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Melik Ohanian

Melik Ohanian : "Si l’on vient pratiquer une œuvre et que l’on n’y projette rien, on ne recevra rien"

59 min
À retrouver dans l'émission

Du cinéma aux cimaises, l'artiste installationniste et vidéaste Melik Ohanian fait sa Masterclasse en public à la Sucrière de Lyon, et répond aux questions de Manou Farine.

Melik Ohanian
Melik Ohanian Crédits : JARRY/TRIPELON - Getty

Melik Ohanian, un atelier entre New York et Paris, prix Duchamp 2015, grand arpenteur de biennales, (celles de Sao Paulo, Moscou, Venise où il a obtenu le Lion d'or)... Il a le goût espaces parallèles, des temps élastiques, des comptes à rebours, des migrations du cinéma vers les cimaises, et de la collusion des langages, ceux du cinéma et de la science (l’astrophysique), de la philosophie et de la littérature.

Riche d'une grande culture de l’image, ancien monteur-cadreur, Melik Ohanian s’inspire des différentes procédures propres au cinéma et aux techniques de projections contemporaines pour travailler autour du statut de l’image et du concept de temps. Pour la Biennale de Lyon, il présentait un projet mêlant film, chorégraphie et architecture, intitulé "Borderland — I Walked a Far Piece" :  quatre écrans disposés en carré au centre duquel circule le spectateur, comme une sorte d’explorateur. Un carré calé sur le périmètre du toit de son appartement new-yorkais, avec quatre caméras et autant de mouvements en travelling, qui filment les bords du toit sur lequel se joue une adaptation du roman Planet de Rudolf Wurlitzer, que Melick Ohanian souhaitait depuis longtemps intégrer à une installation. 

Ce qui m’a toujours fasciné dans ce roman que j’ai découvert assez jeune, c’est que ce groupe de personnages étaient composé de vagabonds qui se rassemblaient pour une nuit dans un no man’s land, se nommaient avec des noms de villes, comme une espèce de cartographie humaine. Et puis ce rapport entre l’identité et le territoire m’intéressait, dans cette Amérique-là du début des années 20, avec ces "hobos" qui partaient indifférents comme ça, trouver du travail dans d’autres villes, lâchant tous liens d’origine.

Dans cette pièce, il y a l’idée d’un impossible cadrage

Ces va-et-vient et rebonds du temps, avec ces rappels au passé, ces projections dans le futur, ou ce rappel au présent, forment la permanence de ce que chacun d’entre nous vit intimement. Parfois dans mon travail, le passé prend le dessus, parfois c’est l’anticipation. Une exposition c’est peut-être ça, trouver une stabilité du temps…

Cette idée de cadrage spatio-temporel impossible irrigue une partie de son œuvre, comme dans la pièce Seven Minutes Before présentée à la Biennale de Sao Paulo en 2004, dans laquelle sept écrans montraient simultanément différents points de vue des minutes précédant l’explosion d’un camping-car dans le Vercors. La bande-son de chacun des sept plan-séquences nous emmenait en Arménie avec un joueur de kamantcha, au Japon avec une joueuse de koto, en Angola auprès d'une enfant jouant au bord de la rivière Kwanza. 

Melick Ohanian donne à voir, tout en complexifiant les conditions de perception de la monstration, comme dans sa pièce de 2005 Invisible Film, qui consistait en une projection du film de Peter Watkins, Punishment Park, dans le désert, mais sans écran, sans support pour le rattraper ou le refléter. Les images surgissaient, pour in fine, se dissoudre dans le paysage. 

Dans cette masterclasse, l’artiste nous parle de son processus de création, du point de départ... : 

Un perpétuel questionnement. J’ai toujours considéré une œuvre comme un point de réflexion, c’est le lieu d’une expérience tout d’abord. Je considère le spectateur comme un élément très important de cette expérience. Je me pose la question de sa position, de sa possibilité de perception, et donc je le considère aussi comme un dispositif propre de projection, c’est-à-dire que si l’on vient pratiquer une œuvre et que l’on n’y projette rien, on ne recevra rien ! 

… au point d’achèvement de l’œuvre : 

Le moment du vernissage est le moment où l’œuvre qu’on aura fabriquée, protégée, qui aura été le lieu de plein de choses, va changer de monde, va être délivrée, sans parler du moment d’une dépossession, car pour moi ça ne ressemble pas du tout à ça. Au contraire, c’est le point d’une rencontre avec le monde. 

>>> Pour aller plus loin, une sélection d'Annelise Signoret >>>

Son site personnel

Melik Ohanian est représenté par la galerie Chantal Crousel

Melik Ohanian sur le site de l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne

Entretien avec Melik Ohanian à l’occasion de l’installation de son œuvre El Agua de Niebla aux Tuileries en 2012

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Melik Ohanian revient sur son œuvre autour du génocide arménien Les Réverbères de la mémoire et les difficultés politiques et diplomatiques rencontrées pour sa réalisation 

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Les Réverbères de la Mémoire ont désormais pris place dans le parc Trembley à Genève

L’atelier A de Melik Ohanian, sur Arte-tv

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