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Autoportrait de Christian Milovanoff en avril 2008

Christian Milovanoff : "La photographie, c'est un morceau arraché au monde"

57 min
À retrouver dans l'émission

Artiste, photographe, écrivain, pédagogue et passeur, Christian Milovanoff raconte, au micro d'Aude Lavigne, sa vocation de regardeur professionnel, décrit son univers photographique et tente de définir ce qu'est et ce que représente l'art de faire des images.

Autoportrait de Christian Milovanoff en avril 2008
Autoportrait de Christian Milovanoff en avril 2008 Crédits : Christian Milovanoff

Né en 1948, Christian Milovanoff est titulaire d'un DEA de sociologie et d'ethnologie, et d'un diplôme d'Histoire de l'Art. A partir des années 1980, il commence à pratiquer la photographie, en séries, qui sont des variations, des intuitions savantes, personnelles, réalisées toujours dans des lieux et des espaces qu'il considère comme des ateliers. Une des caractéristiques principales de son oeuvre, c'est qu'il n'y a aucune présence humaine vivante. Son maître mot, c'est de trouver "de l'ordre dans le chaos du visible".  

En 1984, il réalise son œuvre colossale, il participe à la mission photographique de la DATAR sur les paysages de la France. Il y répond pas un travail qui va durer quatre années, et réalise 11 000 clichés, de paysages intérieurs, dans le cadre du travail, à savoir des bureaux. Cette recherche le hantera près de trente ans et est réunie dans un livre titré Bureaux (paru aux éditions Scala, 2015). De ce travail vertigineux, il réalise un film en 2017, Travail dramaturgique autour du livre "Bureaux".

Christian Milovanoff travaille beaucoup. Artiste-photographe, il est aussi écrivain de romans et auteur de nombreux écrits sur la photographie, le cinéma, la littérature, ou encore l’ethnologie. En France et à l’étranger, il compte une vingtaine d’expositions personnelles, et nombre de ses œuvres ont été acquises par de prestigieux musées. Outre ces expositions, ainsi que la publication de son travail photographique (notamment Le Louvre revisité, La Galerie imaginée, Conversation Pieces, Suites, ou Bureaux), il a écrit deux ouvrages de fiction, Le Jardin 1948-1968, et L’Ordre, ainsi que et de nombreux articles sur la photographie, ou encore sur Claude Simon, Claude Lévi-Strauss et sur le cinéma de Frederick Wiseman, de Johan van der Keuken, de Peter Watkins. 

Dans cette masterclasse, il se définit comme photographe "terriblement urbain". Privilégiant donc les espaces fermés - musées, supermarchés, bureaux, espaces administratifs ou institutionnels vides -, il fait de ces lieux son atelier photographique. Dans les mouvements de la peinture espagnole, comme dans le jardin d’Alphonse dont l'aménagement évoque l'évident équilibre de la composition d'une toile de Kandinsky, il y avait en germe des "leçons" pour son futur travail de photographe. Ses images sont à la fois fictives et documentaires. Mais toute photographie n’est pas une image, ne fait pas nécessairement "image", une notion qu'il ne cesse d'explorer.

Une vocation de regardeur 

Quand j’avais huit ans, mes parents m’ont emmené en Espagne, voir des musées, le Prado, le musée à Tolède. Je regardais la peinture car ma mère me disait de le faire. Je regardais Le Greco, je n’y voyais rien. Je regardais Zurbarán, n’y comprenais rien. (…) Je regardais à hauteur d’œil, je voyais des peintures sombres, des mains allongés, des plis raides. (…) Quand à 30 ans, j’ai décidé de m’engager dans un travail photographique, la première chose que j’ai faite, c’est d’aller au Louvre et de photographier les tableaux. Il y a un deuxième moment dans mon enfance. J’habitais dans une grande maison. Il y avait un jardinier, Alphonse, et tous les soirs, quand je sortais de l’école, j’allais le rencontrer, non pour lui parler mais pour voir ce qu’il faisait : ramasser des feuilles, (…) irriguer son jardin potager. C’était absolument fascinant. (…) Je me suis aperçu qu’on ne plante pas n’importe quoi n’importe où, on ne met pas n’importe quoi n’importe où. (…) Quand j’ai découvert Kandinsky, je me suis dit : "la composition de tableau, c’est exactement comme le potager d’Alphonse !"  
Christian Milovanoff

"Trouver de l'ordre dans le chaos du visible"

Quand on est confronté à cet outil qui s'appelle la photographie, et qu'on décide de faire des photographies, de faire des images, la question c'est "où je mets mon appareil et comment je cadre, qu'est-ce que je mets ?". Qu'est-ce qu'on voit dans une immensité ? Qu'est-ce que je dois privilégier ? Pour moi cet un chaos, et je me dis que je dois trouver de l'ordre ou de l'organisation. Je dois à ce moment-là, faire entrer du monde dans un cadre, les positionner, les organiser, mais toujours à l'intérieur d'un cadre. La photographie, c'est un mot de Baudelaire : c'est un morceau arraché à la planète. C'est pas n'importe quel morceau, on doit trouver des règles de composition interne qui font qu'il y a ou il n'y a pas d'images.
Christian Milovanoff 

Pour aller plus loin

Milovanoff, portraitiste de l’Art : article signé Michel Poivert, publié sur le blog de la Société française de Photographie, Vite vu.

Articles sur Christian Milovanoff en ligne sur le site des Rencontres de la Photographies d’Arles.

Présentation de l’exposition Suites de Christian Milovanoff, une série de photographies autour des œuvres de  l’Iran antique et de la Mésopotamie conservées au Louvre.

Christian Milovanoff est l’un des photographes participant à la Mission photographique de la DATAR initiée en 1984. Il a choisi de réaliser des prises de vue de bureaux, d'espaces technologiques, administratifs et institutionnels, vides de toute présence humaine.

France 3 et l’Ina ont co-produit une série de films accompagnant cette mission de la Datar, dont un consacré au travail de Christian Milovanoff.  A voir sur la plateforme Vimeo. 

Réécoute du 3 août 2018

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