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La photographe américaine Jane Evelyn Atwood pose devant ses photographies d'Haïti, le 6 septembre 2007, au Couvent des Minimes à Perpignan.

Jane Evelyn Atwood : "Avec la photographie, il y a toujours des surprises"

59 min
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Jane Evelyn Atwood fait sa Masterclasse et répond aux questions d'Arnaud Laporte. La photographe franco-américaine se livre sur son parcours de chasseuse d’images, de sa découverte de la photographie grâce au travail de Diane Arbus à ses séries sur les femmes en prison.

La photographe américaine Jane Evelyn Atwood pose devant ses photographies d'Haïti, le 6 septembre 2007, au Couvent des Minimes à Perpignan.
La photographe américaine Jane Evelyn Atwood pose devant ses photographies d'Haïti, le 6 septembre 2007, au Couvent des Minimes à Perpignan. Crédits : RAYMOND ROIG - AFP

Née à New York, vivant à Paris depuis 1971, "franco-américaine" comme elle aime à le souligner, Jane Evelyn Atwood est l’auteure de dix livres-recueils de photographies dont Trop de peines, femmes en prison (Albin Michel 2000), un travail monumental qui reste jusqu’à aujourd’hui une référence photographique au sujet de l’incarcération féminine ; Sentinelles de l’ombre (Le Seuil, 2004), sur les ravages des mines antipersonnel au Cambodge, au Mozambique, en Angola, au Kosovo et en Afghanistan ; Haïti, trois ans en couleurs dans ce pays de contrastes (Actes Sud, 2008) ; Jane Evelyn Atwood, une monographie (PhotoPoche#125, Actes Sud 2010), et Rue des Lombards (Editions Xavier Barral, 2001), nouvelle édition de son premier projet photographique sur les prostituées parisiennes réalisé en 1976-1977.

Ses travaux photographiques mobilisent Jane Evelyn Atwood sur plusieurs années, jusqu'à ce qu'elle puisse, avec patience et engagement,  pénétrer des lieux inexplorés et faire le portrait de communautés humaines que l'on considère parfois comme étant "à la marge". Son projet : inclure les exclus, montrer ce qu'on ne voit pas et participer à l’iconographie des réalités du monde, même les plus sombres.

Jane Evelyn Atwood a été récompensée par les prix les plus prestigieux, dont la bourse de la Fondation W. Eugene Smith, le Grand Prix Paris Match du Photojournalisme, le Prix SCAM, le Prix Oskar Barnack de Leica Caméra, et un Prix Alfred Eisenstadt. La Maison Européenne de la Photographie lui a consacrée une première rétrospective en 2011, ainsi que le Botanique en Belgique en 2013. Les œuvres de Jane Evelyn Atwood se trouvent dans les collections publiques et privées.

La photographie n'était pas présente dans son univers familiale : "Je viens d’une famille d’intellectuels. Mon père pensait que les gens qui regardaient les photographies étaient bêtes, il fallait plutôt lire". Elle la découvre avec les œuvres de Diane Arbus : 

Pourquoi la photographie et pas autre chose ? C’est à cause de photographies de Diane Arbus que j’ai vues aux Etats-Unis. Je suis allée à cette exposition avec ma sœur, pas pour ses photographies, mais parce qu’on savait que Diane Arbus s’était suicidée. On avait eu un suicide récemment dans la famille, ça nous obsédait (...). Les personnes photographiées par Diane Arbus ne m’ont jamais quittée.

Son apprentissage de la photographie, elle le fait sur le tas, par la pratique, en tirant le portrait de prostituées parisiennes, dans la rue des Lombards. "Mon école, c’est le 19 rue des Lombards !" résume-t-elle. Des images lui reviennent en mémoire :

Je ne savais pas que les prostituées vivaient dans la rue. Elles étaient belles, elles étaient incroyables. J’ai voulu les connaître, tout simplement. Et la photographie paradoxalement m’a donnée l’occasion de les connaître. (…) dans le couloir, une ampoule nue donnait une faible lumière, c’était très crade, il y avait une odeur de pisse, les femmes fumaient beaucoup, écrasaient leurs mégots sur les murs donc il y a de grandes traces noires. J’avais peur, j’étais très impressionnée et en même temps j’étais extrêmement excitée : je sentais que j’allais où je voulais vraiment être. J’adore les interdits, les découvrir, les pénétrer.

Pour Jane Evelyn Atwood, cette aventure est une révélation, un roman d’apprentissage de la photographie condensé, une expérience fondatrice de sa conception du travail de captation de l’image : 

J’ai tout appris de la photographie dans cet immeuble. J’ai appris la lumière et surtout le manque de lumière. J’ai appris la patience, j’ai appris à écouter, c’est presque encore plus important que de regarder dans le travail que je fais. J’ai appris aussi à ne pas être trop gourmande, à savoir quand il ne faut pas prendre de photos, c’est aussi très important, tu peux te faire tuer si tu ne fais pas ça. J’ai appris à compter sur mes instincts. 

Pour elle, la richesse d’une photographie est moins une question de composition que d'émotion. La force de l'image est avant tout liée à ce qu’elle suscite chez le spectateur : 

Il faut que la photo émeuve les personnes. Si une photo te laisse indifférent, c’est une photo ratée. Une photo peut être totalement sauvage, pas parfaitement prise, mais s’il y a une force dans cette photo, une claque, si ça t’émeut d’une manière ou d’une autre, c’est une bonne photo généralement. 

En savoir plus : 

Le site internet de Jane Evelyn Wood.

Photographies de Jane Evelyn Wood sur le site de l'agence VU. 

>>> Pour aller plus loin, une sélection d'Annelise Signoret >>>

Son site personnel

Portrait de Jane Evelyn Atwood dans le dossier consacré aux grands photographes par Focus numérique.com

Jane Evelyn Atwood, conteuse d'images. Portrait à lire dans le webzine culturel Deuxième Page

A propos du livre Pigalle people, le témoignage de Jane Evelyn Atwood sur le Pigalle des années 1970. 

Jane Evelyn Atwood, l'humain au cœur de l'objectif. Portrait d’une « citoyenne étonnante », brossé par le site d’Histoires ordinaires

Rencontre et entretien avec Jane Evelyn Atwood à l’occasion de l’exposition de ses photos à la Maison européenne de la photographie (2011). Article de Clément Sénéchal, en ligne sur son site. 

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