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Clément Cogitore au Musée de la chasse à Paris en 2018

Clément Cogitore : "Je cherche à faire du plateau un endroit où l'on se sent désiré"

1h
À retrouver dans l'émission

Au cours de cette masterclasse, Clément Cogitore revient au micro d'Anaëlle Pigeat sur ses années de formation, évoque ses influences, le processus de création de ses films, de ses œuvres conçues pour l'espace d'exposition ou la scène d'opéra, et plus largement, les nombreux territoires de son art.

Clément Cogitore au Musée de la chasse à Paris en 2018
Clément Cogitore au Musée de la chasse à Paris en 2018 Crédits : Paul Barlet / Le Pictorium - Maxppp

Lauréat du Prix Fondation d'entreprise Ricard 2016 et du Prix Marcel Duchamp 2018, l'artiste et vidéaste Clément Cogitore a accepté de se prêter au jeu des Masterclasses de France Culture, une série d’entretiens dans lesquels les artistes et les auteurs livrent "le comment et le pourquoi" de leur création.

Né en 1983 à Colmar, Clément Cogitore a grandi dans une vallée des Vosges. Après des études à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, et au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, il vit aujourd'hui à Berlin où il développe une pratique à mi-chemin entre l'art contemporain et le cinéma. Mêlant films, installations vidéo et photographie, son travail interroge la façon dont les hommes cohabitent avec les images. Dans ses œuvres, il est souvent question de rituels, de mémoire collective, de figuration du sacré ainsi que de la perméabilité entre les mondes.

Interrogé sur sa vocation, Clément Cogitore ne raconte pas "d'instant décisif", mais plutôt des moments de découverte d’œuvres, d’artistes, "qui se sont alignés comme des points" et évoque le cheminement qui l'a conduit, à partir de sa passion pour la peinture, celle de la Renaissance italienne notamment, à explorer d'autres mediums :

La peinture est mon premier amour de spectateur, c’est elle qui m’a amené à l’art mais je me suis aperçu que je n’étais pas doué pour ça, que j’étais trop maladroit en dessin, et que ce qui m’intéressait n’était pas la fabrication d'un tableau mais la mise en scène d’images.

Extraits

  • Les années de formation

Du choc ressenti en découvrant le travail de Christian Boltanski quand il est encore adolescent à ses années de formation au Fresnoy, Clément Cogitore évoque les différentes figures qui l'ont aidé à "orienter sa boussole" :

La découverte d’une œuvre de Christian Boltanski au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg a été un choc. Je me sentais proche de ce geste : un langage très simple qui ne nécessite aucune virtuosité, aucun savoir-faire technique particulier, mais qui fait se connecter des signaux assez forts". A cette période, j'ai passé beaucoup de temps à parler d'art aussi avec le peintre et marionnettiste Bjorn Fühler, qui habitait le Val d'Orbey où j'ai grandi. Parce que ses objets circulaient constamment de la toile à la scène, je lui dois d'avoir commencé à réfléchir sur ce que signifiait l'espace de la scène et la mise en scène. Au Fresnoy plus tard, j’ai été très marqué par des vidéastes comme Pierre Mercier et Francisco Ruiz de Infante, pour lesquels l'enseignement faisait partie de leur pratique artistique. J'y ai aussi rencontré Chantal Akerman et Jean-Marie Straub et Danièle Huillet qui ont été des intervenants essentiels dans ma construction.

  • 2017, l'expérience Braguino

En 2017, Clément Cogitore entreprend avec deux collaborateurs un voyage aux confins de la Russie, en Sibérie, là où, au Moyen Age, des communautés ont fait scission avec le culte orthodoxe majoritaire et sont allées fonder des villages au fin fond de la taïga. Aujourd'hui encore, vivent, toujours en mode autarcique, des familles issues de ces communautés que l'on appelle les vieux-croyants. Une expérience qui a donné lieu à une œuvre double : une exposition de photographies et un film documentaire de 50 minutes intitulé Braguino. Il revient sur la genèse de cette plongée au sein de cette communauté isolée et recluse.

Souvent, le déclencheur d’un projet est une information brève que je lis, que j’entends et qui me retient. Pour Braguino, j’avais un désir fort de travailler autour de la notion d’utopie et sur ce que signifie construire des mondes loin du monde mais sans savoir quelle forme ça allait prendre. Ça a commencé par un long voyage assez aventureux parce que je n'avais pas eu la possibilité de contacter cette famille avant d'arriver, et parce que leur village n’est accessible ni en avion ni en bateau. Au retour, je pensais plutôt à une vidéo destinée à l’exposition parce que le temps de tournage avait été très court et le dispositif expérimental – on n’était que trois, parce qu’il n'y avais pas plus de place dans l’hélicoptère. Mais finalement sur la table de montage est apparu aussi un film. C’est la seule fois où un projet a donné lieu à deux objets. C’était une façon pour moi de revenir sur le matériau filmé, comme un peintre revient sur le motif et fait deux versions d’une même toile. Les deux propositions ne sont pas identiques mais circulent autour des mêmes paysages, des mêmes visages, pour transmettre des expériences à la fois proches et lointaines.

  • 2017-2019. Les Indes galantes et la découverte du monde de l'opéra

En 2017, pour la 3e Scène, la plateforme virtuelle de l’Opéra de Paris, Clément Cogitore réalise une vidéo de 5’46 sur l’air des "Sauvages", extrait de l’opéra-ballet Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau. Le film fait l’effet d’une petite bombe et connaît notamment un succès viral sur les réseaux sociaux. Deux ans plus tard, Stéphane Lissner, directeur de l'Opéra de Paris, propose à Clément Cogitore de mettre en scène l’opéra entier. Présentée en ouverture de la saison 2019-2020 sur la scène de l'Opéra Bastille, la production, à laquelle sont associés la chorégraphe Bintou Dembélé et le chef d'orchestre Leonardo García Alarcón à la direction est un triomphe. Clément Cogitore revient sur sa rencontre avec le monde de l'Opéra de Paris et sur ce que cette expérience, qu'il décrit comme "extrême", lui a apporté.

Quand on fait de la mise en scène pour le cinéma, on est à la fois l’architecte et le chef de chantier, tout est possible. Quand on est metteur en scène d’opéra, on arrive dans une maison déjà construite, on fait l’intérieur pour que cela puisse accueillir le spectateur mais tout est déjà très en place. On n’est pas le maître du temps, du rythme. Cela peut être très brutal ou très joyeux de s’insérer dans quelque chose qui existe déjà. Cela peut être terrifiant à cause des problèmes techniques mais le matin, quand vous êtes en répétition avec Sabine Devieilhe, Leonardo Garcia Alarcon et les musiciens, qu'il y a la vibration de la voix et les danseurs en train de se déployer sur la musique, c’est un très grand bonheur. C’est prodigieux de commencer sa journée comme cela plutôt que dans son atelier, seul avec son matériau, son propre petit monde. Cela donne une force phénoménale pour se mettre au travail. 

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  • Protocoles, intuition et dérèglements

S'il confie être d'un naturel anxieux et régulièrement étreint par "un sentiment du désastre" imminent au cours de la production de chacune de ses œuvres, Clément Cogitore livre aussi ses réflexions sur l'importance de la notion de chance et sur la place que tient l'intuition dans son processus de création.

Depuis ma sortie de l’école, je crois que je n’ai rien appris dont je pourrai me dire "Tiens, ça ça me servira pour le prochain projet". J’ai seulement l’impression d’avoir réussi à développer mon intuition. A décrypter plus vite les signaux qui me sont envoyés par la réalité. A sentir plus vite si j’avance dans la bonne direction, à savoir ce qui attire vraiment mon regard au fond. Mettre en scène, c’est faire des choix, et au tournage, contrairement à la période d’écriture ou de montage, les choix sont irréversibles. Ils doivent être faits avec le moins de doutes possible. Aussi pour que toutes les personnes que l’on rassemble devant la caméra se sentent désirées. 

Après, avec le temps apparaissent d’autres problèmes qui sont comment échapper à ses automatismes. L’intuition ne doit pas masquer le fait que l’on cherche à répéter quelque chose que l’on sait faire, mais au contraire, elle doit amener du dérèglement. Mettre en scène est un processus chaotique. On créé des interactions entre des corps, des paysages, des choses préparées, des éléments qu’on peut maîtriser et d’autres non, comme la lumière, la neige, l’énergie d’un animal, la présence d’un enfant, l’inspiration d’un acteur, avec lesquels on doit composer, qui produisent des accidents, à accepter ou pas, à intégrer ou pas, mais qui doivent absolument déranger le protocole qu’on s’était construit. C’est important qu’il existe, mais c’est très important aussi qu’il soit déréglé par le processus de fabrication de l'œuvre. 

La Masterclasse de Clément Cogitore est animée par Anaëlle Pigeat.

Clément  Cogitore a été récompensé en 2011 par le Grand prix du Salon de  Montrouge, puis nommé pour l’année 2012 pensionnaire de l’Académie de France à Rome-Villa Médicis. Ses films ont été sélectionnés et récompensés dans de nombreux festivals internationaux (Cannes, Locarno,  Telluride, Los Angeles, San Sebastian). En 2015 son premier long-métrage Ni le ciel, Ni la terre a été récompensé par le Prix de la Fondation Gan, au Festival de Cannes – Semaine de la critique, salué par la critique et nominé pour le César du meilleur premier film. La même année il reçoit le Prix BAL pour la jeune création. L’année 2016, il remporte le 18e Prix de la Fondation d’Entreprise Ricard, ainsi que le Prix Sciences Po pour l’art contemporain. En 2018, le Prix Marcel Duchamp lui est décerné par l’ADIAF (Association pour la Diffusion Internationale de l’Art  Français). Depuis 2018, Clément Cogitore est professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, où il dirige un atelier.  

Le travail de Clément Cogitore est présent dans de nombreuses collections publiques (Centre Georges Pompidou-MNAM, Fonds national d’art contemporain, Fonds d’art contemporain de la Ville de Paris, FRAC Alsace, FRAC Aquitaine, FRAC Auvergne, MAC VAL, Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg), et privées (Collection Louis Vuitton et Daimler Art Collection).  L'artiste est représenté par Chantal Crousel Consulting à Paris, et par la Galerie Reinhard Hauff à Stuttgart. 

La Masterclasse de Clément Cogitore a été enregistrée en public le 19 mai 2021 dans l'Auditorium de la Fondation Pernod Ricard.

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