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Portrait de Laurence Equilbey en 2008

Laurence Equilbey : "Plus on s’approche de ce que voulait dire un compositeur, plus cette œuvre résonne à notre époque"

59 min
À retrouver dans l'émission

Cheffe d'orchestre et directrice des ensembles "Accentus" et "Insula Orchestra", Laurence Equilbey est une pionnière dans le chœur professionnel en France. Elle nous parle de son métier, de son désir de faire converger les arts, et de la place femmes dans ce milieu encore essentiellement masculin.

Portrait de Laurence Equilbey en 2008
Portrait de Laurence Equilbey en 2008 Crédits : Stéphane de Sakutin / AFP - AFP

Cheffe d’orchestre, directrice musicale de deux ensembles qu’elle a créé le chœur Accentus en 1991, et Insula Orchestra en 2012, un orchestre qui joue sur des instruments d’époque. Elle est en charge d’une partie de la programmation musicale de la Seine Musicale, qui défend le grand répertoire, tout en empruntant des chemins de traverse, avec une façon d’appréhender le concert classique différemment en faisant dialoguer tous les arts. Ses activités symphoniques la conduisent à diriger les plus grands orchestres du monde. Laurence Equilbey a étudié la musique à Paris, Vienne et Londres, notamment auprès des chefs Nikolaus Harnoncourt, Eric Erikson, Denise Ham, Colin Metters et Jorma Panula.

Ses deux grands maîtres : Nikolaus Harnoncourt et Erik Erikson

Laurence Equilbey revient sur une période très importante de sa vie, ses deux années d'études à Vienne en 1986 et en 1988. 

Laurence Equilbey : Ça été vraiment matriciel, fondateur pour la suite. Car pour gagner ma vie, j’ai chanté dans un chœur de jeunes professionnels, on chantait avec Nikolaus Harnoncourt, Claudio Abbado, des grands chefs, beaucoup a capella. La rencontre avec Harnoncourt a été extraordinaire. Il m’a fasciné par sa rigueur musicologique et historique, mais aussi pour son inspiration, c’est un très grand poète. Il a fait beaucoup de compromis dans sa vision des choses. Il a ouvert la voie. Harnoncourt m’a réveillé dans Mozart. (...) Le chef suédois Erik Erikson a quant à lui révolutionné la pratique de l’art vocal dans le monde. Il a fait un pont entre tout ce qu’était le choral luthérien, la parole populaire et la musique contemporaine. Il a apporté énormément à tout le mouvement choral, dans le monde, au 20ème siècle. 

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Cheffe d'orchestre, une vocation

Née en Allemagne, de parents mélomanes et musiciens amateurs, elle découvre la musique principalement en pension, grâce aux cours de piano et de flûte traversière à l’âge de 10 ans. Elle a baigné dans l'écoute de Beethoven, de chants lors des messes à l'église, la langue allemande qui apporte la musicalité. Puis, à 18 ans, après le Bac, est venue la passion pour les matières d'éruditions, harmonie, écriture... Elle fait le conservatoire et étudie la musicologie à la Sorbonne.

Laurence Equilbey : La musique est devenue très vite une passion, je me suis décidée à en faire à la sortie du bac. J’avais commencé l’instrument trop tard pour pouvoir faire une carrière d’interprète à haut niveau. Les matières d’érudition m’intéressaient beaucoup, l’harmonie, le contrepoint, l’analyse, l’histoire de la musique. J’ai fait pratiquement 15 ans d’écriture, ce sont des études très longues, mais indispensables pour devenir cheffe d’orchestre. Je me suis aperçue qu’au-delà de la personnalité pour pouvoir conduire les choses, on devient cheffe aussi parce qu’on est passionnés par le sous-texte et le contexte de l’œuvre, ses enjeux, sa complexité. 

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Une gestuelle instinctive et la texture 

Laurence Equilbey : J’ai plusieurs influences. Comme j’ai fait beaucoup de direction de chœur, il y a quelque chose d’agréable pour les vents, car on sait faire travailleur leur intonation, et on sait les conduire car ils respirent beaucoup. Mais il peut y avoir des défauts liés à cette pratique, parce qu'on est tout le temps en train d’alimenter l’air, alors que ce n’est pas forcément nécessaire. Je suis très critique avec moi-même. On essaie de progresser comme ça, en enlevant les scories, mais sans enlever l’emphase nécessaire pour inspirer un groupe. Pour être une bonne cheffe, il faut aimer étudier, avoir un physique solide, car c’est éprouvant et il faut avoir une bonne oreille. Il faut être sur l’écoute tout en anticipant, c’est peut-être le plus difficile. (...) Ce que je recherche avant tout, c'est la plasticité, la souplesse. J’aime beaucoup quand les choses peuvent avoir une forme d’organicité, un peu comme si l’orchestre était un orgue, où tous les instruments s’agrégeaient les uns aux autres, avec cette espèce de souplesse. La gravitation des timbres les uns avec les autres, la capillarité sonore, c’est très important. 

Laurence Equilbey insiste sur sa volonté de multiplier ce qu'elle appelle les créations scéniques, les collaborations avec les autres arts. Comme par exemple, pour La Création de Hayden avec La Fura dels Baus, découverte par des millions de personnes ou son travail sur Mozart avec Yoann Bourgeois qui travaille sur le point de suspension. Plutôt que de travailler fragments par fragments pour arriver à l'ensemble, sa méthode serait plutôt de partir de la grande forme, de filer une œuvre et ensuite on progresse, on affine ...

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L'invisibilisation des compositrices

Laurence Equilbey : J'ai toutefois du mal avec les événements genrés, surtout quand c'est pour donner des postes d'assistantes. Pour moi, la meilleure méthode est de partir du haut, de faire connaître toutes les femmes de très haut niveau... Il faut aussi piocher davantage parmi les compositrices. On est passé à côté de beaucoup d’œuvres écrites par les femmes. Au XVIIIe siècle, il y avait beaucoup plus d'artistes femmes, il y a un recul au XIXe, puis à nouveau plus de femmes compositrices au début du XXe siècle. (...) S'il n'y a plus de femmes dans l'art, la société va être perdue. 

Pour aller plus loin

Le site officiel de Laurence Equilbey

Site du chœur de chambre Accentus, fondé par Laurence Equilbey. Elle est également la directrice artistique et musicale d’Insula Orchestra.

Grand entretien (en 5 parties) avec Laurence Equilbey à réécouter sur le site de France Musique.

Le Paris des arts de Laurence Equilbey, une émission de France 24, diffusée en février 2019.  

Réécoute du 27 juillet 2019

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