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Marie Darrieussecq, psychanaliste et écrivain française lors du Salon du Livre le 24 mars 2017 à Paris, France

Marie Darrieussecq : "J’accepte que l’écriture soit un état de transe légère"

59 min
À retrouver dans l'émission

"J’écris beaucoup tout de suite, au présent. C’est le début de la sagesse". Aujourd’hui, Marie Darrieussecq se consacre pleinement à l’écriture. Dans cette Masterclasse enregistrée à la BNF, elle se confie sur l'évolution de son travail d'écriture.

Marie Darrieussecq, psychanaliste et écrivain française lors du Salon du Livre le 24 mars 2017 à Paris, France
Marie Darrieussecq, psychanaliste et écrivain française lors du Salon du Livre le 24 mars 2017 à Paris, France Crédits : Jean-Marc ZAORSKI - Getty

Dans cette Masterclasse, Marie Darrieussecq répond aux questions de Lucile Commeaux, et se confie sur le travail de l’écriture, son rythme, quotidien, de 8h30 à 16h30 ("avec un pic à 11 heures et une sensation de fatigue vers 15 heures"), mais aussi sur la genèse de son premier roman, Truismes, sur sa fidélité à la maison d’édition P.O.L, ou encore sur sa médiatisation.

Marie Darrieussecq, écrivaine, psychanalyste (activité qu’elle a arrêtée), traductrice, a publié de nombreux romans. De Truismes publié en 1996, à Notre vie dans les forêts publié en 2017, tous sont parus chez P.O.L. Elle évoque sa fidélité à l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, décédé le 2 janvier 2018 : 

J’aime les auteurs de la maison d’édition P.O.L : Olivier Cadiot, évidemment Duras et Perec qui étaient les totems de la maison, Marie Depussé… (…) Paul Otchakovsky-Laurens et moi sommes devenus amis assez vite, mais toujours avec une légère distance, et je crois que cette distance, beaucoup d’écrivains en témoignent. Il était très timide, mais pouvait aussi être extrêmement chaleureux.  

Si l'on compte toutes ses traductions, pièces de théâtres et écrits pour la jeunesse, Marie Darrieussecq a publié une vingtaine d’œuvres en vingt ans, sans compter les contributions à des ouvrages d’art ou à des journaux.  

Son premier roman, Truismes, était un monologue très compact, au sujet d’une jeune femme travaillant dans une parfumerie et qui se transformait peu à peu en truie. Cette histoire, elle l’imagine pendant les grandes grèves de 1995, alors qu’elle est encore étudiante : 

C’était une période très singulière, dont je garde un souvenir à la fois euphorique et désespéré – on le retrouve dans le livre. C’est une période de fracas sociaux et de solidarité. Paris était dans un drôle d’état. Le mot covoiturage n’existait pas mais on en faisait. Il faisait froid. Et le livre arrivait. Je n’étais pas du tout sûre de moi

À l'origine de l’idée de la transformation d'une femme en animal, il y a l’expérience de la jeune Marie Darrieussecq, 26 ans, qui écrit sa thèse et qui dans la rue, avant même que l’on ne mette un nom sur le phénomène se fait harceler :  

C’était très pénible d’être une jeune fille à Paris, et d’être interrompue. Le harcèlement de rue c’est une interruption. (…) Ça m’exaspérait d’être interrompue, parce que je pensais que mes pensées m’appartenaient et elles m’étaient précieuses, et elles contenaient un livre probablement. Et il y avait toujours un imbécile qui venait m’interrompre. Truismes, c’est vraiment l’histoire d’une femme qui se transforme en truie parce qu’à sa façon à elle, elle est constamment interrompue dans le flux de ses pensées. 

Une métamorphose littéraire en hommage à Kafka, mais aussi à Ovide, qu’elle a traduit, à l’instar de Joyce, Virginia Woolf. L’exercice de la traduction étoffe son rapport à la langue : 

J’adore traduire, c’est une sorte de repos entre l’écriture des romans. Pour moi traduire, c’est comme tricoter, la matière est déjà là, la pelote de laine est là et il suffit que je la tricote dans ma langue, je transforme la matière pour la passer dans ma langue. Ce n’est même pas la transformation de la matière, c’est lui donner une nouvelle forme. Alors que quand j’écris mes romans, la pelote n’est pas là, il faut que je la tire de moi-même, c’est très fatigant. 

En 2013, elle obtient le prix Médicis pour son roman Il faut beaucoup aimer les hommes. Un prix auquel elle accorde beaucoup d’importance :

J’étais très heureuse d’avoir un prix, ça faisait longtemps. Les gens croyaient toujours que j’avais eu des prix, mais non, j’avais eu du succès, c’est différent ! J’étais contente d’être reconnue par mes pairs, c’est important, ça fait du bien. 

> Pour aller plus loin, une sélection d'Annelise Signoret 

Site consacré à Marie Darrieussecq, créé en mai 2002 par Alain-Philippe Durand et ses étudiants à l'Université de Rhode Island (États-Unis).

AuteurE d’Etre ici est une splendeur, Marie Darrieussecq nous propose une visite guidée de l’exposition des tableaux de Paula Modersohn-Becker au Musée d’art moderne de la ville de Paris (2016).

Entretien filmé avec Marie Darrieussecq autour de la dimension géographique de son oeuvre à l’occasion du séminaire Habiter : L’Encrage en littérature contemporaine.

À l’occasion de la parution de son roman : il faut beaucoup aimer les hommes, P.O.L, 2013, Marie Darrieussecq évoque sa vision de l'Afrique.

Romancière, Marie Darrieussecq est aussi traductrice. On lui doit une traduction d'Ovide ainsi que  l’adaptation de pièces anciennes ou modernes pour la scène. Elle exprime son rapport à la traduction avec les élèves de la Sorbonne Nouvelle.

Pour Court-circuit, le magazine du court-métrage d’arte.tv, Marie Darrieussecq parle de son engouement pour le film de Chris Marker La jetée

Chroniques de Marie Darrieussecq parues dans Beaux-Arts

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