LE DIRECT
L'architecte Jean Nouvel lors d'une visite de la tour La Marseillaise, à Marseille, le 24 octobre 2018

Jean Nouvel : "L'architecture est un art utile et social, qui doit défier le temps"

1h
À retrouver dans l'émission

Reconnu mondialement, Jean Nouvel est un architecte qui a marqué l’histoire de l'art, en réalisant des œuvres majeures dans le domaine de l'architecture. Au micro d'Arnaud Laporte, il explique en quoi l'architecture est un combat, un art fondamental, politique et social.

L'architecte Jean Nouvel lors d'une visite de la tour La Marseillaise, à Marseille, le 24 octobre 2018
L'architecte Jean Nouvel lors d'une visite de la tour La Marseillaise, à Marseille, le 24 octobre 2018 Crédits : Gérard Julien - AFP

Après des études à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, Jean Nouvel est admis premier au concours d’entrée de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1966 et obtient son diplôme en 1972. D’abord assistant de l’architecte Claude Parent, inspiré par l’urbaniste et essayiste Paul Virilio, il ouvre sa première agence en 1970. 

L'architecture comme lien social

Jean Nouvel : "Beaucoup d'architectes se revendiquent artistes dans les années 1970, on m'a demandé (à l'époque) d'exposer dans une galerie près de la Bastille et j'ai exposé une attestation sur l'honneur comme quoi je n'étais pas un artiste. Ma conviction est plus complexe que ça. Je pense qu'un architecte ne peut pas s'abriter derrière sa condition d'artiste pour faire ce qu'il a envie de faire. L'architecture est un art utile. Elle doit avoir un rôle social. Et on doit investir de l'argent au bon endroit et faire en sorte que ça résiste et défie le temps, tout ça est de notre responsabilité. L'architecture est un art, c'est sûr mais c'est aux autres de déterminer qui est artiste. (…) Il faut absolument que ce rôle sociétal s'applique au développement urbain, à tous les quartiers, à toutes les décisions qui impliquent la ville. "

"Mars 1976", un mouvement fondateur pour l’architecture 

Co-fondateur du mouvement "Mars 1976", Jean Nouvel a participé à ce mouvement charnière qui avait pour objet, notamment, de lutter contre le corporatisme des architectes.

Jean Nouvel : "C'était l’époque des concours en architecture, qui semblent une évidence aujourd'hui mais à l'époque il n'y en avait pratiquement pas. Ils avaient été institués, et les jeunes architectes accédaient pour la première fois à la commande par les concours. Et les lauréats de ces concours ont décidé, sous l'impulsion de quelques uns dont j'étais, de prendre la parole et de s'insurger contre la façon dont les villes étaient modifiées en France par l'urbanisme. Car le même plan d'urbanisme, à travers les plans d'occupation des sols, était appliqué à toutes les villes françaises, qui avaient toute le même "zoning" hallucinant. Il y avait pas de réflexion liée au site, liée à la situation. On a donc fait un papier dans "Le Monde" qui a fait beaucoup de bruit à l'époque, et "mars 76" a été à l'origine de beaucoup de choses, en particulier de la création du Syndicat de l'architecture, qui avait comme ambition de défendre l'architecture d'abord, pour mieux défendre les architectes ensuite."

Le travail de Jean Nouvel connaît une reconnaissance internationale, qui s'est traduite par de nombreux prix, comme le Prix Aga-Khan en 1989, en raison "de son rôle de passerelle réussie entre les cultures françaises et arabes" ou le Lion d’Or de la Biennale de Venise en 2000. Il est nommé Docteur Honoris Causa du Royal College of Art de Londres en 2002. Trois ans plus tard, il reçoit en Israël le prix annuel de la Fondation Wolf pour "sa conception d’un nouveau modèle de contextualité et la redéfinition de la dialectique entre deux caractéristiques de l’architecture contemporaine : le concret et l’éphémère". En 2008, il reçoit le prestigieux Pritzker Prize. 

Architecture et urbanisme, meilleurs ennemis

Pour Jean Nouvel, l'architecture est une question politique fondamentale, un combat pour l'avenir, notamment face au déploiement homogène de l'urbanisme...

Jean Nouvel : "Par rapport à la façon dont les villes se développent tout autour de la planète et en France aussi, il y a une sorte d'abandon des décisions sur la localisation des développements, on prend des terrains libres et on les développe à l'infini. Il faut absolument arrêter le territoire des villes. Il faut qu'autour des villes, il y ait un chemin de ronde, que d'un côté on cultive des légumes et fruits, et qu'il y ait toute une agriculture liée à ça. On va créer un renversement, et la périmétrie va devenir une ligne nette, elle va devenir une ligne qui va prendre de la valeur, et on va pouvoir travailler et construire en relation avec ce qui est là. Si un Président de la République prenait une de ces décisions, je crois qu'il aurait fait un bon travail dans le domaine de l'urbain qui n'a encore jamais été fait sur cette planète." 

Réécoute du 5 juillet 2017

Bibliographie

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......