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Eric Vuillard

Eric Vuillard : "Je crois que la littérature a pour objet et pour objectif de parler du monde tel qu'il est, de tâcher de le décrire"

59 min
À retrouver dans l'émission

A écouter Eric Vuillard, il est coupable mais non pas responsable des livres qu'il a commis. Et pourtant c'est avec détachement et intelligence qu'il parle des dilemmes de l'écrivain face au monde qu'il veut saisir.

Eric Vuillard
Eric Vuillard Crédits : IP3 PRESS - Maxppp

Eric Vuillard est écrivain, son parcours commence en 1999 avec un premier livre, Le chasseur, qu'il poursuit par la publication de Conquistadors, La Bataille d'Occident, Congo ou encore 14 Juillet. Mais il a aussi réalisé deux films, notamment Mateo Falcone. Enfin, en 2017, il a reçu le prix Goncourt pour son dernier récit, L'Ordre du jour.
Il y a une méthode Vuillard : une certaine forme de récit, hautement documenté. 

Si vous vous intéressez à la corruption, à la complaisance, ce qui est un peu le thème de L'Ordre du jour, il n'y a pas d'archives de la corruption et de la complaisance. Au fond, comme tout le monde je pense, ce sont des lectures éparses, des films vus, des images qui m'ont marqué et qui petit à petit, dans le temps, sur des années, ont construit à la fois cette idée, cette thématique, ce désir d'écrire et puis le fonds sur lequel je m'appuyais. 

La curiosité de l'histoire, de plonger dans des choses qu'il connaît sans pour autant en avoir fait le tour. Voilà ce qui alimente l'écriture d'Eric Vuillard, l'idée de relier les points de l'histoire par le récit d'une histoire.

C'est comme une sorte d'album de famille l'histoire, c'est-à-dire qu'à travers les manuels scolaires, au travers du Petit Larousse, j'ai fait connaissance avec l'histoire quand j'étais enfant, comme tout le monde. Du coup, certaines photos dans les manuels sont mon fond-de-l’œil, et c'est sur ça que je travaille. Il faut se pencher sur quelque chose que l'on connaît, qui a serti notre savoir et nos connaissances sur un événement. 

Il n'a pas pour autant la prétention de dépeindre des représentations exactes des périodes qu'il écrit. 

La littérature est toujours dans un après-coup, et dans cet après-coup, quelque chose de la vie réelle fatalement lui échappe. Et même au-delà de ça, le confort dans lequel est celui qui écrit l'empêche de savoir réellement quelque chose qui se passe réellement, par exemple pour les émeutiers du 14 juillet qui vivaient dans des conditions de vie très misérables au faubourg Saint-Antoine.  

Il admet directement qu'il écrit, non seulement avec un regard d'homme de son époque, mais aussi avec son regard propre.

C'est à la fois ma position sociale, ma subjectivité propre, mais aussi le moment dans lequel nous vivons qui fait que je porte une attention particulière à telle ou telle chose. Pour le dire d'une manière un peu rapide, parlant du 14 juillet, ce qui le précède, le chômage de masse par exemple, a davantage d'importance pour nous qu'il y a une trentaine d'années, puisque la situation économique a changé, pour nous le chômage de masse est une réalité économique. Et lorsqu'on lit que les prémices de la Révolution Française sont pour une part occupées par ce chômage de masse de la population, évidemment ça nous dit quelque chose aussitôt. On ne peut pas écrire le 14 juillet, qui est une insurrection populaire, de la même manière à une période où une partie de la population mondiale se reconstitue comme une oligarchie quasiment nobiliaire au fond. 

Et donc en tant qu'homme particulier de son époque qu'il écrit. 

Pour un écrivain, prendre les faits sociaux comme des choses, c'est prendre le risque se comporter comme un directeur des ressources humaines. Et je ne suis pas sûr que ce soit l'attitude qui convienne dans le monde qui est le nôtre. 

Il s'exprime aussi sur son travail cinématographique, qui fut, selon lui, une libération pour son écriture.

Je crois que l'image empêche la narration, elle empêche le récit. Il en faut évidemment, mais quand il y en a trop... On est comme noyé dans l'image, dans les mots, et dans ce cas-là évidemment, c'est la forme poétique qui peut dominer. C'est ce à quoi me condamnaient les images. Et il me semble que le cinéma et d'avoir pu faire un film, m'a, en quelque sorte, libéré des images. 

Écrivain engagé, pas tant dans le monde politique que dans la période, il reconnaît les limites de l'écriture.

Il n'y a pas de narrateur dans la vie réelle, il y a des individus qui sont pris dans un mélange de connaissances et d'ignorance et qui se dirigent, notamment dans une émeute, comme ils le peuvent au milieu du chaos. 

Mais il sublime ces limites par l'amour de la langue.

La langue elle-même nous attire, nous aimante, on est galvanisé comme ça par autre chose, si bien qu'on n'écrit pas tout à fait ce qu'on avait prévu finalement. On entrevoit une fin possible, qui serait cette vérité que l'on cherche, et finalement on se contente de ce qu'on obtient. Mais c'est dans cette tension que se trouve l'écriture. 

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