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Portrait de Christian Boltanski, lors de son exposition "Animitas" au Musée d'Art Contemporain de Monterrey à Mexico, en 2016

Christian Boltanski : "Un artiste crée une distance entre lui-même et l'objet de son malheur, c'est une chance énorme"

1h
À retrouver dans l'émission

Reconnu comme l'un des plus grands artistes contemporains français, Christian Boltanski se dit avant tout peintre, et pense que la vérité n'existe pas, particulièrement en art... Au micro de Martin Quenehen, il nous livre les secrets de fabrication de ses œuvres tout au long de cette masterclasse.

Portrait de Christian Boltanski, lors de son exposition "Animitas" au Musée d'Art Contemporain de Monterrey à Mexico, en 2016
Portrait de Christian Boltanski, lors de son exposition "Animitas" au Musée d'Art Contemporain de Monterrey à Mexico, en 2016 Crédits : Julio Cesar Aguilar - AFP

"Christian Boltanski : maniaque ? prétentieux ? rusé ? malsain ? gênant ? artiste ? sadique ? maladif ? nouveau ? masochiste ? schizophrène ? important ? " Voici ce que l’on pouvait lire en 1970, sur le carton d’invitation d’une exposition de Christian Boltanski. Et force est de constater que chacun de ces adjectifs lui va toujours comme un gant.

Né en 1944, sous l’Occupation, alors que son père, un médecin juif, vivait caché sous le plancher de l’appartement familial, Christian Boltanski a débuté son œuvre dans les années 1960 en réalisant des peintures et des films inquiétants, avant de matérialiser son obsession pour la mémoire et la mort – à moins que ce ne soit pour l’oubli et la vie – dans des photographies, des objets et des installations, tour à tour monumentales ou dérisoires. Sa Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance (1969), ses Saynetes comiques (1974) et ses grandes Compositions photographiques, puis ses Réserves de vêtements et jusqu’à ses Archives du cœur incarnent au fil du temps son être "chrétien, charognard, clown et juif" dans des boîtes à biscuits rouillées, des petits objets en pâte à modeler, des albums de famille trafiqués, des vieilles hardes amoncelées ou des pulsations cardiaques enregistrées et stockées dans une grotte quelque part dans l’archipel japonais…

On cherche en vain à saisir en lui un archiviste, un écrivain, un ethnologue, un huissier, un sorcier ou un psychanalyste, alors qu’il n’y a et il n’y a sans doute toujours eu que Christian Boltanski, lancé dans une partie risquée – un jeu de dés ? – avec le diable. Aujourd’hui, Christian Boltanski est reconnu comme l’un des plus grands artistes contemporains français.

L'art comme forme de guérison

Si j'ai choisi d'être peintre, quand j'étais jeune j'étais extrêmement étrange. J'ai quitté l'école vers 13 ans, je ne savais pas écrire, j'étais particulier. Un jour mon frère me voit dessiner et me dit : c'est bien ce que tu fais. C’est comme cela que tout a démarré. J'ai eu le sentiment que ça pouvait remplacer la parole et devenir mon domaine. J'ai eu cette chance d'avoir des parents qui acceptent ma différence. Être artiste c'est aussi une manière de guérir. Il y a une chose merveilleuse d'être artiste, c'est qu'on ne vit pas, on montre la vie. On crée une distance entre soi-même et l'objet de son malheur, c'est une chance énorme. Plus on travaille, moins on existe. Quand on est vieux et artiste, on devient totalement son œuvre.  
Christian Boltanski

La beauté de l'art se trouve dans l'imprécision

La beauté de la peinture par rapport aux mots, c'est qu'en peinture il y a une ambiguïté très grande, on peint un chapeau et ça peut être un chameau. Chacun peut voir le tableau comme il a envie de le voir parce qu'il est ambigu. Chacun le réécrit et le revoit avec son propre vécu. Souvent les mots de la littérature sont parfois trop précis. La beauté de l'art est dans cette imprécision.          
Christian Boltanski

Être ou ne pas être un Boltanski

En art, on ne peut communiquer que ce que l'autre sait. On ne peut parler que de ce que l'autre sait. Tout l'art est entre le plus singulier et le plus universel, et chacun va prendre ça comme une chose qui est pour lui. Il y a toujours le jeu en le plus personnel et le plus collectif. On est toujours entre soi et les autres. (…) Je crois peu à la vérité, je pense que l'art c'est l'artifice, il montre la vie, mais pas la vérité.          
Christian Boltanski

Réécoute du 3 novembre 2017

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