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Portrait de l'écrivain Alaa El Aswany, au Danemark en novembre 2019

Alaa El Aswany : "Le plus important dans la fiction, c'est de pouvoir présenter l'humanité"

58 min
À retrouver dans l'émission

Alaa El Aswany a la particularité d'avoir une double profession : dentiste et romancier. Auteur du roman au succès mondial "L’Immeuble Yacoubian", et grand chroniqueur de son pays, Alaa El Aswany s'est longtemps battu contre la censure égyptienne. Rencontre avec un écrivain "né pour raconter".

Portrait de l'écrivain Alaa El Aswany, au Danemark en novembre 2019
Portrait de l'écrivain Alaa El Aswany, au Danemark en novembre 2019 Crédits : Liselotte Sabroe / Ritzau Scanpix - AFP

Écrivain égyptien, Alaa El Aswany est traduit en 37 langues. Polyglotte, il lit en français, anglais, espagnol et arabe. Dentiste de profession en Egypte, il a aussi travaillé six ans à l'usine. Il enseigne aujourd'hui à New York et dans son pays, il fait partie de ceux qui ont réclamé des élections présidentielles réellement libres. Il est acteur et chroniqueur de la vie politique de son pays. L'écriture romanesque a commencé avec la sortie de L’Immeuble Yacoubian en 2002.

Dépasser la forme romanesque

Il se forme au lycée français du Caire, dans les années 1960 où "il y avait un programme très efficace de littérature". Parmi ses maîtres, il y a Dostoïevski et Garcia-Marquez. Né d'un père avocat et écrivain, il en garde une profonde reconnaissance. Ce dernier lui a transmis la goût de la littérature, l'a construit et lui a permis de devenir écrivain. 

J'ai connu la littérature française avant les autres littératures. Il y avait mon père qui disait toujours "tu dois lire ça et pas ça ..." Il m'a empêché de lire Dostoïevski avant l'âge de 20 ans, car il m'a dit "c'est le plus grand, et tu ne seras pas capable de comprendre et tu auras une impression négative qui fera une barrière entre toi et ce grand maître". Et puis il y a Gabriel Garcia Marquez, j'ai décidé d'apprendre l'espagnol grâce à lui. L'espagnol est une langue de l'émotion. Le roman est une histoire humaine. L'autobiographie de Garcia Marquez était intitulée "Je suis né pour raconter". Ce qui compte, c'est d'être capable de créer des personnages vivants. Dostoïevski est allé plus loin, il a presque détruit la forme romanesque du 19ème siècle, la forme de Dickens. L'énergie de ses romans dépasse la forme. C'est une grande leçon de littérature.  Alaa El Aswany

"L'Immeuble Yacoubian", un succès inespéré

Traduit dans plus de cent pays, et lu par des millions de lecteurs, L'Immeuble Yacoubian est son premier roman publié, et paru en 2002. Il reçoit un immense succès critique et public, alors même qu'Alaa El Aswany était interdit de publication dans son propre pays depuis le début des années 1990. 

Ce n'était pas mon premier roman. J'ai été refusé d'être publié trois fois par le Ministère de la Culture en Égypte et en 1998, je me suis dit c'est fini pour la littérature, je ne serai que dentiste et je vais émigré. J'ai écrit un roman, en pensant que ce serait mon dernier. C'était "L'Immeuble Yakoubian", et ce fut un immense phénomène. Ce fut un poids aussi, parce qu'il faut se débarrasser de l'influence du succès, alors j'ai arrêté d'écrire pendant un an. Après je me suis dit, je dois écrire ce que je sens, je ne dois pas penser au marché. J'ai donc écrit "Chicago", et le succès a continué.        
Alaa El Aswany

Le roman comme forme d'humanité

Ce qui compte, c'est d'être capable de créer des personnages. A un moment donné, ils m'échappent et font ce qu'ils veulent. J'écris ce que je vois. Le plus important dans une fiction, c'est de pouvoir présenter l'humanité. C'est grâce à ça qu'on est capable de lire des romans écrits depuis un siècle, l'humain reste. La formule c'est : personnages = personnes imagination. A un moment donné, je crois que le personnage existe vraiment, et c'est l'élément le plus essentiel.  (...) On a pas besoin d'un roman de 600 pages pour comprendre que Trump n'est pas bien du tout. Mais on a besoin du roman pour savoir comment les gens qui sont faibles dans une société de compétition réagissent avec un président raciste. Ça c'est l’élément humain. Je n'écris pas mes opinions dans mes romans. Je transmets les opinions de mes personnages. Et en général je ne suis pas d'accord.        
Alaa El Aswany

Pour aller plus loin

Portrait d’Alaa al-Aswany par Claire Pilidjian, pour le site Les clés du Moyen-Orient

Le courage de la dissidence, rencontre animée par Michel Eltchaninoff, avec, entre autres, Alaa al-Aswany (2019)

Bande-annonce du film L’immeuble Yacoubian, réalisé par Marwan Hamed (2006). 

L’objet d’Alaa al-Aswany réalisé par David Unger (Actes Sud / Paris Première, 2011). 

Traumas et apories de l’identité arabe contemporaine - (Tewfik Hakim, Naguib Mahfouz, Alaa El Aswany), article de Mounira Chatt. 

Réécoute du 7 juillet 2019

Bibliographie

L'Immeuble Yacoubian

L'Immeuble YacoubianAlaa Al-AswanyActes Sud - Babel , 2014

Intervenants
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