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Portrait de l'artiste plasticien Claude Lévêque, au cœur de son installation intitulée "Saturnales", dans l'Opéra Garnier à Paris, en décembre 2018

Claude Lévêque : "J'aime dire que l'art ne sert à rien. Dans sa faculté à être à la marge de tout, c’est peut-être ce qui est le plus nécessaire"

58 min
À retrouver dans l'émission

L'artiste plasticien français Claude Lévêque se livre à l'exercice de la masterclasse, il revient sur les processus de création de son oeuvre, son goût pour la lumière, la musique et raconte son rapport à l'art, lui qui déteste l'art politique et aime qu'il ne serve à rien.

Portrait de l'artiste plasticien Claude Lévêque, au cœur de son installation intitulée "Saturnales", dans l'Opéra Garnier à Paris, en décembre 2018
Portrait de l'artiste plasticien Claude Lévêque, au cœur de son installation intitulée "Saturnales", dans l'Opéra Garnier à Paris, en décembre 2018 Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

Claude Lévêque est un artiste majeur de la scène contemporaine française, né en 1953 à Nevers et ayant fréquenté l'école des Beaux-Arts de Bourges. Son oeuvre, construite à partir des années 1970, est riche de formes variées et toujours en mouvement, de la peinture au début de ses recherches jusqu'à l'installation aujourd'hui. Les musiques qui l'accompagnent depuis lors vont de Einstürzende Neubauten jusqu'à Aphex Twin, en passant par la scène New Wave française. Aujourd'hui ses deux lieux de vie et de travail se trouvent à Montreuil et dans la Nièvre.  

Au micro de Nicolas Martin, Claude Lévêque retrace son itinéraire et révèle ses méthodes de travail, et traçant sa route comme une évidence.

L'expérience de la métamorphose

Claude Lévêque représente la réalité, l'irréalité, pose son regard sur cette dualité et travaille dans l'espace en jouant des situations. Son oeuvre se nourrit d'expérimentations à travers des matériaux liés à la transformation, aux mutations, aux sens affectés par l'environnement. Le point de départ de son parcours créatif commence en 1976, par la peinture, avec une première œuvre acrylique sur papier, intitulée Secret Life of Arabia.  

Aux Beaux-Arts, j'ai pratiqué pas mal d'expériences, j'ai fait beaucoup de dessins, de la peinture au sens du mélange, du collage, comme je le pratique aujourd'hui, en présentant la réalité, l'irréalité, en jouant sur plusieurs situations, avec des retournement. J'ai fait un peu de films aussi. Après j'ai évolué vers la photographie, avec toujours ce rapport à l'image mise en scène, répétitive. Je ne me suis jamais prétendu photographe. L'image faisait forme pour constituer avec d'autres éléments, un départ de dispositif. Ensuite, j'ai rangé la photographie du côté du repérage, comme un carnet de notes. J'utilise toutes formes de matériaux, tout ce qui est lié à la métamorphose et à la transformation, des matériaux peuvent affecter les sens. Pour chaque projet, j'explore quelque chose de nouveau, qui à chaque fois m'intéresse, dans un lieu de mémoire, avec une fonction, qui reste présente dans la trace du devenir. Je suis un artiste assez libre.          
Claude Lévêque

La fascination de la lumière

Dès ses premières créations, la lumière est au cœur de son processus.

J'ai horreur du terme don. Qu'est-ce que ça veut dire ? Souvent ce que je dis, c'est un peu du folklore, j'ai pas fait beaucoup d'études suite à un échec scolaire. L'expérience de l'art qui s'est opérée sur moi par les Beaux-Arts, ça a été une opportunité extraordinaire. Enfant, j'étais fasciné par la lumière, par la fête foraine, par Pigalle. Je me souviens même qu'un jour, j’ai embrassé un réverbère : ça m’a assommé et m’a donné la vocation de la lumière. La lumière est quelque chose qui métamorphose, qui théâtralise, qui insiste sur un récit. J’aime utiliser la lumière de manière assez simple ; créer un impact, de l’éteignement jusqu’à l’aveuglement total, qui agit sur les sens.          
Claude Lévêque

Mort en été, 2012 Installation in situ, Grand Dortoir, Abbaye Royale de Fontevraud Barques de Loire noires, barres lumineuses rouges suspendues, lampes rouges, filtres rouges 4750 x 510 x 1210 cm Diffusion sonore : ondulation de tintements cristallin
Mort en été, 2012 Installation in situ, Grand Dortoir, Abbaye Royale de Fontevraud Barques de Loire noires, barres lumineuses rouges suspendues, lampes rouges, filtres rouges 4750 x 510 x 1210 cm Diffusion sonore : ondulation de tintements cristallin Crédits : BODY Philippe / hemis.fr - AFP

"J'aime que l'art ne serve à rien"

Les écritures néons sont des pièces récurrentes du travail de Claude Lévêque, un élément matriciel où se forment des mots symboles et rêvés, ou parfois des mots beaucoup plus provocateurs. Si l'influence du mouvement punk a pu être forte pour lui, il se lasse aujourd'hui de cette filiation, vivant au présent ou tourné vers l'avenir, même si la musique compte énormément pour lui dans ses projets d'installations et son univers.

Je préfère l’agacement que la provocation. La provocation, je me méfie d’elle, ou j’aime qu’elle soit sympathique. C’est important de bousculer les conventions, les ordres établis, les interrogations, sans forcément apporter la bonne parole. J’aime que l’art ne serve à rien. Certains disent que l’art sert le monde, le guide, aide à faire prendre conscience, ils attribuent une faculté à l’art… Moi j’aime dire que ça ne sert à rien, mais dans cette faculté qu’on a à être à la marge de tout, c’est peut-être ce qui est le plus nécessaire. (...) J’ai encore beaucoup de choses à faire, je commence juste. Je n’ai pas la mesure d’une carrière, je ne sais même pas ce que c’est une carrière.          
Claude Lévêque

Réécoute du 26 juillet 2017

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