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Portrait de l'essayiste Chantal Thomas en avril 2015

Chantal Thomas : "Ce qui est beau dans la fiction, c'est un monde qu'on peut faire surgir et dans l'essai c'est une jouissance intellectuelle."

58 min
À retrouver dans l'émission

Au micro de Raphaël Bourgois, l'essayiste et romancière Chantal Thomas fait l'éloge de la lecture, évoque la liberté d'écrire et le plaisir inhérent à cette pratique, l'idéal stylistique du 18ème siècle et la pulsion fictionnelle qui en découle.

Portrait de l'essayiste Chantal Thomas en avril 2015
Portrait de l'essayiste Chantal Thomas en avril 2015 Crédits : Franck Cusiaux / Gamma-Rapho - Getty

Chantal Thomas est romancière, essayiste, dramaturge et chercheuse. Elle a reçu en 2014 le Grand Prix de la Société des gens de lettres pour l’ensemble de son œuvre et le prix Roger-Caillois de littérature française. On la connaît notamment pour Les Adieux à la reine, prix Femina en 2002 et L’Echange des princesses publié en 2013, deux romans qui ont été adaptés au cinéma, respectivement par Benoît Jacquot et Marc Dugain. Dans ces romans, l’auteure nous fait découvrir les coulisses de Versailles et le théâtre de la monarchie à travers des yeux féminins : ceux de la lectrice de la reine Marie-Antoinette, des maîtresses ou favorites de Louis XV, et des jeunes princesses prises dans les jeux diplomatiques de la Régence.

Ce siècle fastueux qui fixe le cadre spatio-temporel des romans de Chantal Thomas est aussi son objet d’étude : "Je vis le 18ème siècle sans trop y réfléchir, en tout cas, sans section chronologique." Elle l'étudie à travers les figures de Sade, de Casanova ou encore des salonnières dont elle fait le portrait dans L’Esprit de conversation. La question des femmes et de leur rapport à la liberté traverse plus généralement son œuvre. 

Roland Barthes, un maître 

Mais l’amour de Chantal Thomas pour la littérature ne s’arrête pas aux portes du siècle des Lumières. L’auteure a consacré un essai à Roland Barthes (qui fut son directeur de thèse) et à Thomas Bernhard. Elle également écrit des récits plus ou moins autobiographiques, comme Comment supporter sa liberté en 1998, Souffrir en 2003, ou plus récemment, Souvenirs de la marée basse, publié aux éditions du Seuil en 2017.

Chantal Thomas : "Quand j'ai rencontré Roland Barthes, que j'ai eu le sentiment, au sens zen du terme, de rencontrer un maître. Il m'a inspiré, réellement profondément la direction de ce que j'écris, qui est un passage souple, en douceur et en revirement entre l'essai, la réflexion, l'imagination et toute une dimension de fantasmes historiques qui n'est pas du tout Barthésienne."

La fureur fictionnelle

Pour Chantal Thomas, le désir d'écriture est né moins de la lecture de romans que de l’envie d’inventer et de raconter des histoires. Une envie qui s'exprime dès l’enfance : 

Chantal Thomas : "Mes premières lectures n’ont pas eu un effet très fort. Mais je me souviens de cette espèce de folie de raconter des histoires qui me liait à mon amie d’enfance. Je crois qu’on métamorphosait ce qu’on lisait. On construisait une sorte de saga perpétuelle qui doublait le réel de nos vies. Dans Souvenirs de la marée basse, j’ai recommencé. (…) C’est un mélange d’intensité des émotions et d’élan, et même de fureur fictionnelle et fictive. J'aimais tout ce qui surgit d'une manière improvisée, une parole qui tout à coup vous fait diverger, c'est ce qui me lie au langage depuis toujours "

Doubler la vie grâce à la fiction est pour Chantal Thomas une activité enchanteresse, et potentiellement salvatrice. Dans Souffrir, elle écrit en effet, "je crois que la lecture peut nous sauver". Mais cette activité, aussi agréable soit-elle, a aussi ses parts d’ombre et ses dangers : on peut se perdre dans la lecture. Cette ambivalence propre à l’amour de la littérature, Chantal Thomas l’a abordée dans sa thèse consacrée au marquis de Sade. 

Chantal Thomas : "Quand j’ai écrit ma thèse sur Sade avec Roland Barthes qui était mon directeur, mon idée de base était autour de cela. Justine [dans Justine ou les Malheurs de la vertu] était celle qui lisait et qui laissait s’inscrire sur son corps les fantasmes des autres ; et Juliette était celle qui renversait le processus et qui s’inventait ses propres fantasmes et les vivait, en jouissait. Ecrire ce texte, c’était pour moi un rite de passage de la lecture à l’écriture. (...) Le séminaire de Roland Barthes parlait justement d’un "jardin suspendu" entre deux pôles : lire et rester indéfiniment à l’état de rêveur – ce qui d’ailleurs se défend parfaitement -, ou écrire et devenir scripteur, et accepter que quelque chose du rêve s’abolisse."

Pour aller plus loin

Chantal Thomas, l'intelligence en liberté : un portrait proposé par le magazine Psychologies

Chantal Thomas, essayiste et romancière : une disponibilité infinie. Entretien avec Mona Chollet à lire sur le site Périphéries.net

Réécoute du 10 août 2018

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Intervenants
  • Essayiste, romancière, directrice de recherches au CNRS
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