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Leïla Slimani, le mardi 23 mars 2021, lors de sa Masterclasse animée par Louise Tourret à la Bibliothèque nationale de France

Leïla Slimani : "L'envie de raconter des histoires remonte à mes 5 ou 6 ans"

58 min
À retrouver dans l'émission

"Je suis la descendante d'une longue lignée de menteurs et de menteuses, pas pour cacher des secrets ou par perversité, mais qui trouvaient amusant de transformer le réel, de lui donner du panache."

Leïla Slimani, le mardi 23 mars 2021, lors de sa Masterclasse animée par Louise Tourret à la Bibliothèque nationale de France
Leïla Slimani, le mardi 23 mars 2021, lors de sa Masterclasse animée par Louise Tourret à la Bibliothèque nationale de France Crédits : Christine Bernard - Radio France

Leïla Slimani a obtenu le prix Goncourt avec Chanson douce en 2016. Comme son précédent roman, Dans le jardin de l’Ogre (28.08.2014) et le dernier Le pays des autres (05.03.2020), il est publié chez Gallimard dans la prestigieuse collection Blanche

Ces histoires, où les femmes tiennent les premiers rôles, sont habitées par une grande violence. Française et Marocaine, Leïla Slimani a aussi écrit un essai : Sexe et mensonges. La vie sexuelle au Maroc (Les Arènes, 06.09.2017). Elle y plaide pour une libération de la parole et des mœurs et donc une émancipation des femmes et, finalement, de tous. 

L’autrice est également représentante personnelle du chef de l'État pour la francophonie. Son dernier texte, Le parfum des fleurs la nuit (Stock, janvier 2021) explore les diverses sources de son inspiration. Louise Tourret

Louise Tourret lors de la Masterclasse de Leïla Slimani, à la Bibliothèque nationale de France, le mardi 23 mars 2021
Louise Tourret lors de la Masterclasse de Leïla Slimani, à la Bibliothèque nationale de France, le mardi 23 mars 2021 Crédits : Christine Bernard - Radio France

Extraits

  • Écriture ou "réalité augmentée" :

Absolument. C'est pour ça que je suis devenue écrivain, parce que la réalité ne me suffisait pas, en tant qu'individu, à vivre simplement la vie telle qu'elle est. Et puis, j'avais l'impression aussi que, dans la façon dont on la percevait, cette réalité, et surtout dont on perçoit les autres, c'était toujours insuffisant, on était toujours injuste vis à vis du réel ou vis à vis des autres. Moi, j'avais l'impression de ressentir des choses extraordinaires, d'être traversée par des émotions absolument immenses et je voyais autour de moi des formes d'indifférence des autres, de mollesse, de tiédeur et j'avais envie, tout le temps, de prendre les gens au collet, de les secouer, de leur dire "tu ne te rends pas compte comme tout ça est extraordinaire ou à quel point je suis triste, atrocement triste". Et donc, la littérature était le seul endroit où je pouvais trouver une réalité à la hauteur des sentiments que j'éprouvais.

  • Les émotions inspirantes de Leïla Sliman :

Je crois que je suis vraiment une romancière de l'émotion. C'est à dire que j'écris à partir des émotions. Ce qui ne m'empêche pas, quand je commence un roman, d'être toujours d'abord guidée par une idée. Au début, je n'ai pas vraiment une histoire ni même un personnage, j'ai une idée. Pour "Chanson douce", mon idée était de raconter la relation entre une femme et une nounou. "Dans Le jardin de l'ogre", c'était la question de l'addiction sexuelle et pour "Le pays des autres", c'était le statut d'étranger d'une manière ou d'une autre. Et après, je trouve les personnages. Mais ensuite, dans mon écriture, tout est raconté, tous les événements, les paysages, toutes les situations sont racontés à travers une émotion. Et je crois que les émotions les plus présentes dans mes livres, ce sont sans doute la honte ou la gêne, le désir, entravé, caché, qui vous dévore mais qui en même temps vous fait honte ou vous met dans une position compliquée vis à vis de la société. Il n'y a pas tellement d'amour dans mes livres, peu de sentiments amoureux, au sens classique du terme. Et l'émotion qui prédomine, c'est la peur.

  • La peur, justement :

Les peurs des autres et, en particulier, la mienne. J'ai été, très jeune, saisie par des sentiments de terreur, de panique. Je suis quelqu'un qui connait des moments de peur où rien ne peut me raisonner, rien ne peut me calmer. J'ai peur la nuit, j'ai peur de la rue, du bruit des pas derrière moi, des gens inconnus que je peux croiser, d'une situation qui peut dégénérer. Adolescente, je me suis dit "cette peur-là, elle peut gâcher ta vie, elle peut vraiment t'empêcher de vivre car elle peut te paralyser, faire que tu seras invitée quelque part et que tu n'iras pas parce que tu as peur [...]. Cette peur est devenue un objet de fascination. C'est comme si je l'avais mise sous verre et que je passais ma vie à la regarder, à essayer de la comprendre, de l'analyser, de la disséquer, de la mettre aussi chez les autres car la peur vous isole énormément et vous en avez honte. Vous pensez que vous êtes  seul à avoir peur comme ça [...]. Mes livres étaient aussi une manière de tendre la main à mes lecteurs et de leur dire "s'il vous plait, dîtes moi aussi que vous avez peur".

La Masterclasse de Leïla Slimani est animée par Louise Tourret. Elle a été enregistrée le mardi 23 mars à 18h30 à la Bibliothèque nationale de France (BnF), sans public, compte-tenu de la crise sanitaire.

Bibliographie

Sur le site de Gallimard à propos de cet ouvrage : 

J’ai envie de raconter le destin d’une famille marocaine sur trois à quatre générations, soit les soixante ans qui voient le Maroc s’installer dans la modernité, en suivant les personnages d’Aïcha, Selma et leurs enfants. Leïla Slimani

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En lisant, en écrivant, une collection de Masterclasses littéraires : Animés par des producteurs et productrices de France Culture, les entretiens du cycle En lisant, en écrivant sont réalisés à la BnF, puis diffusés dans la grille d’été de France Culture et disponibles en podcast. Genèse des œuvres, sources d’inspiration, aléas de la vie quotidienne d’un auteur ou d’une autrice, édition et réception des textes, autant de sujets que ces rencontres permettent d’aborder, au plus près de la création littéraire. En coproduction avec la Bibliothèque nationale de France (BnF) et le Centre national de Livre (CNL).

Prochaines Masterclasses

10h00-11h00

  • Mardi 03 août  : Emmanuel Demarcy-Mota par Émilie Aubry
  • Mercredi 04 août : Lola Lafon par Zoé Sfez
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  • Vendredi 06 août : Jul' Maroh par Antoine Guillot

19h00-20h00

  • Samedi 07 août : Javier Cercas par Arnaud Laporte
  • Samedi 14 août : Clément Cogitore par Anaël Pigeat
  • Samedi 21 août : Amélie Nothomb par Mathilde Serrell (Rediffusion du 15.06.2019)
  • Samedi 28 août : Bertrand Tavernier par Arnaud Laporte (Rediffusion du 06.04.2018)
Intervenants
  • Écrivaine, lauréate du prix Goncourt 2016 pour "Chanson douce" (Gallimard, 2016)

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