , Philip Johnson and Mark Wigley, Moma, New York, 1988.

Deconstruction in Architecture , Architectural Design Profile, 1988.

Deconstruction II , Architectural Design n°59, 1-2 1989.

Reconstruction-Deconstruction, Peter Eisenman versus Leon Krier , Architectural Design n°59, 9-10 1989.

What is Deconstruction? Christopher Norris and Andrew Benjamin, Academy Editions, London, 1989, 56 pages.

La Condition postmoderne , Jean-François Lyotard, Minuit, 1979.

Le Postmoderne expliqué aux enfants, correspondance 1982-1985 , Jean-François Lyotard, Galilée, 1988.


Henri-Pierre Maillard, projets et architectures 1974-1985 , Electa Moniteur, 1985, 96 pages

Lecture

Karel Čapek, Cesta na sever , 1936, traduit du tchèque par Benoît Monnier, Voyage vers le Nord , avec des illustrations de l'auteur, Editions du Sonneur, 2010.

Musique

Thelonius Monk, Don't blame me

Thelonius Monk, Bemsha swing

Beethoven, Sonate pour piano n°14 op. 27 Le Clair de lune , 1, adagio sostenuto, par Vladimir Horowitz

Beethoven, Sonate pour piano n°14 op. 27 Le Clair de lune , 1, adagio sostenuto, par Vladimir Horowitz

Calendrier

Expositions

2901-2905 www.dam-online.de Au Deutsches Architektur Museum de Francfort, en Allemagne, exposition Die 23 besten Bauten in/aus Deutschland, le 23 meilleurs bâtiments en ou hors d'Allemagne , qui réunit les lauréats 2010 du Dam Preises für Architektur , Deutsches Architektur Museum, Schaumainkai 43, 60596 Frankfurt-am-Main.

0202-2602 www.galerie-architecture.fr A Paris, à la Galerie d'architecture, une exposition des travaux de l'agence d'architecture Valode et Pistre (fondée en 1980, grosse agence implantée aujourd'hui à Paris, Madrid, Varsovie, Moscou, Ekaterinbourg, Pékin et Shanghai) présente six projets de tours. Parmi leurs œuvres intéressantes du passé, ils citent eux-mêmes le Musée d'art contemporain de Bordeaux, dans les entrepôts Laisné, l'usine L'Oréal d'Aulnay sous Bois, le Technocentre de Renault, les sièges sociaux de Shell et Air France (celui-ci à Roissy), l'université Léonard de Vinci à La Défense, le cours Saint-Emilion à Bercy et plus récemment la Tour T1 à La Défense, le Grand Stade de Lille ou l'hôtel Hyatt d'Ekaterinbourg. En chantier, la tour Incity, cours Lafayette à Lyon (2012), la tour Generali, de 300m, à La Défense (2013), deux tours à Ekaterinenbourg dont la tour de logements de 200m Iset (2013), des tours à Pékin (2012), etc. Valode et Pistre, tours , Galerie d'architecture, 11, rue des Blancs-Manteaux, 75004 Paris.

0402-2402 www.archi.fr/AA A Paris, exposition de photographie réunies par Patrice de Moncan sur le thème Paris avant-après , à partir de 50 photographies de Charles Marville, réalisées entre 1858 et 1878, et d'autant de vues contemporaines, réalisées sous le même angle. Charles Marville dont, au moment où le livre se faisait, on ne savait pas encore qu'il s'appelait en fait Charles-François Bossu. Académie d'architecture, Hôtel de Chaulnes, 9, place des Vosges, 75004 Paris. Ce travail a fait l'objet d'un gros ouvrage paru aux éditions du Mécène. Paris, avant-après, XIX° siècle XXI° siècle , Charles Marville, Patrice de Moncan, Editions du Mécène, 2010, 456 pages, 45 euros.

0212-2003 www.pavillon-arsenal.com A Paris, au pavillon de l'Arsenal, l'exposition consacrée au projet-phare de la municipalité Delanoë, la fameuse "canopée" des Halles des architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti Les Halles, nouveau cœur de P aris est prolongée jusqu'au 20 mars. Pavillon de l'Arsenal, 21, boulevard Morland, 75004 Paris.

3101-1202 www.geoarchi.univ-brest.fr L'Institut de Géoarchitecture de Brest, qui forme des professionnels de l’aménagement depuis 35 ans, présente une exposition 35 ans d’aménagement à Brest , à la faculté des Sciences de Brest, Institut de géoarchitecture.

Conférences

1002 www.archi.fr/AA A Paris, conférence de l'architecte Marc Barani. Académie d'architecture, Hôtel de Chaulnes, 9, place des Vosges, 75004 Paris, ce soir à 18h30.

1202 www.geoarchi.univ-brest.fr En conclusion du cycle de conférence par lequel il commémorait ses 35 ans, l'Institut de Géoarchitecture organise samedi un Débat sur la réforme des collectivités territoriales , avec le géographe Jean Ollivro, président de l’association Bretagne Prospective, et Pierre Maille, maire de Brest de 1982 à 1983, puis surtout de 1989 à 2001, et président depuis 1998 du conseil général du Finistère. Samedi, à 14h30, amphithéâtre A de la faculté des Sciences de Brest.

Nécros

"Je suis né peu après la déclaration de la guerre mondiale, le 4 novembre 1939. J'appartiens à une famille bourgeoise et paysanne du Nord de la France, là où s'est toujours engouffré l'envahisseur." Jean-Paul Dollé (1939) est mort subitement, à 71 ans, mardi 1° février.

C'était une personne d'abord, une personne autant qu'une pensée. Une pensée inscrite presque physiquement dans une personne, dans une allure, dans des costumes effondrés de velours noir. Une personne concrète, souffrante comme tout un chacun, maladroite, émouvante, encombrée de son corps, avec un bon regard derrière ses verres de myope en culs de bouteille. D'abord une personne et il s'est plusieurs fois dépeint lui-même, notamment dans son premier roman : Le Myope justement (Grasset, 1975), puis de façon plus explicite dans L'Odeur de la France (Grasset, 1977). Il y a décrit une sorte de chagrin originel qui était le sien, éclos lorsque son père disparut durant deux jours, au printemps 1944, comme la famille tentait de se rapprocher de la campagne, et comme le train d'Arras dans laquelle elle avait pris place, bombardé, avait déraillé. "Mon origine, écrivait Dollé, c'est le manque (...). Je suis de ce peuple de vaincus, de ce père absent, de cette angoisse absolue."

Il a raconté son itinéraire de vie, depuis son prime gauchisme d'adolescent (en compagnie de Régis Debray et Bernard Kouchner), son entrée à l'Union des étudiants communistes, son maoïsme, son amitié pour Roland Castro et Jean-Pierre Le Dantec, pour Jean-Edern Hallier, le "brigand métaphysique", et dans un livre plus récent pour l'aventurier Pierre Goldman, assassin probablement, assassiné sûrement. Il a raconté sa psychanalyse, son retour à la philosophie trois ans après mai 1968.

Après avoir à Vincennes, Jean-Paul Dollé a enseigné la philosophie au sein de l'école d'architecture qu'on appelait UP6, école gauchiste et soixante-huitarde à l'origine, devenue ensuite Paris-La Villette. Proche de Roland Castro, je l'a dit, et du mouvement Banlieues 89, dont il était en quelque sorte le philosophe particulier, il a développé une pensée un peu répétitive, autour de l'idée de démocratie, du "vivre ensemble" et de l'urbanité, de "l'air de la ville" qui, selon la formule de Hegel, rendrait libre, de l'étymologie de la notion de Civilisation et de sa relation avec Civitas , la cité.

Un paragraphe de son livre de 1990 Fureurs de ville rend bien compte de ses obsessions et de sa poétique personnelle : "J'aime les villes parce qu'elles sont les uniques figures de l'infini sur terre. Infiniment parcourables, elles excèdent les pas du promeneur, les conditions géographiques et les décisions historiques qui les ont rendues possibles et nécessaires. Elles sont comme la répétition infinie, le ressassement perpétuel de la variation libre, de l'improvisation de jazz. / Car les villes sont hantées par leur invisible, qu'elles recherchent nuit après nuit. Dans un bar, au son du piano de Thelonius Monk ou du sax de Bird, l'impossible semble se dévoiler. Mais, l'aube revenue, le masque se referme sur le jour, et la ville court de nouveau sur la piste de la réalité introuvable. (...) L'affairement de l'échange généralisé brasse l'infini de ce qui circule. (...) Les échanges ne peuvent se comptabiliser car ce sont des rapports et les rapports ne sont ni de quantités, ni des qualités, mais des événements qui arrivent ou n'arrivent pas."


L'historienne de l'art et conservatrice Françoise Cachin (1936) est morte vendredi, âgée de 74 ans. Petite fille du militant et l'un des fondateur du Parti communiste Marcel Cachin et par ailleurs du peintre pointilliste Paul Signac, elle avait été une élève d'André Chastel, directrice du Musée national d'art moderne pendant une dizaine d'années (1969-1978), elle restera surtout, à nos yeux, comme l'une des préparatrices (1978-1986), puis la première directrice du musée d'Orsay (1986-1994) avant de devenir directrice des Musées de France (1994-2001). Elle avait il y a quelques années signé avec Jean Clair et Roland Recht un vif point de vue contre la construction du Louvre d'Abou Dhabi, paru dans le journal Le Monde du 13 décembre 2006 sous l'intitulé : Les musées ne sont pas à vendre , un point de vue qui lui avait valu d'être exclue par le ministre Renaud Donnedieu de Vabres de diverses de ses responsabilités, le même Donnedieu de Vabres qui conseille aujourd'hui le groupe Allard dans l'affaire de la vente éventuelle de l'hôtel de la Marine.


L'actrice Maria Schneider est morte jeudi dernier, 3 février. Elle avait 58 ans. Dans cette émission, on se souvient de son rôle d'étudiante architecte anglaise que le héros en rupture de ban du film d'Antonioni Profession : reporter (1975), interprété par Jack Nicholson, rencontre à Barcelone. C'est à l'intérieur du Palau Güell de Gaudi. Elle lui explique que l'architecte a fini renversé par un bus (c'est en fait d'un tramway qu'il s'agissait). Ils vont ensuite visiter les célèbres toits tapissés de carrelages cassés et les cheminées aux allures de guerriers, de l'immeuble que l'on appelle la Casa Mila, ou la Pedrera, une promenade qui fit l'objet de beaux plans du cinéaste italien.


L'architecte Henri-Pierre Maillard (1924) était inhumé ce matin. Il est mort dimanche à 86 ans. Né en 1924, élève de Lurçat, il avait été notamment associé à Paul Ducamp (1929-1995) et à l'ingénieur Michel Bancon. Parmi leurs premières réalisations, la piscine du Stade français à Boulogne-Billancourt (1959-1961), avec de grands mouvements de terrasses de béton armé et une couverture métallique légère, plate, tridimentionnelle, de l'ingénieur Stéphane Duchâteau, le stade nautique de Melun (1972), la maison en brique de Michel Bancon posée dans la lande à Marcilly-sur-Eure (1968), le lycée de Clermont-de-l'Oise (1970) avec une macrostructure de béton très expressive et des murs de remplissage en brique dans le genre brutaliste, la piscine de Berck-Plage (1970), avec des envols de charpente de bois lamellé-collé de même que la patinoire de Briançon (1970), et que le spectaculaire stade nautique de Meaux-Beauval (1972).

Ils furent les inventeurs à la fin des années soixante d'un système de construction de piscines dit PIAM, c'est-à-dire Piscines industrialisées à accroissement multiple, caractérisées par un système de gros poteaux porteurs de béton armé en forme de U, de hauteurs variables, qui supportaient une toiture formée d'une série de coques paraboloïdales en béton mince Silberkuhl (il s'agit un procédé allemand). On en trouve dans toute la France, à Bois-Colombes, Orsay, Bollène, etc. Au milieu des années soixante-dix, ils avaient conçu avec l'entreprise SAE, un célèbre modèle de logements Innovation en "tabourets" autostables de béton armé, poteaux-poutres et prédalle rigoureusement tramés, et façades légères de glazal. Ce fut l'un des premiers systèmes dits proliférants, qu'ils espérèrent un temps devenir souple, ouvert, même à la participation des usagers. Ils en construisirent à Toulouse, Hérouville, Evry, Vaulx-en-Velin, etc.

Bien qu'il ait figuré parmi les créateurs à l'automne 1968 de l'école d'architecture UP1, vouée surtout au logement collectif, son nom reste lié à une génération de constructeurs qui a mal supporté les effets de la crise, le ralentissement des villes nouvelles, la fin d'un certain dirigisme d'Etat et ce qui en est advenu (notamment un affaiblissement de l'industrialisation du bâtiment). Ses réalisations, devenues plus formalistes, postmodernes en un sens, ont perdu de leur impact. Les Parisiens ont peut-être remarqué sa propre maison, un peu renfoncée au coin de la rue de la Tombe-Issoire et de la rue Dareau (elle date de 1976), les Marseillais le pôle de quartier de la Carraire, à Miramas (1979-1981) et les Picards l'étrange édifice pyramidal du groupe immobilier Cilova dans la Zac des Mercières à Compiègne (1980-1983).

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