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Portrait d'Atiq Rahimi au Tribeca Film Festival à New-York en avril 2013

Atiq Rahimi : "Toute notre littérature est fondée sur la poésie, car c'est grâce à elle qu'on échappe à toute forme de censure"

57 min
À retrouver dans l'émission

Le travail d'Atiq Rahimi se situe constamment entre l'écrit et l'image, entre le réel et l'imaginaire. Écrivain, cinéaste et photographe, "l'homme aux trois vies" évoque son parcours, des chemins de l'exil à l'écriture romanesque, jusqu'au cinéma, et sa recherche incessante du juste langage.

Portrait d'Atiq Rahimi au Tribeca Film Festival à New-York en avril 2013
Portrait d'Atiq Rahimi au Tribeca Film Festival à New-York en avril 2013 Crédits : Andrew H. Walker / GETTY Images North America / Getty Images - AFP

Au commencement d'une oeuvre, il y a quelque chose qui brûle en moi, il y a un cri qui me pousse vers l'écriture, comme un enfant lorsqu'il exprime un désir, soit il pleure, soit il crie.

Né en 1962 à Kaboul, Atiq Rahimi est écrivain et réalisateur. Atiq Rahimi a écrit : "Je suis né en Inde, incarné en Afghanistan et réincarné en France". Il aime à dire que c'est un homme aux trois vies. Né en 1962 à Kaboul, Atiq Rahimi est un écrivain, cinéaste et photographe. Il demande l'asile politique en France en 1984, et publie son premier roman Terres et cendres en 2000, qu'il adapte lui-même au cinéma pour son premier long-métrage de fiction. Il rencontre ensuite le succès public et critique en 2008 avec son quatrième roman Syngué Sabour. Pierre de patience, édité par P.O.L., et qui obtient le prestigieux Prix Goncourt la même année. Ses deux derniers romans en date, sont La Ballade du calame. Portrait intime en 2015 et Les Porteurs d'eau en 2019.

Ce qui caractérise le mieux son oeuvre serait la notion de passage : entre sa langues natale perse et la langue française, entre l’écrit et l’image, entre les mots et la calligraphie, qui représente sans doute l’espace le plus intime de cet écrivain protéiforme. 

"Syngué Sabour", la libération de la parole

Atiq Rahimi a cosigné avec Jean-Claude Carrière, l'adaptation de son livre Syngué Sabour. Pierre de patience pour le cinéma, avant même sa sortie en librairie, et le succès qu'on lui connaît aujourd'hui. 

Pourquoi filmer la parole ? Dans ce film, c'est l’histoire d'une femme qui parle. C'est un livre sur la parole avant d'être un livre sur les femmes. Faire un film sur la condition féminine afghane, on l'a déjà vu, ce n'est pas ça qui m'a intéressé, je ne suis ni sociologue, ni féministe, ni sexologue... Donc pour moi ce qui est important c'est de raconter une histoire, et l'importance de la parole. Et je crois qu'ensuite, on se pose la question si l'Afghanistan tombe dans une telle violence, c'est parce que la parole n'est pas libérée. Il fallait filmer la parole. J'ai demandé au caméraman de ne pas bouger avec le corps de l'actrice, mais avec les mots qu'elle prononce. La parole de cette femme a donné la direction technique et artistique du film. (…) Ce film a permis à beaucoup d'Afghans, des femmes analphabètes de voir et de comprendre cette histoire.      
Atiq Rahimi

La rencontre avec la censure 

La vocation d'écrivain, c'est avoir faim de dire quelque chose. Autrement dit, c'est une question viscérale et biologique, qui n'est pas intellectuel. C'est quelque chose de très charnel. Après ce besoin vital, vient l'envie, qui est de l'ordre de désir. Lorsqu'on vit dans un pays comme l’Afghanistan, il y a une censure qui vient de très très loin. A un moment donné, on peut donner toute la liberté de dire ou d'écouter, mais si le corps n'est pas ouvert, ça ne sert à rien. Il faut trouver cette liberté à l'intérieur de cela, pour l'imposer à l'extérieur et commence ensuite la complication de censure géopolitique. Mais malheureusement, quoique l'on fasse, les écrivains qui viennent en occident, en pleine liberté, il y a au fond d’eux-mêmes une forme d'auto-censure. Ce n'est pas pour rien que toute notre littérature est fondée sur la poésie car c'est grâce à elle qu'on arrive à s’échapper de toute forme de censure, par les métaphore, d'où l'absence de la tradition romanesque chez nous.      
Atiq Rahimi

Le roman et le chemin de l'exil

La poésie embellie des choses par la métaphore alors que dans le roman, on les nomme. J'avais besoin de ce cri, de nommer les choses, c'est cette envie de libérer mes mots, qui m'a orienté vers l'écriture romanesque. Quand j'ai eu cette conscience à l'égard de l'écriture romanesque, j'ai pris le chemin de l'exil, une deuxième fois, je suis venu en France. Je devais trouver un autre langage, et donc c'était le langage visuel, c'est pourquoi je me suis orienté vers le cinéma. Il y a quelque chose d'intime qui nous pousse vers un cri comme les enfants. Il y a quelque chose qui bouge en moi. C'est l'écriture qui m'amène sur le chemin pour savoir ce que je veux vraiment.      
Atiq Rahimi

Pour aller plus loin

Atiq Rahimi : un regard distancié. Portrait publié dans le magazine littéraire Nuit blanche (2012)

Entretien avec Jean-Claude Carrière et Atiq Rahimi, paru dans la Revue critique de fixxion française contemporaine à propos de l’adaptation de Syngué Sabour (2013)

Récits recueillis par Atiq Rahimi dans le camp de réfugiés palestiniens Burj El-Barajneh au Liban. Une série de documentaires sur des camps de réfugiés proposée par Arte.tv

Le prix Goncourt Atiq Rahimi est également photographe. Quelques unes de ses photos sont disponibles sur le site de la galerie VU.

Dans l’émission Square, Arte.tv offre une Carte blanche à l'écrivain et cinéaste Atiq Rahimi (à revoir sur YouTube).

Visite guidée de la première Biennale des photographes arabes (2015) en compagnie d’Atiq Rahimi.

Réécoute du 18 juillet 2018

Bibliographie

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