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Portrait du cinéaste Olivier Assayas à Rome en avril 2017

Olivier Assayas : "J'ai choisi le cinéma pour aller à la rencontre du monde, explorer ce que j'ignorais des êtres et de la société"

58 min
À retrouver dans l'émission

Dès son adolescence, Olivier Assayas a eu, selon lui, "l'arrogance" de vouloir faire du cinéma. Avant cela, il y a eu la peinture et Les Cahiers du cinéma. Au micro d'Olivia Gesbert, le cinéaste évoque son parcours, et la nécessité existentielle de faire l'expérience de cet art collectif.

Portrait du cinéaste Olivier Assayas à Rome en avril 2017
Portrait du cinéaste Olivier Assayas à Rome en avril 2017 Crédits : Alessandra Benedetti - Corbis - Getty

Grand parmi les grands metteurs en scène français, héritier de la Nouvelle Vague, cinéphile et spécialiste de cinéma asiatique, Olivier Assayas a conversé avec Bergman, fait l’éloge de Kenneth Anger, réalisateur américain classé underground, théorisé sur Guy Debord et son art de la guerre. 

Mais c'est la fabrique de son cinéma dont il est question dans cette Masterclasse. Dans l’ordre, tout commence avec Désordre, titre de son premier film. Son dernier en date, Cuban Network, est sorti en salles en 2019. Entre cette première et cette toute dernière fois, il a tourné 16 long métrages dont Irma Vep, Fin août début septembre, Les destinées sentimentales, Demonlover, Carlos, Après Mai, Sils Maria ou dernièrement Personal Shopper et Doubles Vies

En ajoutant à cela, des courts métrages, des documentaires, des scénarios pour André Téchiné ou encore Roman Polanski, Olivier Assayas réalise une œuvre singulière entre génération et géopolitique, introspection et hommage au cinéma.

De l'influence de la peinture

J'ai commencé à peindre quand j'avais 15 ans. Entre 15 et 25 ans, le dessin et le graphisme ont joué une part essentielle dans ma vie. Même si le désir de cinéma était tellement fort, j'avais cette idée que quand je serai grand, je pratiquerai la peinture et le cinéma, que l'un et l'autre n'étaient pas incompatibles. Et à un moment donné, l'idée de suivre deux pistes aussi puissantes était impossible. La solitude d'un peintre est un dialogue avec soi-même qui produit un isolement. Puis j'ai eu une révélation que le cinéma me permettait de poursuivre ce que je cherchais à travers la peinture, mais dans le cadre d'un travail collectif, où j'allais à la rencontre du monde, dans le fait d'explorer ce que j'ignorais de la société et des êtres. Ce que j'ai appris dans la peinture, c'est une forme de foi, dans une idée un peu informulable, indicible, de l'art qui est à l’œuvre à l'intérieur de la création. Je finis par concevoir mes films comme un musicien, ou comme un peintre travaille sur un canevas.    
Olivier Assayas

Le processus autobiographique de la fiction

Il faut avoir une certaine dose d'irresponsabilité pour faire des films, comme je l'ai fait, à le première personne, dans une entière liberté. J'ai l'impression de m'exposer un peu, y compris de façon indécente, dans chaque film que j'ai fait. C'est le processus de la fiction. La fiction procède toujours un peu de l'autobiographie, et à un moment donné on se met à nu. Il y a deux films ouvertement autobiographiques, l'un c'est "L'Eau froide", et l'autre "Après mai", en sachant que l'autobiographie littérale au cinéma est une impossibilité, tout est transposé et adapté. Ce sont deux films qui sont déterminés par le souvenir et par le désir d'essayer de reconstruire une sorte de lien avec l'adolescent que j'ai été, pris dans le maelstrom de ces années révolutionnaires.                  
Olivier Assayas

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De la critique de cinéma à l'écriture d'un film

J'ai un rapport suspicieux au scénario. J'ai compris en approchant du cinéma que si je voulais devenir cinéaste, il fallait que j'apprenne, non pas à écrire des scénarios, mais que j'apprenne à écrire, à m'exprimer par l'écrit. S’exprimer par l'écrit ça ne m'était pas naturel, j'ai du me forcer à écrire. Aux Cahiers du cinéma, j'ai eu l'impression d'apprendre le cinéma, d'abord en écrivant sur les films puis en apprenant à écrire. Étrangement, c'est en m'éloignant de la peinture et du dessin que progressivement je me suis rapproché de l'écriture. Pour moi penser le cinéma en tant que scénario est réducteur dans le sens où je suis convaincu qu'un film naît de l'imagination et à un moment donné ça prend forme, sous forme de convictions. Le crayon prolonge simplement la pensée.                  
Olivier Assayas

La nécessité de faire image 

Il y a quelque chose qui a à voir avec la création qui s'est toujours présenté à moi sous la forme d'une nécessité ou d'un besoin, qui m'a porté, y compris dans des directions que je n'avais pas imaginé. J'ai toujours vécu dans une sorte de foi et d'utopie où le cinéma ne serait pas une image de plus. Où aujourd'hui, on vit dans un monde d’images et le cinéma serait peut-être l'image qui permet de rendre compte des autres. Le cinéma peut regarder et définir le statut des autres images. Pour moi, le cinéma est un outil d'exploration du monde, dans la totalité de ses dimensions, qui est déterminé par une liberté qui est celle de l'art. Je suis toujours très mal à l'aise avec les conceptions industrielles du cinéma. Pour moi le cinéma peut et doit avoir une liberté qui est celle de la poésie, c'est que par ce biais là que le cinéma peut essayer, de façon intuitive, de toucher à des choses qui parcourt le monde et la société de façon souterraine.                  
Olivier Assayas 

Réécoute du 16 août 2017

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