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Christian Boltanski dans son atelier de Malakoff le 9 novembre 2009.

Christian Boltanski : "J'ai construit dans mon œuvre une sorte d'enfance idéale"

59 min
À retrouver dans l'émission

C'est au tour de l'artiste plasticien Christian Boltanski de présenter son musée personnel dans le cadre des "Mardis de l'expo". Il parle ainsi des thèmes qui lui sont chers, l'enfance, l'oubli, la mémoire, l'unicité de chaque être.

Christian Boltanski dans son atelier de Malakoff le 9 novembre 2009.
Christian Boltanski dans son atelier de Malakoff le 9 novembre 2009. Crédits : Joël Saget - AFP

Une fois par mois, nous nous retrouvons dans l’atelier d’un artiste. Je l’invite à nous parler de son musée imaginaire. A nous dévoiler son panthéon personnel à travers les œuvres des maîtres anciens ou modernes qui ont nourri sa démarche. A évoquer, aussi, les rencontres et les voyages qui l’ont marqué.

Pour cet exercice introspectif, le nom de Christian Boltanski s’impose. L’œuvre de ce plasticien décline les thèmes de la mémoire, de l’oubli et de la disparition…À travers des installations mêlant, par exemple, photographies, boîtes de biscuit rouillées, lampes de bureaux et vêtements usagés, Boltanski dresse des autels ou dessinent des dramaturgies commémoratifs. Elles évoquent des deuils intimes comme la perte de la propre enfance de l’artiste ou le drame collectifs de la Shoah. Et chacune de ces mises en scène au centre desquelles le spectateur est invité à déambuler fonctionnent comme des Mémento Mori. La destinée humaine et la part du hasard dans la trajectoire de chacun constituent le fil rouge d’une démarche qui nous invite à nous poser des questions sur nous mêmes. Reconnu comme un artiste majeur de la scène internationale, Boltanski, signe une œuvre qui nous touche et nous bouleverse.

Après le Grand Palais, à Paris, l’an dernier, Boltanski investit, cette année, le pavillon français à la Biennale de Venise à partir du 1er juin 2011.

L'atelier de Christian Boltanski se situe en banlieue parisienne, à Malakoff, c'est un "lieu d'essai" pour ses œuvres monumentales, "un lieu de recherche et de réflexion" où "très peu de gens rentrent".

Amené à parler de son enfance, il explique avoir eu une "enfance extrêmement particulière" et son activité créative, en contrepoint, lui a permis de "fabriquer" une enfance où "les choses étaient très codées". Il revient sur son parcours, fuyant l'école, "j'étais un peu bizarre, un petit peu autiste, ce que je ne suis plus aujourd'hui malheureusement. Je pense que c'est un bon état pour créer. [...] Toute la vie vous met dans la normalité, tout ça est un peu dangereux et nous écarte de notre vrai devoir qui est d'essayer de comprendre."

Son premier "choc artistique" a été sa première communion, s'amuse t-il ! Il a reçu à cette occasion beaucoup de livres avec des images religieuses qui l'ont marqué. Ses premiers tableaux de l'adolescence ont tous été jetés à la poubelle. Il ne s'en émeut guère, reconnaissant que c'était surtout "une thérapie" pour lui à ce moment-là de sa vie : "Je pense d'une manière générale que l'art est une thérapie." Il se voit comme  quelqu'un de "joyeux" dans la vie même si il "passe pour être un artiste pas très drôle",  dans ses œuvres "il y a beaucoup d'humour", estime-t-il, il y voit en fait la trace des jeux de l'enfance.

Plus on travaille, plus on ressemble à son œuvre et moins on existe. Et donc Bacon ressemblait à un Francis Bacon, Giacometti à la fin de sa vie à un Giacometti et moi à une boîte de biscuits ! On devient seulement son œuvre. On devient les autres. Un bon artiste c'est quelqu'un qui n'est plus soi, qui est chacun.

Il n'a pas résolu toutes les questions de sa vie, "la grande question a été l'unicité de chaque être et sa disparition si rapide", d'où son travail qui porte sur "la mémoire de tous et de chacun". Mais il tire ce constat de son activité sur la mémoire contre l'absence : "À chaque fois je rate."

Je serais né vingt ans ou trente ans plus tôt que sans doute j'aurais été un peintre expressionniste. Je suis né au moment du minimalisme, du conceptuel et je pense que ça a été très utile pour moi parce que ça m'a refroidi ! Ça m'a empêché de déborder trop, mais de tempérament, je suis un tempérament de peintre expressionniste.

Il n'y a aucun nouveau sujet en art. C'est toujours les mêmes questions qui sont posées depuis le début des temps et que je repose aujourd'hui. Tout le monde pose les mêmes questions - le sexe, la recherche de Dieu, sur le fait de mourir - il y a toujours cinq ou six questions qu'on retrouve toujours. On emploie un vocabulaire différent mais on pose les mêmes questions.

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