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Jul Maroh

Jul’Maroh : "Je fais partie des enfants qui ne se sont jamais arrêtés de dessiner"

1h01
À retrouver dans l'émission

Au micro d'Antoine Guillot, Jul’Maroh fait sa Masterclasse. C'est dans le grand auditorium de la Bibliothèque nationale de France que l'auteur·e, pionnier·e·s des blogs de bande dessinée, parle de l'évolution du 9e art.

Jul Maroh
Jul Maroh Crédits : Jul Maroh

En 2011, Jul’Maroh recevait le prix du public au Festival international d'Angoulême pour Le Bleu est une couleur chaude (2010), une histoire d'amour lesbien qui fut un grand succès de librairie avant qu'Abdellatif Kechiche ne l'adapte avec La Vie d'Adèle en 2013. 

S'exprimer en images

Jul’Maroh développe un trait expressif et précis auquel iel adosse une réflexion poétique et charnelle posant la question de la réinvention de nos sexualités, au-delà de nos conceptions genrées des rapports humains, se demandant comment les corps habitent un espace urbain, qui trop souvent les contraint, mais où peuvent aussi s'exprimer les libertés pour peu qu'on les conquiert. 

Engagé·e pour la banalisation de l'homosexualité et la représentation des LGBTQ , Jul’Maroh ne conçoit pas pour autant ses travaux comme des tracts. 

Je fais partie des enfants qui ne se sont jamais arrêtés de dessiner. Le dessin et la narration étaient mes moyens d'expression. À 6 ans, j'ai commencé à créer des bandes dessinées et à jouer de la musique. C'est aussi pour cette raison qu'il y a une relation de proximité entre la partition de musique et le scénario de bande dessinée dans mon travail.

Je me souviens que la chambre dans laquelle je dormais chez mes grands-parents était pleine de bandes dessinées. Quand j'avais 11 ans, je suis arrivé·e au collège et ce fut la grande découverte du CDI. Il y avait le premier tome de "Peter Pan" de Régis Loisel, et cela m'a ouvert tout un univers. À cet âge, j'ai également découvert "Les Eaux de Mortelune" de Patrick Cothias et Philippe Adamov. Ces albums-là m'ont permis de m'ouvrir à un nouveau type de narration.

Un passage par l'École Supérieure des Arts de Saint-Luc à Bruxelles — d'où sortent de grands auteurs et autrices de bandes dessinées comme André Franquin, confirme qu'il est naturel pour Jul’Maroh de dessiner. Et alors qu'iel se destinait au cinéma d'animation, iel décide de s'orienter vers les Beaux-arts. Dans cette école, les cours d'anatomie et de droits d'auteur sont fondamentaux pour le développement de sa future carrière. 

Les cours d'anatomie ont été plus qu'importants pour moi, mon cerveau s'est ajusté au mode d'observation constante, j'observe tout. J'ai appris un système de dessin dans cette école. La narration était aussi très importante, c'est à ce moment que je me suis rendu·e compte que j'avais besoin de questions socio-politiques pour dessiner. 

Je crois qu'on a tous des tics de dessin. La bande dessinée m'intéresse parce que c'est un langage visuel qui essaie de parler de l'invisible. Il s'agit d'un travail empathique permettant de mieux comprendre les personnalités. Les corps disent tellement de nous, de nos pensées des attitudes qui évoquent nos classes sociales et nos vécus. Le but reste encore et toujours de donner corps à un personnage.

Narration et scénario

Mais comment camper un personnage complexe en quelques pages seulement ? Par l'usage de la physiognomonie entre autres, lorsque l'apparence représente le caractère. Pour Jul’Maroh, c'est la narration qui prime, puisqu'elle vient en premier lieu. Iel essaie de donner son importance au blanc entre les cases, et pense que les décisions les plus importantes sont celles du hors champ.

Quand l'idée surgit, elle peut me suivre pendant des mois, des semaines, des années, je me demande toujours ce que je peux raconter à travers ce récit. Il y a aussi la technique qui s'impose en fonction de la sensation que je souhaite donner au lecteur. J'ai utilisé de l'aquarelle légère sur papier blanc pour "Le Bleu est une couleur chaude", alors que pour "Skandalon" (2013) j'ai utilisé du papier coloré, qui ne respire pas. Il y a quelque chose d'opaque dans cet ouvrage, l'intérêt était d'obtenir un huis clos étouffant.          
Jul’Maroh

Précarité

Alors que la tristesse et la dureté du marché de l'édition de bande dessinée touchent la plupart des créateurs et créatrices, Jul’Maroh évoque aussi la précarité des auteurs de bande dessinée ou de romans graphiques. Mais la singularité de sa situation, en partie due à l'adaptation de l'une de ses œuvres au cinéma, ne lui échappe pas. Une exception intéressante puisque le scénario est une part centrale de ses ouvrages et de son travail.  

Le rythme de la marche m'aide à écrire. J'écris sur des post-it, quand j'écris un scénario, j'ai généralement des images qui me viennent en tête. J'ai toujours besoin de tout écrire.

J'aime aussi travailler avec un scénariste. Comme je suis très perfectionniste, cela retire un poids de mes épaules.          
Jul’Maroh

Les remarques des lecteurs en dédicace lui tiennent à cœur, le rôle du bédéiste étant d'adresser à son lectorat des questions inconfortables. Une démarche critique expliquant peut-être qu'iel ait reçu des insultes liées à la dimension queer de son travail...

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