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Portrait d'Angelin Preljocaj à Montpellier, en juin 2019, pour la première de son nouveau spectacle "Soul Kitchen"

Angelin Preljocaj : "Le corps est notre dernier territoire"

59 min
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Danseur et chorégraphe, Angelin Preljocaj a créé sa compagnie en décembre 1984 et a depuis chorégraphié plus de 50 pièces, dont certaines sont entrées au Répertoire de l’Opéra de Paris. Au micro de Mathilde Serrell, il déploie son processus de création et son rapport philosophique au corps.

Portrait d'Angelin Preljocaj à Montpellier, en juin 2019, pour la première de son nouveau spectacle "Soul Kitchen"
Portrait d'Angelin Preljocaj à Montpellier, en juin 2019, pour la première de son nouveau spectacle "Soul Kitchen" Crédits : Pascal Guyot - AFP

Chorégraphe et danseur, Angelin Prejlocaj a commencé par des études de danse classique, avant de partir à New York, pour mieux revenir en France, et devenir chorégraphe. Depuis, Angelin Prejlocaj a construit une oeuvre protéiforme, convoquant tous les arts et les écritures artistiques, au rythme effréné d'une création par an. 

Un langage au croisement des arts

Du solo au ballet, ses pièces sont le plus souvent placées à l’intersection des arts, mobilisant la mode, le dessin, le design, la littérature, les arts plastiques, les nouvelles écritures technologiques. Côté musique le mouvement s’écrit autant sur du Mozart que sur du Stravinsky qu’avec le quartet pour Helikopter de Stockhausen, ou encore l’électro de Nicolas Godin du groupe Air jusqu'au rituel haka des rugbymen néo-zélandais. Certaines de ses pièces sont devenues des classiques contemporains, et sont depuis entrées au Répertoire de l’Opéra de Paris, comme Le Parc ou encore Le Songe de Médée.

Angelin Preljocaj a donc cette particularité de faire dialoguer les arts au cœur de ses oeuvres, et par-là même, de collaborer avec de nombreux artistes, comme Fabrice Hyber, Claude Levêque dans le domaine des arts plastiques, le dessinateur Enki Bilal, la photographe Nicole Tran Ba Vang, ou encore l'écrivain Pascal Quignard pour ne citer qu'eux.  

Angelin Preljocaj : "Quand j’élabore un projet, dès que j'ai un début de concept, si quelqu'un aussi haut placé dans l'échelle des arts y correspond, c'est de prendre un téléphone et de dire, voilà, est-ce que vous êtes prêt ? Les collaborations sont pour moi très importantes, c'est une façon de me ressourcer, de me requestionner. Je suis toujours différent après, je ne suis plus le même à chaque fois. C'est comme s'il y avait eu un processus de contamination, quelque chose qui fini par gagner, comme un parfum qu'on garde sur soi. C'est quelque chose qui vous fait grandir. (...) La redondance est la pire des choses dans le champ culturel, peut-être même dans la vie. Ce qui m'intéresse c'est d’élaborer un langage, car la danse est vraiment un langage, le développer, inventer une syntaxe, une grammaire, peut-être un style, et voir comment ça peut entrer en résonance avec les autres arts."

Quelle influence du corps sur le monde ?

Pour Angelin Preljocaj, le corps est le dernier territoire des possibles, la seule véritable empreinte au monde.

Angelin Preljocaj : "Quand je suis en studio, je m'intéresse à des choses matérielles, la vitesse, le poids, l'énergie, le corps, le mouvement, l’articulation, des choses qui sont des questions presque physiques, en terme scientifique, c'est ça qui me passionne. C'est aussi de questionner le corps et ses limites, un peu à la façon de Spinoza qui demande : « Que peut le corps? ». C'est une question générale de son questionnement philosophique, ça veut dire : quel est l'influence du corps sur le monde ? Comment le corps imprime le monde ? Et comment nos corps aujourd'hui impriment différemment le monde, que les corps des temps passés."

L'irruption des possibles

Comment offrir à un large public une création radicale et exigeante ? Comment lui donner les moyens de s'approprier ce langage ? Le chorégraphe se questionne, et pour y répondre, convoque la figure de Jean Vilar. 

Angelin Preljocaj : "C'est parce que je pense souvent à cette phrase de Jean Vilar, « Je suis pour un théâtre populaire, mais exigeant ». Cela veut dire qu'il y a des thèmes qui réunissent un public assez large, mais est-ce que pour autant on doit donner à ce public exactement ce qu'il cherche ou est-ce qu'on doit essayer de le nourrir avec autre chose ? Je crois que c'est ça que j'essaie de faire. J'ai besoin de travailler sur la matière chorégraphique pure, me questionner sur des fondamentaux, sur une radicalité, pour ça devienne l'exigence de projets plus populaires. (…) Au cœur même de toute symbolique, il y a une autre matière qui se joue, qui se déploie, qui a une vie autonome, mais qui, recontextualisée, va donner un sens à ce qui se joue là."

Réécoute du 6 juillet 2017

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