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Portrait de l'homme de théâtre Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon, en novembre 2019 au Théâtre Graslin à Nantes

Olivier Py : "Ma vision du festival d'Avignon est aujourd'hui encore plus mystique"

49 min
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Avignon 2020 |Alors que le Festival d’Avignon n’a pas pu voir le jour en raison de la crise sanitaire, Arnaud Laporte s’entretient avec Olivier Py, homme de théâtre total, qui retrace son parcours, des grandes écoles aux planches de théâtre, un chemin teinté de passion, de peur et de plaisir.

Portrait de l'homme de théâtre Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon, en novembre 2019 au Théâtre Graslin à Nantes
Portrait de l'homme de théâtre Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon, en novembre 2019 au Théâtre Graslin à Nantes Crédits : Loïc Venance - AFP

Rencontre avec le directeur du Festival d'Avignon dans un moment où, à son grand désarroi, la crise sanitaire n'aura pas permis à l'édition 2020 de se tenir. L'occasion d'échanger avec lui, à chaud, sur cette situation difficile, d'en savoir plus sur quelques-uns des spectacles, qui seront reprogrammés au mois d'octobre, et de revenir sur un parcours riche d'écriture et de mises en scène qu'il avait déjà commencé à évoquer dans une précédente masterclasse.

Un triste état des lieux pour le monde de la culture

L'État des lieux, l'état des lieux... C'est abord une catastrophe financière. Je crois que le Ministère de la Culture a chiffré à 22 milliards la perte pour le monde de la culture. Le monde de la culture, c'est très large. Il y a aussi un monde de la culture qui a gagné beaucoup d'argent, celui des plateformes, par exemple. Mais en tout cas, la culture, au sens du service public, les théâtres et les musées sont considérablement endommagés. Alors, non seulement j'ai peur qu'on profite d'une logique comptable pour oublier ce qui fait l'exception culturelle française. Mais je veux malgré tout croire que c'est dans ce genre de situation qu'on comprend, ce qui nous manque. C'est par les trous noirs qu'on comprend le fonctionnement de l'univers. Alors peut-être qu'on va comprendre qu'il est temps de faire un nouvel acte pour la décentralisation, pour le service public de la culture, qu'il est temps que la culture soit un enjeu politique majeur. D'ailleurs, pour moi, le fait que le Président de la culture... ah pardon, c'est un lapsus très révélateur.... le Président de la République ne se soit pas engagé, ça reste une énigme. Ça reste une énigme parce que tous ses prédécesseurs, bon an, mal an, n'étaient pas tous passionnés par la culture, je ne cite personne, mais ils l'ont fait malgré tout. Et Emmanuel Macron, que je crois être un homme intéressé par le monde de la culture au sens très large, ne l'a pas fait.                  
Olivier Py

La rencontre avec le théâtre

J'étais mauvais en hypokhâgne. Je n'étais pas très bon au conservatoire. J'étais parmi les derniers, puis après, j'ai fait de la théologie où j'étais encore dans les derniers des derniers. Les derniers seront les premiers, mais comme les derniers seront les premiers, j'étais heureux. Oui, j'étais heureux de faire ces études-là. J'avais des bons professeurs. Mais qu'est-ce qu'on apprend dans une école ? En général, on rencontre des gens de sa génération dans les écoles de théâtre. En tout cas, je pense que c'est ce qui a été plus fort pour moi. J'ai rencontré Irina Dalle. J'ai rencontré Michel Fau. J'ai rencontré des gens de ma génération. Elle a partagé un rêve avec un peu de révolte, avec une forte tête. Comme je pouvais avoir une grande gueule... J'étais assez bête, donc assez révolté contre mes professeurs, contre l'enseignement et tout ça. Mais en même temps, c'est bien. En théologie, c'est différent parce que ce que j'adorais, c'est qu'il y avait des gens qui venaient de tous les horizons, clercs et laïcs, de tous les âges, de tous les mondes. Et donc, j'ai découvert que moi qui me croyais un catholique atypique, en fait, il n'y avait pas de catholique typique. Il y avait des monstres et je me sentais bien parmi les freaks.                  
Olivier Py

La boulimie culturelle

Vous savez, je suis la génération sida. Moi, j'étais programmé pour mourir à 30 ans, donc j'ai essayé de faire le maximum de choses dans le temps qui me semblait m'être imparti. Et puis après, j'ai continué sur la lancée et sur cette espèce de folie boulimique. Ne renoncer à aucun des destins, décider de tout faire, un peu comme un jeu. Mais je n'ai pas du tout, en réalité, de sensation schizophrénique. Vous voyez, que j'écrive un livre, que je chante dans un spectacle de travestis, et que je prenne mes responsabilités, j'ai vraiment l'impression de participer à la même aventure qu'on pourrait appeler la culture.

L'écriture comme "journal spirituel"

Je me souhaite à moi-même, un jour, de ne plus être du tout dépressif et de rencontrer la grande lumière et de pouvoir la diffracter à l'infini. Si ça arrive, j'écrirai un poème là-dessus. Mais si ça n'arrive pas, j'écrirai encore un poème sur l'impatience de cette chose-là. Je n'ai pas été un saint, mais je n'ai pas perdu la profonde blessure de ne pas être un saint. Et ça peut peut-être paraître très prétentieux de dire ça, mais je ne l'ai pas perdu, cette blessure-là. Je ne compte pas. Je ne compte pas la cicatriser non plus. Au contraire, je crois que l'écriture est un moyen de grandir cette blessure et d'en faire une bouche. 

Avignon, lieu du sacré

La cour du Palais des Papes est une machine étrange. Elle est faite pour détruire le théâtre bourgeois et elle y réussit chaque année assez bien. Donc elle enlève tous les napperons, les rideaux, les tables de nuit et tout ce qui est inutile. Et il n'y a plus que l'homme et sa parole et la parole du poète. Mais ceux qui ont vécu la cour comme acteur, [...] l'ont vécue comme un choc de titans. La demande de ces 2 000 personnes, la présence de ces fantômes, la présence du ciel met l'acteur dans une aventure intérieure unique. C'est très, très beau toujours d'entendre les acteurs parler de la cour parce qu'on est à l'endroit de l'indicible. L'expérience qu'ils ont vécue, c'est pas le petit théâtre de chambre. Là, c'est autre chose, c'est autre chose. C'est purement du sacré. 

Intervenants
  • Directeur du Festival d’Avignon, homme de théâtre
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