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Chantal Thomas

Chantal Thomas : "La lecture comme lieu d'enchantement"

59 min
À retrouver dans l'émission

Chantal Thomas fait sa Masterclasse en public à la BNF. Plongez grâce aux questions de Raphaël Bourgois dans la fabrique de l’écriture de l'auteure des "Adieux à la reine".

Chantal Thomas
Chantal Thomas Crédits : ULF ANDERSEN / Aurimages - AFP

Chantal Thomas est romancière, essayiste, dramaturge et chercheuse. Elle a reçu en 2014 le Grand Prix de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son œuvre et le prix Roger-Caillois de littérature française. On la connaît notamment pour Les Adieux à la reine, prix Femina en 2002 et L’Echange des princesses publié en 2013, deux romans qui ont été adaptés au cinéma, respectivement par Benoît Jacquot et Marc Dugain. Dans ces romans, l’auteure nous fait découvrir les coulisses de Versailles et le théâtre de la monarchie à travers des yeux féminins : ceux de la lectrice de la reine Marie-Antoinette, des maîtresses ou favorites de Louis XV, et des jeunes princesses prises dans les jeux diplomatiques de la Régence.

Versailles continue de m’obséder. L’idée du château m’intéresse, avec ses souterrains, ses secrets, le faste et l’envers du faste.

Ce siècle fastueux qui fixe le cadre spatio-temporel des romans de Chantal Thomas est aussi son objet d’étude : "Je vis le XVIIIème siècle sans trop y réfléchir, en tout cas, sans section chronologique." Elle l'étudie à travers les figures de Sade, de Casanova ou encore des salonnières dont elle fait le portrait dans L’Esprit de conversation. La question des femmes et de leur rapport à la liberté traverse plus généralement son œuvre. 

Mais l’amour de Chantal Thomas pour la littérature ne s’arrête pas aux portes du siècle des Lumières. L’auteure a consacré un essai à Roland Barthes (qui fut son directeur de thèse) et à Thomas Bernhard. Elle également écrit des récits plus ou moins autobiographiques, comme Comment supporter sa liberté en 1998, Souffrir en 2003, ou plus récemment, Souvenirs de la marée basse, publié aux éditions du Seuil en 2017.

Pour Chantal Thomas, le désir d'écriture est né moins de la lecture de romans que de l’envie d’inventer et de raconter des histoires. Une envie qui s'exprime dès l’enfance : 

Mes premières lectures n’ont pas eu un effet très fort. Mais je me souviens de cette espèce de folie de raconter des histoires qui me liait à mon amie d’enfance. Je crois qu’on métamorphosait ce qu’on lisait. On construisait une sorte de saga perpétuelle qui doublait le réel de nos vies. Dans Souvenirs de la marée basse, j’ai recommencé. (…) C’est un mélange d’intensité des émotions et d’élan, et même de fureur fictionnelle et fictive.

Doubler la vie grâce à la fiction est pour Chantal Thomas une activité enchanteresse, et potentiellement salvatrice. Dans Souffrir, elle écrit en effet, "je crois que la lecture peut nous sauver". Mais cette activité, aussi agréable soit-elle, a aussi ses parts d’ombre et ses dangers : on peut se perdre dans la lecture. Cette ambivalence propre à l’amour de la littérature, Chantal Thomas l’a abordée dans sa thèse consacrée au marquis de Sade. 

Quand j’ai écrit ma thèse sur Sade avec Roland Barthes qui était mon directeur, mon idée de base était autour de cela. Justine [dans Justine ou les Malheurs de la vertu] était celle qui lisait et qui laissait s’inscrire sur son corps les fantasmes des autres ; et Juliette était celle qui renversait le processus et qui s’inventait ses propres fantasmes et les vivait, en jouissait. Ecrire ce texte, c’était pour moi un rite de passage de la lecture à l’écriture. 

Le séminaire de Roland Barthes parlait justement d’un "jardin suspendu" entre deux pôles : lire et rester indéfiniment à l’état de rêveur – ce qui d’ailleurs se défend parfaitement -, ou écrire et devenir scripteur, et accepter que quelque chose du rêve s’abolisse. 

Mais l’écriture reste par-dessus tout du côté du plaisir : 

Quand j’écris, même si je n’obtiens pas tout de suite ce que je désire, j’ai l’impression d’aller vers un plaisir. Comme quand on fait du ski, on peut tomber, se faire mal, mais on n’aurait pas l’idée de remonter la pente de l’autre côté ! 

>>> Pour aller plus loin, une sélection d'Annelise Signoret >>>

Chantal Thomas, l'intelligence en liberté : un portrait proposé par le magazine Psychologies

Chantal Thomas présente son ouvrage Souvenirs de la marée basse aux éditions du Seuil à la librairie Mollat de Bordeaux. Rencontre en ligne sur YouTube 

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Chantal Thomas, essayiste et romancière : une disponibilité infinie. Entretien avec Mona Chollet à lire sur le site Périphéries.net

Intervenants
  • Essayiste, romancière, directrice de recherches au CNRS
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