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Portrait de l'écrivain Pierre Michon, quelques minutes avant de recevoir le prestigieux Prix Franz-Kafka, pour l'ensemble de son oeuvre, décerné à Prague, le 22 octobre 2019

Pierre Michon : "J'ai toujours peur d'être complètement impuissant dans l'écriture"

1h
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Auteur maintes fois récompensé, Pierre Michon est de ces écrivains qui se font rares dans les médias. Au micro d'Arnaud Laporte, il se livre sur son processus de création et sa crainte de l'impuissance dans l'écriture.

Portrait de l'écrivain Pierre Michon, quelques minutes avant de recevoir le prestigieux Prix Franz-Kafka, pour l'ensemble de son oeuvre, décerné à Prague, le 22 octobre 2019
Portrait de l'écrivain Pierre Michon, quelques minutes avant de recevoir le prestigieux Prix Franz-Kafka, pour l'ensemble de son oeuvre, décerné à Prague, le 22 octobre 2019 Crédits : Michal Cizek - AFP

Pierre Michon est né le 28 mars 1945 dans la Creuse, élevé par sa mère institutrice et ses grands-parents. Lycéen à Guéret, il étudie ensuite les lettres à l’Université de Clermont-Ferrand et décide d'abandonner ses études pour rejoindre une troupe de théâtre itinérante. 

Surmonter l'impuissance

Pierre Michon signe, avec Vies minuscules, son premier roman à l'âge de 39 ans, et obtient le Prix France Culture en 1984. Il déclarera plus tard que ce livre l’a "sauvé". L'auteur a consacré 95 carnets de notes à la rédaction de ces huit vies d’inconnus qu’il a croisés durant son enfance ou sa vie d’errance, un roman dans lequel l'absence de la figure paternelle se déploie en filigrane. 

Pierre Michon : "Je me suis dit : "maintenant, tu fais de la littérature". J'avais surmonté l'impuissance, j'entrais dans une sorte de circuit normal. Ça m'a sauvé dans un sens. (...) L'absence du père, consoler la mère... ce n'était pas des choses auxquelles je pensais avant. C'est au moment d'écrire les "Vies Minuscules", que je me suis dit "Je vais me sortir de ça. Je vais construire une biographie à demi imaginaire, fantasmatique." Pendant l'écriture de ce premier livre, j'ai fait une sorte d'immersion théologico-familiale. C'est un livre qui a été fait par la voix de ma mère. Mon éditeur disait "tu écris comme ta mère parle"."

Construire une biographie fantasmatique 

S'ensuivent 16 romans, des fictions biographiques comme Vie de Joseph Roulin en 1988, et Rimbaud le fils en 1991 ; ou encore des essais sur des écrivains (Trois auteurs en 1997, Corps du roi en 2002). Dans ses textes plus romanesques, comme La Grande Beune (1995), dominent récits de filiation et fictions historiques : royaumes barbares nés de la chute de Rome (_L’Empereur d’Occiden_t, 1989), sombres époques médiévales (Abbés, Prix Décembre en 2002) ou période de la Terreur. En 2009, Les Onze évoque l’histoire du peintre Corentin, celle de la Révolution française, et lui vaut le Grand prix du roman de l’Académie française. Pour Pierre Michon, c'est toujours la première phrase, les premiers chapitres qui donnent le ton musical. 

Pierre Michon : "La plupart du temps, j'ai beaucoup de rébus dans l’attaque de mes livres. Je fais un morceau de deux ou trois pages tous les matins, mais ensuite le reste doit s'emboîter. Ça doit être fait d'un seul tenant, d'une seule coulée. Quand il y a des fausses directions, il faut remonter pour tout changer. Pendant la période où le texte est achevé, il y a une période de profonde dépression. J'écris très rarement, j'ai des périodes maniaques qui sont en générales plus courtes que les périodes dépressives. Je n'ai pas de plan, je suis plus stendhalien que faubertien."

William Faulkner, le père de toute la littérature contemporaine

Multi-récompensé, Pierre Michon a reçu pour l’ensemble de son œuvre le Grand prix de littérature de la Société des Gens de Lettres (SGDL) en 2004, en 2015 le premier Prix Marguerite Yourcenar, et plus récemment, en octobre 2019, le Prix Franz Kafka. Pierre Michon a l'habitude de dire que William Faulkner est le père de tout ce qu'il a écrit, sa plus grande inspiration, voire même la figure tutélaire de toute la littérature contemporaine. 

Pierre Michon : "William Faulkner est un inventeur de formes fabuleux. Il a inventé bien davantage que tout ce dont on parle au XXème, à mon avis plus que Joyce, plus que Proust, plus que Kafka. Il a inventé la littérature contemporaine, celle qu'on lit maintenant. Il y a un livre sur trois écrit en Faulkner. Il m'a beaucoup dopé. La lamentation perpétuelle, l'élégie perpétuelle, celle qui est dans les "Vies Minuscules" n'est pas pour rien dans le fait que je le lisais très peu de temps avant. (...) Ce que représente un auteur aujourd'hui, finalement c'est la même chose qu'au 18ème siècle. Mais au lieu de se faire entre bons esprits aristocratiques, c'est entre bons esprits démocratiques."

Réécoute du 25 juillet 2017

Bibliographie

Couverture Vies minuscules

Vies minusculesPierre MichonFolio Gallimard, 1996

Couverture Les onze

Les OnzePierre MichonVerdier, 2009

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