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Portrait de l'auteur et dessinateur Joann Sfar en mai 2016

Joann Sfar : "C'est tout le paradoxe de la bande dessinée : insondable de complexité et de poésie, et pourtant lisible par un enfant"

58 min
À retrouver dans l'émission

Auteur de plus d’une centaine d’albums, cinéaste et scénariste, Joann Sfar bâtit une œuvre à la fois protéiforme et prolifique depuis plus de vingt ans. Au micro de Mathilde Wagman, il explique en quoi le dessin est un outil de compréhension du monde et un échappatoire insondable au nihilisme.

Portrait de l'auteur et dessinateur Joann Sfar en mai 2016
Portrait de l'auteur et dessinateur Joann Sfar en mai 2016 Crédits : Joël Saget - AFP

On lui doit la série à succès du Chat du Rabbin, les cinq volumes de _Klezmer (s_a "réponse ashkénase" au Chat du rabbin, pour reprendre son expression), et la série Petit Vampire qui a rapidement été suivie par le Grand. Tout un pan de son travail est également constitué par des Carnets, parus d’abord chez l’Association, puis chez Delcourt, et dont le dernier opus joliment intitulé Si j’étais une femme, je m’épouserais, a paru chez Marabout en 2017. Du côté des aventures collectives, il fait partie de la loufoque et tentaculaire entreprise que constitue Donjon, une série initiée avec Lewis Trondheim, et dont il a signé plus de trente titres. 

Le dessin comme religion

Après des études de philosophie à Nice, Joann Sfar intègre les Beaux-Arts de Paris, où il enseigne aujourd'hui (Atelier Joann Sfar).

Joann Sfar : "Je ne dessinais pas mieux que les autres mais je dessinais tout le temps. Je dis beaucoup : ma religion c'est le dessin. Les gens croient que cela est un mauvais jeu de mots. Mais je n'ai jamais rien dit d'aussi sérieux. (...) La religion du dessin, c'est de se dire qu'il y a quelque chose de magique dans une forme vivante, que l'on ne pourra résoudre ni par la science, ni par la religion dans sa version la plus scolastique. (...) La bande dessinée est profondément orale. Elle sauve du littéralisme."

Depuis quelques années, Joann Sfar est aussi réalisateur de films : Gainsbourg (Vie héroïque), son premier long métrage réalisé en 2010, fut un grand succès en salles et lui a valu trois César, dont celui de meilleur premier film. L’année suivante, son adaptation en dessin animé du Chat du rabbin lui valait celui de meilleur film d’animation. En 2015, il signait une adaptation du roman de Sébastien Japrisot La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil

Joann Sfar : "Quoi que je fasse, le dessin est au centre. Quand j'écris un roman, c'est un roman de dessinateur, quand je fais un film, c'est un film de dessinateur. La bande-dessinée procède d'un système de lecture très complexe. Les auteurs de bande dessinée sont les premiers à dire qu'il n'y comprennent rien... Et c'est tout le paradoxe des bandes dessinées : c'est insondable de complexité et de poésie, et pourtant lisible par un enfant. Je ne vois pas ce qu'on peut rêver d'autre pour entrer en littérature ou en fiction."

Dessiner pour échapper au nihilisme 

Joann Sfar : "Je dessine nuit et jour, c'est mon outil pour comprendre le monde. Le dessin que je pratique n'est pas de l’idolâtrie, mais un dessin de sciences humaines. Il y a une autre raison pour laquelle je dessine. (...) Ce n'est pas seulement un projet esthétique, c'est pour ne jamais être seul. J'ai été marqué par la disparition de ma mère à l'âge de 4 ans. Le vide appelle le dessin. Le projet esthétique intervient au moment où on essaye d'échapper au nihilisme. Le nihilisme, c'est la complexité du monde, l'impossibilité à le dessiner. A ce moment-là, on s'invente un petit solfège, qu'on doit réinventer tous les jours. Trouver des règles pour le monde, c'est ce à quoi sert le dessin."  

Il ajoute depuis quelques années à cette palette l’art du livre sans images, avec notamment quatre romans parus chez Albin Michel : L’Eternel (2014), Comment tu parles de ton père (2016), Vous connaissez peut-être (2017), et Le dernier juif d'Europe paru en 2020. Ces différentes pratiques d'écriture lui sont essentielles.

Joann Sfar : J'ai toujours tenté de dresser des liens entre des formes d'art qui n'ont peut-être pas grand chose à voir. La bande dessinée, c'est un peu comme un herbier, c'est un lieu où on peut faire voisiner tout ça. Il y a toujours quelque chose d'un cahier d'écolier dans une bande dessinée. J'ai passé ma vie à trouver des maîtres. "

Retrouvez ci-dessous cette Masterclasse en vidéo : 

Réécoute du 15 septembre 2018

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