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Portait de Jacques Audiard à West Hollywood, en novembre 2015

Jacques Audiard : "Le cinéma est une façon d'entretenir un rapport avec le monde"

59 min
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Depuis "Regarde les hommes tomber" en 1994, jusqu'aux "Frères Sisters" en 2018, le cinéaste multi-récompensé Jacques Audiard revient sur le processus de fabrication de ses œuvres, son rapport aux acteurs et à l'écriture d'un film.

Portait de Jacques Audiard à West Hollywood, en novembre 2015
Portait de Jacques Audiard à West Hollywood, en novembre 2015 Crédits : Valérie Macon - AFP

La carrière de Jacques Audiard commence à la fin des années 1970, notamment en tant qu'assistant réalisateur et scénariste. Depuis, Jacques Audiard a signé huit long-métrages en l'espace de vingt ans, de Regarde les hommes tomber en 1994, jusqu'à son western Les Frères Sisters, en 2018, en passant par Un héros très discret, Sur mes lèvres, De battre mon cœur s’est arrêté, Un Prophète, et De rouille et d’os. 

La plupart des films de Jacques Audiard sont des adaptations, une obédience littéraire inspirée de son père, Michel Audiard. Chaque film, selon lui, pousse un tiroir pour en réouvrir un autre, et pourtant, à chaque film, Jacques Audiard a l'impression de réapprendre le processus d'écriture ... 

Jacques Audiard : "Je m'aperçois d'une chose, c'est qu'il n'y a pas de capitalisation de l'expérience. A chaque fois que j'entame l'écriture d'un scénario, je suis égaré, je ne me souviens pas que j'ai déjà vécu ça avant. C'est pareil sur le tournage d'un film. Alors ça c'est l'idée qu'on se fait, parce que je sais bien que j'en sais beaucoup plus que pas mal d'autres personnes. Je ne peux pas travailler seul, car le fond du fond, c'est ce qui distingue essentiellement l’écriture scénaristique de l'écriture littéraire, c'est que je ne pourrais pas travailler seul sur un scénario, j'aurais trop peur de jouer l'auteur. La première phase est une phase de construction où on laisse l’imagination travailler librement." 

Aller au delà-de la vraisemblance

Le cinéaste possède le records de césars décernés et une palme d’or. Une grande partie de ses intrigues sont des histoires d’initiation, la question de la transmission générationnelle y est centrale, ainsi que l'amour et la violence ...  

Jacques Audiard : "La situation est un système qui va généralement poser un conflit, un conflit qui va se résoudre dans la scène et qui fait que l'un des personnages ne sortira pas de la même façon qu'il est entré dans la scène. (...) Je pense que le cinéma est une façon d'entretenir un rapport avec le monde. (...) Quand je commence le montage, j'ai l'impression de voir la vierge, le montage c'est de l'écriture. On fait des phrases, on les articule, ça fait un paragraphe, une séquence. Quand vous montiez en analogique, c'était un objet que vous alliez couper. Je pense que les montages s’arrêtaient parce qu'il y avait une fatigue des êtres et des matériels. Aujourd'hui avec le numérique, c'est infini, ça peut ne pas s'arrêter. (...) Il y a toujours deux choses qui sont toujours fausses au cinéma : les acteurs qui font l'amour et la violence. J'ai besoin de ces deux choses, à chaque fois pour excéder la vraisemblance de mon projet." 

De l'expérience du théâtre

Avant de se lancer dans le cinéma, Jacques Audiard a été un spectateur aguerri de théâtre, c'est à cet endroit qu'il a compris ce qui allait fonder son rapport aux acteurs ...

Jacques Audiard : "Je pense que ce qu'un jeune spectateur a pu voir entre 1968 et 1978, sur les scènes européennes c'était exceptionnel. Le théâtre a été pour moi une chose plus exaltante, au moins peut-être plus parfois plus que le cinéma. J'ai eu la chance de connaître Patrice Chéreau. Je réalise assez tardivement que je sais tout, je sais le latin. Je ne suis pas surpris. Mais j'ai peur de tout, j'ai peur de l'autre. Mais techniquement je suis assez armé. Le théâtre m'a appris à adorer les comédiens, à les regarder. Ce n'est pas un amour simple. Je ne suis pas amis avec les comédiens avec qui je travaille. (...) Quelqu'un que vous désignez comme acteur, il va attendre de votre regard, il veut voir dans votre regard qu'il est acteur, sinon il ne le sait pas vraiment. Quand vous prenez un acteur non professionnel, il va penser que vous l'avez choisi pour ce qu'il est. C'est une erreur complète, on le prend pour autre chose, pour le potentiel qu'il a en lui."

Réécoute du 21 juillet 2017

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