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Portrait de Kamel Daoud en avril 2016

Kamel Daoud : "Le roman par rapport à la chronique, c’est le match par rapport au penalty"

58 min
À retrouver dans l'émission

De ses chroniques quotidiennes, au Prix Goncourt du premier roman en 2015, Kamel Daoud évoque son parcours d'écrivain au micro de Manou Farine, la précarité de l'exercice littéraire, les spécificités de la chronique et son amour pour la langue française.

Portrait de Kamel Daoud en avril 2016
Portrait de Kamel Daoud en avril 2016 Crédits : Joël Saget - AFP

Kamel Daoud inaugure son oeuvre littéraire au début des années 2000 avec un récit, un recueil de chronique et des nouvelles, et puis arrive Meursault, contre-enquête en 2013, d'abord paru en Algérie avant d'être édité par Actes Sud en France, soit la réécriture "de gauche à droite" de L'étranger de Camus repris par son contrechamps, par son angle mort, du point de vue de l'arabe, lui donnant un prénom, un mère, un frère et avec lui un narrateur. Un roman qui lui donne une reconnaissance planétaire, traduit dans une dizaine de langues, lauréat du Goncourt du premier roman en 2015 et qui sera suivi de Zabor ou Les psaumes, en 2017 un récit initiatique, où l'affranchissement par l'écriture donne à son héros le pouvoir de repousser la mort par l'écriture.  

Au plus près de l’œuvre et d'une langue, celle qu'il s'est construite et qui a longtemps trouvé de quoi se déployer dans Le Quotidien d'Oran où il tenait une chronique quotidienne de 1997 à 2016, et qu'il a notamment réuni dans l'ouvrage Nos indépendances, qui contenait plus de 2000 leçons subjectives d’histoire récente, des exercices de liberté individuelles intransigeants.  

La chronique, un exercice matriciel

Avant d'être un auteur de roman, Kamel Daoud est journaliste, et ce depuis 1994. Ce long chapitre journalistique porte en lui la matrice de son oeuvre à venir, les clés de sa fabrique, ses motifs récurrents et ses obsessions comme l'Algérie de Bouteflika, le conservatisme religieux, le dépassement de la dialectique colonisé – colonisateur, le corps contraint des femmes, le corps malade des obscurantistes, la relation avec l'autre, à savoir la France...

La chronique est un exercice littéraire sur l'actualité, avec beaucoup plus de liberté que dans l'éditorial classique. En Algérie, on est toujours dans cette phase de l'histoire où l'intellectuel est à la fois militant, chroniqueur, feuilletoniste, figure de contestation ou intellectuel organique, ce qui fait que la chronique devient tout ça à la fois. C'est un exercice de liberté. C'est un droit du jeu, un droit de prendre parole par son style et sa vision, et de traiter de cette actualité là. Fondamentalement, la chronique n'est pas de l'information, c'est un exercice d'insolence, c'est une façon de se défendre contre les genres et les discours dominants. En Algérie, ça fonctionne très bien, car il ne faut pas oublier que jusqu'en 1992, la presse était publique, traduisant une presse du régime, une presse contrôlée, de propagande. En 1992, la presse privée arrive et avec, toute une génération de chroniqueurs qui écrivent ce qu'ils veulent et c'est une tradition qui se perpétue jusqu'à maintenant. C'est un exercice marqué par l'histoire immédiate, celle de la Guerre Civile. Pour être un bon chroniqueur, il faut savoir distinguer, car je pars de l'idée que tout lecteur est paresseux. Le roman par rapport à la chronique, c'est le match par rapport au penalty.  
Kamel Daoud

Une écriture en tension

Je suis toujours le lecteur simultané de ce que j'écris. J'écris toujours dans une sorte de tension corporelle. Je suis dans cette tension du corps et on n'écrit pas de la même manière. La plupart des écrits littéraires étaient d'abord des chroniques. C'est comme lorsque vous faites de l'archéologie, parfois vous tombez sur un ossement et vous vous dites que c'est la carcasse d'un dinosaure, et vous commencez à balayer tout autour et il se révèle que c'est juste un os et parfois ça débouche sur autre chose. Les idées sont des gisements. Une idée n'est parfois pas porteuse, elle s'épuise, il n'y a rien derrière et on en fait peut-être une nouvelle ou un roman. Et parfois vous sentez qu'il faut encore creuser, parce que ça se décline, il y a quelque chose qui se déplie. Il n'y a pas d'idée préconçue.  
Kamel Daoud

Le français, la langue de l'imaginaire

Je suis un enfant de l’indépendance. C’est une langue quasi autobiographique. Le français était devenu depuis l’âge de 9 ans, la langue de l’imaginaire, la langue de la clandestinité, de la culpabilité, la langue du corps. La langue cachée, la langue de l’ombre et la langue de l’évasion par rapport à la langue enseignée à l’école qui était une langue de coercition, une langue de devoir à faire, une langue de loi, une langue de morale. C’était pour l’enfant de 10 ans, la découverte du corps par le truchement des mots. Je lisais et je cherchais ces passages précisément.  
Kamel Daoud

Retrouvez la masterclasse en vidéo sur Youtube ci-dessous :

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Pour aller plus loin

Bibliographie sélective proposée par la Bnf.

J’ai démantelé l’œuvre de Camus, mais avec amusement a déclaré Kamel Daoud à propos de son roman Meursault contre enquête dont l’universitaire Christiane Chaulet-Achour propose ici une analyse.

Kamel Daoud et Leïla Slimani : au cœur de la nuit, une collection signée Arte à voir sur Youtube. 

Rééoute du 23 juillet 2018

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